Exposition à Woluwe-Saint-Pierre qui ravive la mémoire oubliée du génocide syriaque en 1915
À Bruxelles, une exposition remet au premier plan le sort des Syriaques, victimes d’un génocide occulté en 1915. Entre mémoire, reconnaissance et transmission, l’initiative ravive un pan méconnu de l’histoire des chrétiens d’Orient.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Une exposition à Woluwe-Saint-Pierre retrace le génocide syriaque de 1915, encore méconnu. Elle rappelle l’ampleur des massacres, souligne les efforts de reconnaissance internationale et met en avant les enjeux actuels de mémoire et de transmission au sein de la diaspora.
Longtemps relégué aux marges de l’histoire contemporaine, le sort des Syriaques refait surface à Bruxelles. L’exposition « Sayfo 1915 », portée par l’Union syriaque européenne, retrace le destin de ce peuple autochtone de Mésopotamie, frappé par les massacres et les déportations orchestrés au début du XXe siècle.
Présentée notamment à Woluwe-Saint-Pierre du 5 au 15 juin, avec un vernissage prévu le 5 juin à 18 heures au centre Jolis-Bois, l’exposition s’appuie sur des archives, des documents et des témoignages. Elle entend rappeler l’ampleur d’un drame encore trop peu reconnu dans l’espace public européen.
Une mémoire fragmentée mais persistante
Le terme « Sayfo », qui signifie « épée » en araméen, renvoie directement aux violences subies en 1915. Cette année-là, les populations chrétiennes de l’Empire ottoman, Syriaques en tête, mais aussi Arméniens et Grecs pontiques, ont été la cible de persécutions systématiques.
Les chiffres avancés par les historiens témoignent de l’ampleur des massacres entre 1914 et 1923. Environ 1,5 million d’Arméniens, 500.000 Syriaques, Chaldéens et Assyriens, ainsi que 353.000 Grecs pontiques ont été assassinés. Derrière ces données, des villages anéantis, des lieux de culte détruits et des populations contraintes à l’exil dans des conditions extrêmes.
Malgré cette tragédie, le génocide syriaque reste largement absent des récits dominants. Cette marginalisation nourrit aujourd’hui une revendication centrale portée par les organisateurs de l’exposition : faire reconnaître officiellement ce drame.
Une mobilisation pour la reconnaissance
Depuis plus de deux décennies, l’Union syriaque européenne multiplie les initiatives pour inscrire le Sayfo dans les mémoires collectives. Conférences, actions diplomatiques, publications et événements culturels se succèdent afin de sensibiliser les institutions et l’opinion publique.
Cette mobilisation a produit des résultats. Douze pays dont la Belgique ont reconnu le génocide syriaque à ce jour. Le 29 avril 2024, la France a rejoint cette liste en actant officiellement cette reconnaissance au niveau parlementaire.
Transmission et enjeux contemporains
Au-delà du devoir de mémoire, l’exposition met en avant la continuité d’un peuple qui a survécu à la dispersion. Aujourd’hui présente en Belgique et dans plusieurs pays européens, la diaspora syriaque poursuit un travail de transmission culturelle.
La préservation de la langue araméenne, héritage millénaire, constitue l’un des enjeux majeurs. À cela s’ajoute la volonté de maintenir une identité collective malgré les ruptures historiques.
L’exposition insiste aussi sur la dimension universelle de cette mémoire. En rappelant le sort des Syriaques, elle invite à une réflexion plus large sur les génocides du XXe siècle et sur leur reconnaissance.