Un commissariat mitraillé à Anderlecht : le procureur dénonce une tentative de « déstabilisation de l’autorité »
Deux individus cagoulés ont ouvert le feu à l’arme automatique en direction d’un commissariat de police d’Anderlecht. Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin condamne une attaque « inacceptable » et promet de poursuivre la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de drogue.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Deux hommes cagoulés ont tiré à l’arme automatique sur un commissariat d’Anderlecht. Le procureur Julien Moinil évoque une « volonté claire de déstabilisation de l’autorité ».
Un nouveau cap semble avoir été franchi dans les violences qui secouent Bruxelles. Vendredi soir, deux individus cagoulés ont ouvert le feu en direction du commissariat de la rue Démosthène, à Anderlecht. Des impacts de balles ont été retrouvés sur le bâtiment.
La police a été appelée vers 23h40. Selon les premiers éléments communiqués, les deux suspects auraient ensuite pris la fuite à bord d’une trottinette. Le parquet de Bruxelles est descendu sur place avec un expert et le laboratoire de la police fédérale.
Personne n’a été blessé. Le commissariat était fermé au public au moment de l’attaque et le bourgmestre d’Anderlecht, Fabrice Cumps (PS), a indiqué qu’il n’y avait personne sur place.
« Une volonté claire de déstabilisation de l’autorité »
Au-delà des tirs eux-mêmes, c’est la nature de la cible qui inquiète les autorités.
« Ce sont des faits inadmissibles, comme tout usage d’arme dans l’espace public », a réagi le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil. Mais celui-ci va plus loin : « Il transparaît une volonté claire de déstabilisation de l’autorité au vu de la cible choisie, mais ils n’y parviendront pas. »
Le magistrat assure que les actions judiciaires vont se poursuivre « sans relâche ». Julien Moinil en profite également pour remettre sur la table un autre problème : celui des activités criminelles poursuivies depuis les prisons. Selon lui, « beaucoup de fusillades sont commanditées depuis la prison », sans toutefois établir de lien à ce stade avec l’attaque d’Anderlecht.
Le procureur pointe notamment la présence de téléphones portables à la prison de Haren, qui permettraient à certains détenus de continuer à transmettre leurs ordres malgré leur incarcération. Il réclame la création de zones sécurisées dans lesquelles les communications mobiles seraient rendues impossibles.
Quintin promet de ne pas céder
Le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur Bernard Quintin (MR) s’est dit samedi « profondément choqué » par l’attaque.
« Je condamne fermement cette attaque inacceptable », a-t-il déclaré sur X, précisant que les contacts étaient permanents aux niveaux policier et politique, notamment avec le bourgmestre d’Anderlecht.
Le ministre réclame que les auteurs soient rapidement identifiés, traduits en justice et « sévèrement sanctionnés ».
Je suis profondément choqué par l’attaque contre le commissariat de police d’Anderlecht, où deux individus cagoulés ont ouvert le feu en direction du bâtiment avec une arme automatique. Je condamne fermement cette attaque inacceptable.
— Bernard Quintin (@BernardQuintin_) August 22, 2026
Depuis les faits, les contacts sont…
Il établit lui aussi un lien entre cette attaque et la lutte contre le crime organisé : « Face à de tels actes d’intimidation, nous ne renoncerons jamais à notre détermination à lutter fermement contre la criminalité organisée et le trafic de drogue, au contraire !
« La pègre envoie un signal »
Les réactions politiques se sont multipliées samedi. Le ministre-président bruxellois Boris Dilliès (MR) parle d’un « nouvel avertissement pour Bruxelles » et assure que les autorités ne laisseront pas « le crime organisé s’emparer de notre ville ».
C’est un nouvel avertissement pour #Bruxelles. Nous ne laisserons pas le crime organisé s’emparer de notre ville.
— Boris Dilliès (@BorisDillies) August 22, 2026
C’est pourquoi mon gouvernement prend des mesures : dès la fin septembre, le commissaire aux drogues bruxellois prendra ses fonctions et élaborera une stratégie…
Le chef de groupe MR au conseil communal d’Anderlecht, Gaëtan Van Goidsenhoven, emploie des termes encore plus directs : selon lui, « la pègre envoie un signal » et manifeste « sa volonté de contrôler le territoire ».
À gauche également, le ton est particulièrement sévère. Ahmed Laaouej, chef de file du PS bruxellois, a lancé un « Ça suffit ! » et demandé au ministre fédéral de l’Intérieur de « se décider à agir sérieusement contre la criminalité organisée à Bruxelles ».
Il réclame davantage de moyens pour la police judiciaire, les zones de police, la justice et le parquet, estimant que les dispositifs actuels sont insuffisants.
L’attaque intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans la capitale. Au 31 juillet, la police fédérale avait déjà recensé 57 fusillades dans les 19 communes bruxelloises depuis le début de l’année, pour un bilan de deux morts et 21 blessés. Une grande partie de ces violences est liée au trafic de stupéfiants.
Cette fois, ce ne sont toutefois ni un dealer ni un rival présumé qui ont été directement visés, mais un bâtiment de la police. Une différence qui explique la gravité particulière accordée à l’affaire par le parquet.