« Le Hamas est-il une organisation terroriste ? » : la réponse embarrassée de Mansour Abbas au président israélien
Interrogé par le président israélien Isaac Herzog, Mansour Abbas, chef du parti arabe Ra'am, a refusé de qualifier explicitement le Hamas d'organisation terroriste. Benyamin Netanyahou s'est emparé de cet échange pour dénoncer la dépendance de son rival Gadi Eisenkot envers les partis arabes.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Mansour Abbas refuse de qualifier explicitement le Hamas d'organisation terroriste devant Isaac Herzog. Netanyahou interpelle Eisenkot sur ses soutiens arabes.
Une question directe, une réponse qui ne l'est pas, et une polémique immédiatement exploitée par Benyamin Netanyahou. Jeudi 5 novembre, le président israélien Isaac Herzog recevait Mansour Abbas, dirigeant du parti arabe israélien Ra'am, dans le cadre des consultations destinées à désigner le prochain Premier ministre. L'échange a pris une tournure particulièrement politique lorsque le chef de l'État lui a demandé s'il considérait le Hamas comme une organisation terroriste.
Mansour Abbas, dont le parti vient de recommander Gadi Eisenkot pour former le prochain gouvernement, a préféré invoquer l'opposition historique de son mouvement au terrorisme et dénoncer les exigences répétées de loyauté auxquelles seraient soumis les représentants arabes israéliens. Une réponse à laquelle Benyamin Netanyahou n'a pas tardé à réagir.
הנשיא הרצוג שואל את עבאס שאלה אחת: האם חמאס ארגון טרור.
— Benjamin Netanyahu - בנימין נתניהו (@netanyahu) November 5, 2026
התשובה של עבאס: "אי אפשר להעמיד אותנו במבחן הזה".
כפי שאמרנו במערכת הבחירות: עבאס המליץ היום על איזנקוט לראשות הממשלה, כי אין לו ממשלה בלי המפלגות הערביות. pic.twitter.com/aTIcKfO7v7
« Considérez-vous le Hamas comme une organisation terroriste ? »
La scène se déroule à la résidence présidentielle de Jérusalem. Isaac Herzog reçoit les représentants de Ra'am, formation arabe islamiste qui cherche à jouer un rôle dans la constitution d'une nouvelle majorité parlementaire.
Le président israélien interpelle directement Mansour Abbas : « Nous sommes en guerre contre une organisation terroriste criminelle, un ennemi incontestable. Qu'en dites-vous ? Considérez-vous le Hamas comme une organisation terroriste ? »
La réponse du dirigeant arabe ne contient ni oui ni non. « Avant même de devenir Ra'am, un parti politique aspirant à l'intégration et à la citoyenneté, nous étions un mouvement islamique », commence-t-il.
Il rappelle ensuite que le fondateur du Mouvement islamique, le cheikh Abdallah Nimer Darwish, s'était prononcé dès l'époque des accords d'Oslo contre les attentats et les actes terroristes, tant dans ses déclarations politiques que religieuses.
« Nous poursuivons dans cette voie depuis trente ou quarante ans », assure Abbas, avant de souligner qu'aucun membre de son mouvement n'aurait fait l'objet d'une enquête pour trahison, atteinte à la sécurité de l'État ou identification à une organisation terroriste. Puis vient sa conclusion : « On ne peut pas continuellement nous soumettre à cette épreuve, cette épreuve de loyauté. »
Le dirigeant de Ra'am revendique ainsi une opposition ancienne au terrorisme, sans toutefois répondre explicitement à la question portant sur la nature du Hamas.
