Fraudes en série : 67 milliards au niveau européen, 414 millions récupérés en Belgique
La fraude aux finances publiques atteint des niveaux records en Europe. Selon le dernier rapport du Parquet européen, le préjudice estimé aux dépens du budget de l’Union dépasse désormais 67 milliards d’euros.
Publié par Vanille Dujardin
Résumé de l'article
67 milliards d’euros de fraude en Europe. En Belgique, 414 millions récupérés via la lutte contre la fraude sociale en 2025.
À elle seule, la fraude à la TVA représente près de 45 milliards d’euros. Ce mécanisme, souvent qualifié de fraude carrousel, exploite la libre circulation des biens au sein du marché unique : des sociétés écrans organisent des circuits de facturation fictifs, disparaissent sans reverser la taxe due et la réclament indûment ailleurs. Un modèle criminel transnational parfaitement rodé.
Fin 2025, 3.602 enquêtes étaient en cours au sein du Parquet européen, opérationnel depuis 2020.
Une criminalité structurée et persistante
La procureure en chef de l’EPPO, Laura Kövesi, évoque une véritable « industrie criminelle » longtemps sous-estimée. En 2025, les juges nationaux ont accordé pour 1,13 milliard d’euros d’ordonnances de gel. Près de 289 millions d’euros d’avoirs ont effectivement été immobilisés durant l’année.
Sur les deux dernières années, le taux de condamnation avoisine les 95 %. Les dossiers aboutissent donc devant les tribunaux. Mais selon la magistrate, le phénomène reste dynamique : les réseaux s’adaptent rapidement, exploitent la complexité administrative européenne et profitent des différences de contrôle entre États membres.
La Belgique n’est pas épargnée. Fin 2025, 99 dossiers étaient en cours pour un préjudice estimé à 3,14 milliards d’euros, traités par quatre procureurs délégués européens.
En Belgique : 414 millions récupérés via la fraude sociale
À l’échelle nationale, la lutte contre la fraude sociale a rapporté 414 millions d’euros en 2025. Le ministre fédéral en charge du dossier, Rob Beenders (Vooruit), souligne que le montant progresse de 7,6 % par rapport à 2023, même s’il recule légèrement par rapport au record de 2024. Une baisse relative qui s’explique en partie par la récupération exceptionnelle d’aides liées à la période Covid les années précédentes.
Dans le détail, 255 millions d’euros proviennent de cotisations sociales récupérées, 120 millions d’allocations indûment perçues et 12 millions d’amendes administratives. Au total, 15.337 contrôles ont été menés en 2025, notamment dans la construction et l’horeca. Selon le ministre, près d’une enquête sur deux débouche sur un résultat concret.
Une pression croissante sur les institutions
À deux niveaux différents (européen et national), les chiffres traduisent une même réalité : la fraude n’est ni marginale ni ponctuelle. Elle s’inscrit dans des mécanismes organisés, souvent transnationaux, qui exploitent les failles des systèmes fiscaux et sociaux.
Les montants récupérés témoignent d’un renforcement des contrôles. Mais l’ampleur des sommes en jeu suggère un phénomène durable. La question n’est plus seulement celle de la répression. Elle devient structurelle : les moyens alloués à la lutte contre la fraude seront-ils à la hauteur d’une criminalité financière qui, elle, ne cesse de monter en puissance ?