David Lisnard : « L’État est devenu une fiction »
Face aux émeutes, le maire de Cannes et candidat à la présidentielle réclame des interventions policières plus rapides, une chaîne de commandement plus efficace et une réponse pénale renforcée. Sur TF1, il accuse l’État de multiplier les déclarations martiales sans assurer sa mission de protection.
Publié par A.G.
« L’État est devenu une fiction. » David Lisnard frappe fort. Interrogé sur TF1 au JT de 20 h 00 par Gille Bouleau, après les violences du week-end, le maire de Cannes dénonce le fossé entre les promesses de fermeté et la réalité du terrain. Lui se dit attaché à « l’État qui protège ». Mais derrière les formules répétées - « l’État sera intraitable », « la République sera impitoyable » -, il demande des résultats.
Le président de l’Association des maires de France s’est rendu dimanche 18 octobre à Limoges, où il a participé au rassemblement organisé après l’incendie volontaire de l’hôtel de ville, survenu la veille. Une ville à laquelle le lie aussi son histoire familiale et commerciale.
Son indignation va aux commerçants dévastés : ils perdent parfois le travail d’une vie, tout en contribuant, par leurs impôts, à réparer les destructions. Pour Lisnard, cette double peine illustre l’impuissance publique. Il réclame notamment que l’on examine les défaillances du renseignement et l’adéquation des moyens face aux émeutiers.
Intervenir avant l’embrasement
Instaurera-t-il un couvre-feu à Cannes ? « Pour l’instant, je n’en constate pas le besoin », répond-il. Il laisse ses collègues apprécier leur situation locale. Sa priorité porte ailleurs : revoir les modalités d’intervention des forces de l’ordre pour agir dès les premières destructions.
Dans les villes moyennes, explique-t-il, les policiers nationaux sont compétents mais trop peu nombreux. Le temps de les réunir, de transmettre les ordres et de déployer les unités, « l’embrasement a déjà eu lieu ». Il faut donc raccourcir les délais et revoir l’organisation du commandement.
Il cite les images de la place Bellecour, à Lyon, où, selon son récit, des émeutiers ont pu casser, piller et incendier avant une intervention massive, mais tardive. Déployer de gros moyens après les destructions ne suffit pas : « C’est beaucoup trop tard. »
À Limoges, il affirme également que les forces de l’ordre ont manqué de munitions dans l’après-midi. Un épisode qu’il oppose au niveau élevé des dépenses publiques françaises. Son raisonnement : les contribuables financent un appareil public coûteux dont ils doivent pouvoir attendre une protection effective.
Etat d'urgence ? Une solution, pas la panacée
Relancé sur les décisions qu’il prendrait au pouvoir, David Lisnard refuse la recherche d’une mesure unique. Il défend un ensemble de changements opérationnels et judiciaires.
L’état d’urgence ? Il estime que cet outil peut présenter une utilité, notamment pour permettre des perquisitions administratives. Il renvoie toutefois aux responsables gouvernementaux le soin d’évaluer son opportunité. À ses yeux, le débat sur ce dispositif ne doit pas éclipser celui des effectifs, des équipements et des ordres donnés aux policiers.
Il réclame aussi une révision du droit pénal des mineurs et propose des travaux d’intérêt général, notamment pour restaurer le patrimoine dégradé. Il souhaite que des parents de mineurs responsables puissent également être concernés. L’entretien ne précise toutefois pas les conditions juridiques de cette proposition.
« On recrée un peu d’esprit civique, un peu de bon sens », plaide-t-il. La réparation doit, dans sa conception, accompagner la sanction et rappeler les obligations de chacun envers la collectivité.
L’extrême gauche ne doit pas devenir un alibi
David Lisnard met directement en cause des groupuscules d’extrême gauche, auxquels il attribue l’organisation de l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges. Il dénonce également une « grave responsabilité » politique de Jean-Luc Mélenchon.
Mais le candidat adresse aussitôt une mise en garde aux gouvernants : désigner l’extrême gauche ne doit pas leur permettre d’éluder leurs propres manquements. Elle ne saurait devenir un « exutoire » ni masquer ce qu’il décrit comme un éclatement culturel et civique.
Protéger aussi la liberté de manifester
Faut-il interdire les prochains rassemblements ? Lisnard accepte cette possibilité lorsqu’un risque de troubles graves est identifié, tout en y voyant un échec. Une autorité incapable de sanctionner les casseurs finit, selon lui, par restreindre les libertés de tous.
Aux rassemblements devant les mairies, il veut enfin voir davantage qu’une expression de colère : une détermination collective. « Nous ne nous résignons pas. Nous ne voulons pas accepter l’effondrement de la France. »