44 % des chômeurs exclus reçoivent un revenu d’intégration : la FEB voit malgré tout une réforme réussie
44 % des chômeurs de longue durée ayant perdu leurs allocations perçoivent aujourd’hui un revenu d’intégration. Stijn Baert anticipe un gain budgétaire plus faible, tandis qu’Edward Roosens, économiste en chef de la FEB, y voit un premier succès et table déjà sur au moins un milliard d’euros d’économies.
Publié par Peter Backx
Résumé de l'article
44 % des chômeurs de longue durée ayant perdu leurs allocations perçoivent un revenu d’intégration. Stijn Baert et Edward Roosens divergent sur les économies budgétaires attendues de la réforme.
Les premiers résultats de la limitation dans le temps des allocations de chômage suscitent le débat. Parmi les près de 99.000 chômeurs de longue durée qui ont perdu leurs allocations, plus de 52.500 personnes ont demandé un revenu d’intégration. Au final, plus de 43.600 personnes l’ont obtenu. Cela représente environ 44 % du groupe concerné.
Lors de la préparation de la réforme, le ministre de l’Emploi David Clarinval estimait qu’environ un chômeur exclu sur trois aurait besoin d’un revenu d’intégration. Les premiers chiffres sont nettement plus élevés. La question se pose dès lors de savoir si la réforme générera bien les économies attendues.
Une nécessité maintenue malgré le coût pour les CPAS
L’économiste du travail Stijn Baert ne voit pas dans ces chiffres une raison d’annuler la mesure. Selon lui, les personnes sans emploi depuis des années ne doivent pas rester indéfiniment dans le régime du chômage. La limitation des allocations demeure donc une réforme nécessaire.
Les premiers chiffres modèrent toutefois les attentes relatives au gain budgétaire. Une part plus importante que prévu des chômeurs exclus continue de faire appel à la sécurité sociale. Les dépenses ne disparaissent donc pas complètement, mais sont en partie transférées vers les CPAS.
Baert situe néanmoins le principal défi ailleurs. La Belgique comptait plus de 576.000 malades de longue durée à la fin de l’année dernière. Ce groupe est bien plus important que celui des chômeurs de longue durée. Il attend donc davantage des mesures visant à accompagner les malades de longue durée vers l’emploi que de la limitation des allocations de chômage.
Une lecture patronale des premiers chiffres
Edward Roosens, économiste en chef de la Fédération des entreprises de Belgique, lit les mêmes chiffres d’une tout autre manière. Il qualifie la limitation des allocations de chômage comme l’une des principales réformes socio-économiques de cette législature.
Roosens souligne que 53 % des anciens chômeurs ont bien demandé un revenu d’intégration, mais que seuls 44 % y ont finalement eu droit. Le contrôle des ressources effectué par les CPAS écarte donc les personnes disposant d’autres revenus suffisants. Des dépenses qui bénéficiaient auparavant aussi à des personnes n’ayant pas réellement besoin de cette aide disparaissent ainsi.
Il relève également que les allocations de chômage illimitées ont longtemps créé une mauvaise incitation. Elles rendaient le travail moins attrayant, réduisaient le taux d’emploi et fragilisaient l’adhésion à la sécurité sociale.
Un premier groupe éloigné du marché du travail
Roosens demande aussi de replacer les chiffres dans leur contexte. Le premier groupe se compose surtout de personnes sans emploi depuis huit, dix, voire plus de vingt ans. C’est précisément parmi elles que la distance avec le marché du travail est la plus grande.
Les chômeurs privés d’emploi depuis deux à huit ans n’ont par ailleurs perdu leurs allocations que depuis avril. Cela ne remonte qu’à quelques mois. Entre-temps, le marché du travail reste difficile. La conjoncture faible, l’incertitude géopolitique et le coût élevé du travail freinent les embauches. Même la demande de travailleurs intérimaires diminue.
Roosens conclut qu’il ne s’agit pas d’un sprint, mais d’un marathon. Une évaluation honnête ne pourra donc intervenir qu’à la fin de la législature.
La FEB table déjà sur au moins un milliard d’euros
Malgré la forte proportion de personnes orientées vers le revenu d’intégration, la FEB constate déjà une économie substantielle. Près de la moitié des quelque 99.000 allocations de chômage supprimées n’ont pas débouché sur un nouveau régime d’allocations. Cela représente, selon son estimation, environ 730 millions d’euros de dépenses en moins.
En outre, environ une personne sur dix a retrouvé un emploi. Des impôts et des cotisations sociales reviennent ainsi vers les pouvoirs publics. Le revenu d’intégration est par ailleurs en moyenne inférieur à une allocation de chômage. Cela réduit également les dépenses.
Au total, la FEB chiffre l’économie actuelle à au moins un milliard d’euros. Si, à terme, un tiers des quelque 180 000 chômeurs de longue durée retrouve un emploi, ce montant pourrait atteindre 2 à 2,5 milliards d’euros.
Une évaluation encore prématurée
Baert et Roosens divergent sur les premiers résultats, mais partagent une conclusion : après quelques mois, il est encore trop tôt pour évaluer définitivement la réforme.
La proportion de chômeurs de longue durée qui retrouvent durablement un emploi reste inconnue à ce stade. Les chiffres disponibles établissent en revanche qu’une part significative des personnes exclues s’adresse aux CPAS : plus de 43.600 ont obtenu un revenu d’intégration.