« Je ne suis pas fait pour cette époque » : Stéphane Bern ne cédera pas sur l’élégance, la courtoisie et la culture
Dans un long entretien avec Pauline Laigneau, Stéphane Bern se dit totalement décalé de son époque. Effort, culture, courtoisie, transmission, sens du devoir : l'érudit revendique des valeurs « d’un autre temps » et pose un regard lucide sur une société dont il refuse d’épouser toutes les évolutions.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dans un entretien avec Pauline Laigneau, Stéphane Bern se dit totalement décalé de son époque et défend l’effort, la culture, la courtoisie, l’élégance et la considération comme des valeurs dont la société aurait plus que jamais besoin.
Sommaire
- « Je ne suis pas fait pour cette époque »
- La courtoisie comme forme de résistance
- Une éducation sévère dont il ne renie pas l'héritage
- Le culte de l'immédiateté contre le goût de la durée
- « Donner plus que vous ne prenez »
- La culture comme ascenseur social
- Proust et Saint-Simon plutôt que l'air du temps
Stéphane Bern parle d'histoire depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'une époque ne juge pas nécessairement correctement celle qui la précède. Invité du podcast de Pauline Laigneau, l'animateur de Secrets d'Histoire finit pourtant par parler de la sienne. Et le diagnostic n'est guère complaisant.
Dans un entretien consacré à son parcours, son travail et son éducation, il lâche cette phrase : « Je suis totalement décalé par rapport à mon époque. » Puis vient une énumération qui pourrait presque sembler incongrue en 2026 : « l'honneur, la chevalerie, une certaine élégance, la courtoisie, la galanterie ». Autant de valeurs aujourd'hui « battues en brèche ».
Bern ne demande pourtant pas que l'on remonte le temps. Son propos est plus intéressant : puisque l'époque lui ressemble de moins en moins, il considère qu'il lui appartient précisément de ne pas lui ressembler.
Je suis totalement décalé par rapport à mon époque.
Stéphane Bern
« Je ne suis pas fait pour cette époque »
Pauline Laigneau l'interroge sur les épreuves de sa vie. Stéphane Bern évoque les morts qui accompagnent l'avancée en âge, avant de glisser vers une autre forme de perte, plus diffuse : celle d'un monde moral auquel il continue d'appartenir alors qu'il le voit disparaître.
« Aujourd'hui, c'est chacun pour soi, la loi du plus fort, constate-t-il. Pour un mauvais regard, on vous sort un coup de couteau. Et il conclut : Je ne suis pas fait pour cette époque. »
On pourrait n'y voir que le traditionnel désenchantement d'un homme de 62 ans devant une société qui n'est plus celle de son enfance. Bern en a conscience. Il se décrit lui-même avec humour comme engagé dans un possible « combat d'arrière-garde », comme « le dernier des Mohicans ».
Mais il refuse précisément la conclusion qui accompagne habituellement ce constat : si ses valeurs sont anciennes, elles sont loin d'être nécessairement périmées.
« J'estime que mon rôle est d'apporter ces valeurs d'un autre temps à une époque qui en manque terriblement », explique-t-il. Abandonner ce qu'il a reçu au seul motif que le monde a changé reviendrait, dit-il, à accepter sa « mort morale et intellectuelle ».
J'estime que mon rôle est d'apporter ces valeurs d'un autre temps à une époque qui en manque terriblement.
Stéphane Bern
Voilà sans doute la partie la plus forte de l'entretien. Bern ne prétend pas adapter ses convictions à l'époque : il demande implicitement si ce ne serait pas parfois à l'époque de se corriger.
La courtoisie comme forme de résistance
La résistance dont il parle n'a pourtant rien de spectaculaire. Elle commence par les mots.
« La courtoisie, la galanterie, l'élégance, le choix des mots lorsque vous vous exprimez », énumère-t-il, avant d'opposer cette exigence au marigot et à « cette vulgarité qu'on voit partout à la télévision maintenant ».
Sa conception de l'élégance n'est pas mondaine, tant s'en faut. Bern raconte saluer les techniciens avant les vedettes, se montrer volontiers insolent avec les puissants mais attentif aux « gens de l'ombre ». Il ne supporte pas ceux qui se montrent odieux avec une secrétaire simplement parce qu'ils occupent une position supérieure.
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