Après enquête, Israël affirme que 170 « journalistes » tués à Gaza étaient des terroristes : 17 auraient participé au 7-Octobre
Tsahal publie les noms et les dossiers de 170 Gazaouis présentés comme journalistes mais qui auraient appartenu au Hamas, au Jihad islamique ou à d'autres groupes armés. Dix-sept auraient participé au 7-Octobre et certains travaillaient pour de grands médias internationaux.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Tsahal affirme avoir identifié 170 Gazaouis présentés comme journalistes mais membres du Hamas, du Jihad islamique ou d'autres groupes armés. L'armée publie leurs noms et ses éléments de preuve ; 17 auraient participé au 7-Octobre et certains travaillaient pour de grands médias internationaux.
« Si l'accusation méritait la une, les faits la méritent aussi. » Après près de trois ans d'accusations sur la mort de journalistes dans la bande de Gaza, l'armée israélienne lance une vaste contre-offensive documentaire.
Tsahal a publié jeudi une base de données recensant 170 Gazaouis tués pendant la guerre et présentés comme journalistes ou professionnels des médias, mais dont l'armée affirme avoir établi l'appartenance simultanée à des organisations terroristes.
118 auraient appartenu à la branche militaire du Hamas, 49 au Jihad islamique palestinien, deux aux Comités de résistance populaire et un aux Brigades des moudjahidines.
Plus spectaculaire encore : selon l'armée israélienne, 17 des personnes figurant sur cette liste auraient directement participé à l'attaque du 7 octobre 2023 en pénétrant sur le territoire israélien.
Et certaines avaient travaillé pour de grands noms de la presse internationale : Reuters, CNN, la BBC, l'AFP, Associated Press, Le Monde ou encore ABC Australia.
Tsahal accompagne ses accusations de photos, de documents et de renseignements sur les fonctions qu'auraient exercées les personnes concernées au sein des organisations armées.
Today, we revealed the truth behind these so-called “journalists”. pic.twitter.com/If26G8ZD1b
— Israel Defense Forces (@IDF) October 1, 2026
170 noms et autant de dossiers
L'armée israélienne ne se contente donc pas cette fois d'accuser globalement le Hamas d'utiliser des journalistes comme couverture. Elle met ses éléments sur la table.
Un site spécialement créé rassemble les noms et photos des 170 personnes concernées, leur numéro d'identité, l'organisation à laquelle elles auraient appartenu, leur fonction supposée ainsi que les éléments que Tsahal dit pouvoir rendre publics pour étayer chaque cas.
L'armée affirme avoir travaillé à partir de plusieurs catégories de preuves : documents produits par les organisations terroristes elles-mêmes, pièces découvertes par les soldats israéliens dans la bande de Gaza, photos, et autres renseignements recueillis pendant la guerre.
Dans certains cas, souligne Tsahal, le Hamas ou le Jihad islamique auraient eux-mêmes reconnu après leur mort l'appartenance de personnes présentées à l'étranger comme journalistes à leurs structures militaires.
L'armée affirme avoir identifié parmi elles des tireurs d'élite, des commandants, des instructeurs militaires ou encore des membres de différentes unités opérationnelles.
L'un des cas mis en avant est celui d'Amro Nahid Abdel Rahman Abu Odeh, qui avait travaillé pour Reuters et l'agence turque Anadolu. Selon Tsahal, l'homme était parallèlement commandant d'une équipe de l'unité photographique de la branche militaire du Hamas. L'armée publie notamment deux photos le montrant tantôt avec une caméra, tantôt avec une Kalachnikov.
Autre exemple : Hassan Majdi Ibrahim Abu Warda, collaborateur de l'agence palestinienne Barq Gaza, aurait également été tireur d'élite au sein de la brigade nord du Jihad islamique. Ces éléments proviennent de l'enquête de Tsahal et n'ont pas fait l'objet d'une vérification indépendante exhaustive des 170 dossiers.
« Une caméra ne donne pas l'immunité à un terroriste »
Dans une vidéo diffusée jeudi sur le compte officiel de l'armée, son porte-parole, le général de brigade Effie Defrin, ne cache pas l'objectif de cette publication.
« Depuis près de trois ans, Tsahal est accusé de cibler des journalistes à Gaza. Aujourd'hui, nous révélons la vérité », déclare-t-il.
Le général rappelle les accusations adressées à Israël tout au long de la guerre et reproche à une partie de la presse internationale d'avoir condamné l'armée avant de vérifier les affiliations de certaines victimes.
