Damien Ernst: "Le remplacement des humains par des humanoïdes pour les tâches physiques arrive déjà"
Bruno Colmant et Damien Ernst l'IA représente la plus grande révolution de notre époque. Une révolution qui pourrait transformer le travail, l'éducation, la fiscalité et même notre capacité à réfléchir.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- L'IA va supprimer ou transformer de nombreux métiers.
- Les auteurs constatent déjà une baisse des capacités d'analyse chez certains étudiants.
- Le partage des gains de productivité sera un défi majeur.
- Se former en permanence deviendra indispensable.
21 News : Peut-on encore réindustrialiser l'Europe à l'heure de l'IA ?
Bruno Colmant : C’est une utopie car nous n’avons pas de politique industrielle commune. La Commission européenne a même lutté contre les grands groupes au nom de la concurrence, alors qu'aux USA et en Chine, il y a un alignement total entre le privé et le public. Nos industries sont devenues lilliputiennes face aux géants américains de 4 000 milliards de dollars. Sans une immense vague de consolidation industrielle, nous n’y arriverons pas.
Damien Ernst : Nos recherches sont trop fragmentées. On finance des labos de 10 personnes alors que le géant chinois CATL compte entre 10 000 et 40 000 chercheurs. L'Europe agit en mode panique, comme un joueur de casino qui mise ses derniers euros sur un numéro à la roulette pour essayer de se refaire, au lieu de penser sur une génération.
IA et déclin cognitif : « Les jeunes ne savent plus penser »
21 News : L'IA va-t-elle rendre l'humain inutile, provoquer la fin du travail et du monde ouvrier ?
Bruno Colmant : Oui. C'est une révolution cognitive fondamentale qui va modifier la nature même du travail et de sa rémunération. Tout est « foutu » et en même temps, on va s'adapter. Le partage des gains de productivité sera le grand défi du contrat social et fiscal. Aujourd'hui, la part des revenus du capital augmente au détriment du travail. Si l'IA accentue cela, on devra taxer les entreprises à la place des travailleurs. Mais si les profits sont captés par des groupes américains ou chinois, nous n'aurons aucun moyen de capturer cette richesse. Quand on parle de partage des gains de productivité, cela paraît très technique. Mais derrière cela, il y a des questions gigantesques :le système fiscal, la sécurité sociale, le système éducatif, la solidarité entre générations et la place même du travail dans nos sociétés. Et tout cela arrive extrêmement vite. Les précédentes révolutions industrielles se sont étalées sur des décennies, parfois des siècles.
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