De Strauss à Berlioz : les Proms prouvent que le grand répertoire européen n'a rien perdu de son pouvoir
À Londres, les BBC Proms continuent de réussir un pari devenu presque singulier : faire du grand répertoire classique une fête populaire sans demander à Bach, Mahler, Strauss ou Berlioz de s'excuser d'être exigeants. L'édition 2026 en offre une démonstration particulièrement éclatante.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
De Strauss à Berlioz en passant par Mahler, les BBC Proms 2026 montrent à Londres qu’il est encore possible de faire vivre le grand répertoire européen comme une véritable fête populaire.
Il suffit parfois d'une soirée pour mesurer ce que signifie réellement la transmission d'un patrimoine culturel.
Mercredi soir, près de 6.000 personnes pouvaient entendre au Royal Albert Hall de Londres un programme entièrement consacré à Richard Strauss. Pas une adaptation de ses œuvres, ni quelques mélodies célèbres glissées entre des morceaux plus accessibles : Richard Strauss, tout simplement, pendant une soirée entière.
Pour ses débuts aux BBC Proms, l'orchestre du Metropolitan Opera de New York avait traversé l'Atlantique avec son directeur musical, le Québécois Yannick Nézet-Séguin. Au programme : la suite tirée du Chevalier à la rose, la scène finale de Salomé, puis l'immense poème symphonique Une vie de héros (Ein Heldenleben).
Trois visages d'un même compositeur et presque trois mondes : les valses viennoises, la nostalgie et le raffinement du Chevalier à la rose ; la violence sensuelle et inquiétante de Salomé ; puis le déploiement orchestral monumental d'Une vie de héros.
La soprano sud-africaine Elza van den Heever était chargée de donner sa voix à Salomé. Et le Financial Times, qui attribue quatre étoiles à cette première soirée du Met, relève notamment la chaleur et la clarté obtenues par un orchestre que le public a l'habitude d'entendre depuis la fosse d'opéra. Le Guardian a lui aussi accordé quatre étoiles au concert, faisant d'Ein Heldenleben son sommet.
Un détail charmant est même venu rappeler que les grandes soirées ne sont pas nécessairement les plus impeccables : revenue offrir en bis le lied Zueignung, Elza van den Heever a perdu le fil et a dû recommencer. Le public lui a réservé un accueil chaleureux.
Mais l'essentiel était ailleurs : en 2026, une salle de près de 6.000 places pouvait encore se passionner pour une soirée consacrée à un compositeur allemand né en 1864.
Strauss n'est pas une exception
On pourrait prendre ce concert pour une brillante anomalie au milieu d'un festival qui chercherait, le reste du temps, à moderniser prudemment son offre. Ce serait manquer ce qui fait précisément la singularité des Proms.
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