De la prison de Montluc au Panthéon : le long chemin de la mémoire de l'historien français Marc Bloch
À quelques semaines de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, l’Allemagne a restitué sept livres volés au résistant par les nazis. Un acte de réparation mémoriel fort.
Publié par A JS
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Résumé de l'article
À l'approche de la panthéonisation de Marc Bloch, l'Allemagne a restitué sept livres volés par les nazis en 1942 à sa famille. Retrouvés dans trois bibliothèques allemandes grâce à sa signature, ces ouvrages rejoindront la Sorbonne. Cette restitution symbolise l'amitié franco-allemande, bien que la majeure partie de sa collection de milliers de volumes reste introuvable.
Le destin héroïque de Marc Bloch s'apprête à recevoir l'hommage suprême de la Nation française. Fusillé par l’occupant allemand le 16 juin 1944 aux côtés de vingt-sept compagnons d'armes, le célèbre cofondateur de l'école des Annales rejoindra le Panthéon le 23 juin prochain. L’intellectuel patriote, né à Lyon en 1886 au sein d'une famille juive alsacienne, y reposera en compagnie de son épouse Simonne.
La Gestapo l'avait capturé en mars 1944 avant de lui infliger la torture à la prison de Montluc. Ce transfert mémoriel concrétise une volonté exprimée par le pouvoir exécutif en novembre 2024. Cet événement national ravive le souvenir de ce grand professeur d'histoire médiévale, dont le sacrifice intègre définitivement la mémoire collective.
Un hommage diplomatique et des retrouvailles tardives
C'est dans ce contexte solennel que s’est déroulée une cérémonie empreinte de gravité à l'ambassade de France à Berlin, le jeudi 28 mai. Les autorités allemandes ont officiellement remis aux descendants du chercheur sept ouvrages confisqués par le régime hitlérien en 1942.
Pour Wolfram Weimer, le ministre allemand de la Culture, cette démarche représente une acceptation claire d'une terrible spoliation historique. De son côté, le diplomate français François Delattre perçoit ce geste comme une marque puissante de la réconciliation et des liens étroits qui unissent aujourd’hui Paris et Berlin.
Les pièces retrouvées proviennent des fonds de trois institutions germaniques situées à Berlin, Francfort et Greiz. Les experts ont formellement authentifié les volumes grâce à la présence de la signature manuscrite de l'historien.
Cet ensemble cohérent traite majoritairement de thématiques philosophiques et historiques, comprenant six textes rédigés en langue française et un document en allemand. Ces écrits vont désormais enrichir les collections de la bibliothèque Halphen, une entité de l'université de la Sorbonne entièrement dédiée aux recherches sur le Moyen Âge.
La survivance du souvenir face au désastre patrimonial
Parmi ces reliques, un ouvrage suscite une vive émotion chez les proches de la victime. Il s'agit de Fontamara, le manifeste initial contre le fascisme écrit par l'auteur italien en exil Ignazio Silone. Le livre conserve miraculeusement sa marque de propriété d'origine, montrant un vigneron et la formule latine Veritas vinum vitae.
L’arrière-petit-fils de l’érudit, Matis Bloch, lui-même doctorant en histoire âgé de 25 ans, souligne le caractère exceptionnel de cette découverte. Les pilleurs effaçaient en effet systématiquement ces indices d'appartenance sur les biens volés aux familles juives.
Ces sept livres ne représentent pourtant qu'une infime proportion d'un désastre culturel bien plus vaste. La collection personnelle de Marc Bloch rassemblait initialement entre 5.000 et 7.000 volumes.
Si les enfants de la victime ont pu récupérer environ 2.000 documents dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le reliquat demeure dispersé à travers le continent européen dans diverses institutions publiques ou des collections privées.
Katharina Scheibe, qui dirige les restitutions au sein de la Bibliothèque de Berlin, confirme que les investigations se poursuivent activement pour identifier d'autres pièces manquantes.