Netanyahou saisit l'occasion
Benyamin Netanyahou a immédiatement relayé la séquence sur X, en reproduisant la question du président et en résumant la réponse de Mansour Abbas. « Le président Herzog pose une seule question à Abbas : le Hamas est-il une organisation terroriste ? — La réponse d'Abbas : “On ne peut pas nous soumettre à cette épreuve.” »
Le Premier ministre poursuit en établissant un lien direct avec les négociations gouvernementales : « Comme nous l'avons dit pendant la campagne électorale : Abbas a recommandé aujourd'hui Eisenkot au poste de Premier ministre, parce qu'il n'a pas de gouvernement sans les partis arabes. »
Le raisonnement politique de Netanyahou est clair : présenter son rival Gadi Eisenkot comme dépendant du soutien de formations arabes dont l'un des dirigeants refuse de qualifier explicitement le Hamas d'organisation terroriste.
L'attaque intervient à un moment particulièrement sensible. À l'issue des consultations présidentielles, les partis représentant 67 députés sur les 120 que compte la Knesset ont recommandé Eisenkot pour former le prochain gouvernement, contre 46 pour Netanyahou.
Mais ce soutien arithmétique ne constitue pas encore une coalition. Plusieurs formations susceptibles de soutenir Eisenkot refusent de siéger avec certains de ses autres partenaires potentiels, notamment les partis arabes.
Une contradiction avec les conditions posées par Eisenkot
L'échange met également en lumière une difficulté politique pour Gadi Eisenkot. L'ancien chef d'état-major de l'armée israélienne, désormais à la tête du parti Yashar, avait lui-même exigé des formations souhaitant rejoindre son gouvernement qu'elles reconnaissent le Hamas comme une organisation terroriste.
Or Mansour Abbas, qui vient de recommander Eisenkot à la présidence du gouvernement, se refuse précisément à employer cette qualification.
Le dirigeant de Ra'am a néanmoins apporté des précisions importantes au cours de la rencontre. Il a affirmé soutenir le désarmement du Hamas et des autres organisations armées dans le cadre du plan américain pour Gaza. Il a également condamné les actes de terrorisme et de violence contre les civils, tout en défendant son ambition de servir de passerelle entre Israéliens et Palestiniens.
Interrogé de nouveau sur son refus de désigner expressément le Hamas comme une organisation terroriste, il a avancé une explication personnelle. « J'ai une réponse sans équivoque, mais laissez-moi cette marge pour être un pont et exercer une influence de l'autre côté », a-t-il déclaré, selon le Times of Israel.
Abbas a également évoqué les risques que pourrait faire peser une déclaration trop explicite sur sa propre sécurité et celle de sa famille.
Son argument consiste donc à présenter sa réserve comme une nécessité politique et sécuritaire, plutôt que comme une approbation du Hamas. Une justification qui ne supprime toutefois pas la contradiction entre sa position publique et l'exigence formulée par Eisenkot.
Une majorité de recommandations, mais pas encore de gouvernement
La controverse intervient alors qu'Israël cherche toujours une issue aux élections législatives du 27 octobre. Jeudi soir, Isaac Herzog a confirmé avoir reçu des recommandations en faveur d'Eisenkot de la part de formations représentant 67 députés, contre 46 pour Netanyahou.
Le président a toutefois souligné que les vetos réciproques entre les partis compliquaient la formation d'une coalition, malgré l'avance numérique d'Eisenkot. Il doit annoncer dimanche à quel responsable politique il confiera la mission de former un gouvernement.
Le soutien des partis arabes constitue donc un enjeu central de ces tractations. Ra'am et la Liste commune disposent ensemble de 19 sièges, qui peuvent peser dans le calcul des majorités. Mais une recommandation présidentielle n'implique pas nécessairement une participation au futur gouvernement.
C'est précisément sur cette distinction que se concentre la bataille politique : Netanyahou cherche à associer Eisenkot aux positions de ses soutiens arabes, tandis que ces derniers revendiquent leur place dans la vie politique israélienne et contestent les soupçons de déloyauté dont ils s'estiment victimes.
La question posée par Isaac Herzog aura ainsi dépassé le cadre d'un échange protocolaire. En refusant de qualifier explicitement le Hamas d'organisation terroriste, Mansour Abbas a fourni à Netanyahou un argument contre son principal rival, au moment même où celui-ci tente de rassembler une majorité.