« Et maintenant que la vérité est exposée, où sont les corrections ? Où sont les excuses ? », demande-t-il.
Puis cette formule : « Un gilet de presse n'efface pas une activité terroriste. Une caméra ne donne pas l'immunité à un terroriste. »
Tsahal assure ne pas prendre les journalistes pour cible en raison de leur profession. « Nous ciblons les terroristes qui menacent notre population », affirme Effie Defrin. Selon l'armée, la mort de plus de 40 des personnes figurant désormais sur cette liste avait suscité des condamnations d'Israël de la part des Nations unies.
Reuters, CNN, BBC, AFP, AP, Le Monde...
La présence de collaborateurs de médias internationaux parmi les 170 noms constitue l'un des aspects les plus sensibles de la publication.
Tsahal cite explicitement Reuters, CNN, la BBC, l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et ABC Australia parmi les médias ayant employé certaines des personnes recensées.
Cela ne signifie évidemment pas que ces rédactions avaient connaissance d'une éventuelle appartenance de leurs collaborateurs à une organisation armée. L'armée israélienne ne démontre pas non plus par cette seule liste que l'ensemble des médias concernés auraient présenté personnellement chacun de ces 170 Gazaouis comme des victimes civiles.
Mais la publication soulève une question particulièrement délicate sur les conditions dans lesquelles les informations et images provenant de Gaza ont été produites pendant la guerre, alors que l'accès indépendant au territoire est resté extrêmement limité.
Elle intervient surtout après plusieurs controverses concernant les listes de journalistes tués utilisées par les médias et organisations internationales.
Le CPJ vient justement de retirer 22 noms
Le calendrier est remarquable. Une semaine seulement avant la publication israélienne, le Committee to Protect Journalists (CPJ), l'une des principales organisations internationales de défense de la presse, annonçait avoir achevé un vaste réexamen de sa propre liste des journalistes et professionnels des médias tués en Israël et dans les territoires palestiniens entre octobre 2023 et août 2026.
Résultat : 22 personnes ont été retirées de la base de données, six réintégrées et douze reclassifiées.
Le CPJ insiste cependant sur un point important : ses critères portent sur la question de savoir si une personne exerçait effectivement une activité journalistique, et non sur ses opinions ou son éventuelle affiliation politique. Une appartenance à une organisation ne suffit donc pas, selon sa méthodologie, à retirer automatiquement quelqu'un de la catégorie des journalistes.
L'organisation avait déjà retiré certains noms après l'apparition d'éléments établissant une participation à des activités de combat.
La nouvelle liste de Tsahal ouvre donc un chantier beaucoup plus vaste : déterminer, dossier par dossier, lesquels des 170 cas résistent à une vérification indépendante.
Journaliste et membre d'une organisation armée : une distinction essentielle
La publication israélienne nécessite en effet une distinction juridique et journalistique importante. Être journaliste et appartenir simultanément à une organisation comme le Hamas ne signifie pas automatiquement qu'une personne pouvait légalement être prise pour cible au moment de sa mort.
En droit des conflits armés, les journalistes civils bénéficient de la protection accordée aux civils tant qu'ils ne participent pas directement aux hostilités. Une affiliation idéologique, politique ou même organisationnelle ne suffit donc pas nécessairement à justifier une frappe.
En revanche, si certaines des personnes présentées comme journalistes exerçaient effectivement des fonctions militaires — tireur d'élite, commandant opérationnel, combattant ou participant au 7-Octobre — leur présentation sans cette information comme simples journalistes civils devient profondément problématique. C'est précisément sur cette distinction que Tsahal entend désormais déplacer le débat.
« Ayez le courage de regarder les faits »
Depuis le début de la guerre, le nombre exceptionnellement élevé de journalistes tués à Gaza est devenu l'une des principales accusations portées contre Israël.
Des organisations de défense de la presse ont dénoncé à plusieurs reprises leurs morts et certaines ont accusé l'armée israélienne d'avoir délibérément visé des journalistes.
Tsahal répond désormais en contestant non seulement certaines circonstances de ces morts, mais la qualité exclusivement civile d'une partie des personnes comptabilisées.
« À ceux qui se sont empressés d'accuser Tsahal de cibler des journalistes, à ceux qui ont cru les mensonges du Hamas : ayez le courage de regarder les faits », lance le général.
Avant de conclure : « Pendant trois ans, le monde a entendu de fausses accusations et des mensonges. Aujourd'hui, nous vous montrons la vérité. »