Frédéric Hermel sur Mbappé : « Il a fait une erreur, il a cru qu'il était en France »
Pour Frédéric Hermel, Kylian Mbappé a mal mesuré la portée de son geste en masquant le message de soutien à Ceuta porté par le Real Madrid. Sur CNews, le spécialiste de l'Espagne a estimé que le Français a abordé l'affaire avec une grille de lecture française qui ne correspond pas au contexte espagnol.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Frédéric Hermel a estimé sur CNews que Kylian Mbappé « a fait une erreur » dans l'affaire du maillot de Ceuta : « Il a cru qu'il était en France. »
« Mbappé a fait une erreur. Il a cru qu'il était en France. » Invité samedi sur le plateau d'Eliott Deval sur CNews, Frédéric Hermel est revenu sur la vive polémique provoquée en Espagne par Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté.
Mardi, avant la rencontre entre Elche et le Real Madrid, les joueurs des deux équipes devaient entrer sur le terrain avec un maillot affichant le message « Todos somos caballas », en soutien aux habitants de Ceuta, confrontés depuis la fin juillet à une crise migratoire majeure. Contrairement à leurs coéquipiers, Mbappé et Vinicius avaient porté le vêtement de manière à en masquer le message, tandis que Konaté l'avait tenu à la main.
Pour Frédéric Hermel, journaliste correspondant en Espagne pendant de nombreuses années, le Français s'est surtout trompé dans son appréciation du contexte.
"Kylian Mbappé a fait une erreur énorme. Il a cru qu'il était en France…" Frédéric Hermel
— Destination Télé (@DestinationTele) September 19, 2026
En Espagne, attaquer Ceuta c’est attaquer l’Espagne
En France, attaquer la France fait de vous 1 héros sur France Inter, Quotidien, Nova, C à Vous, C Politique…etc pic.twitter.com/iLmjYRctoj
« Il a cru qu'il était en France »
« Il a cru qu'il était en France et que c'était un sujet uniquement politique et qu'il aurait, comme toujours, la gauche et l'extrême gauche, même le centre gauche, en sa faveur. Sauf qu'en Espagne, c'est pas pareil », a estimé le journaliste.
Selon lui, la réaction espagnole s'explique notamment par la place occupée par la famille dans la société du pays et par les inquiétudes exprimées par certains habitants de Ceuta depuis les arrivées massives de cet été.
« Le pilier de la société espagnole, c'est la famille. Et là, tous les Espagnols, même de gauche, soutiennent les familles de Ceuta », a poursuivi Hermel.
Il a notamment évoqué les témoignages de mères relayés dans les médias espagnols : « Quand vous avez des mamans qui vont dans la rue, qui disent : “Je ne peux plus laisser sortir ma fille parce que j'ai peur qu'elle soit violée.” Quand vous avez des mamans qui disent : “J'ai peur pour mon fils, je regarde à quelle heure il va rentrer”, etc. Parce qu'on a vu les images, c'est terrifiant ce qui se passe là-bas. »
« Il n'a pas compris le contexte espagnol »
« Donc il s'est trompé. Il s'est cru en France », a insisté Hermel. Selon lui, la situation de Ceuta dépasse en Espagne les clivages politiques habituels : « C'est au-delà d'un sujet politique. C'est presque une catastrophe, une catastrophe humanitaire. »
« Il n'a pas saisi, il n'a pas compris le contexte espagnol. Franchement, ça risque de lui peser », a-t-il encore estimé.
Mbappé avait pourtant expliqué son geste quelques heures après le début de la polémique. Dans un entretien au quotidien AS, l'attaquant avait assuré être pleinement solidaire des habitants de Ceuta et des victimes, tout en expliquant avoir voulu également témoigner de sa solidarité envers les migrants morts ou vivant dans des conditions difficiles.
« Je ne veux pas mettre de priorité dans la souffrance, avait-il notamment expliqué. Je n'ai rien contre eux et je les soutiens à 100 %. »
Le Real Madrid avait par ailleurs défendu la liberté individuelle de ses joueurs de porter ou non le message, tout en soutenant lui-même l'initiative en faveur de Ceuta.
« Le Real Madrid est avec vous »
Frédéric Hermel est également revenu sur le déplacement effectué vendredi à Ceuta par Florentino Pérez. Le président du Real Madrid était accompagné de José Martínez, « Pirri », président d'honneur du club et natif de Ceuta, ainsi que d'Emilio Butragueño, directeur des relations institutionnelles et ancienne gloire madrilène.
Pour Hermel, cette visite constitue une réaction à la controverse : « C'est tellement grave, ce qui s'est passé, que le président du Real Madrid, Florentino Pérez, le président d'honneur du club, qui s'appelle Pirri, qui est né à Ceuta, et Butragueño ont été obligés d'aller vendredi, donc hier, à Ceuta pour dire : “Le Real Madrid est avec vous”, etc. »
Le journaliste a néanmoins reconnu que le déplacement était prévu auparavant : « Ils ont dit que le voyage était prévu. C'est vrai. » Florentino Pérez a lui-même insisté vendredi sur ce point, affirmant que la visite était préparée « depuis plusieurs semaines » et qu'elle ne répondait à « aucune nouvelle récente ».
Hermel y voit malgré tout « la réaction à cette histoire de maillot qui n'a pas été montré par Mbappé, Konaté et Vinicius Junior », a-t-il conclu.
La polémique révèle ainsi deux lectures très différentes d'un même geste. Mbappé assure avoir voulu étendre son message de solidarité aux migrants et refuser de hiérarchiser les souffrances. Frédéric Hermel considère, lui, que cette position a conduit le capitaine des Bleus à sous-estimer la dimension particulière prise par la crise de Ceuta dans le débat public espagnol.