Gaza : Joël Kotek (ULB) conteste l’accusation de génocide
Dans un entretien au Point recueilli par Erwan Seznec, l’historien Joël Kotek récuse la qualification de génocide pour la guerre à Gaza. Sans nier la souffrance palestinienne, il dénonce un usage du terme qui, selon lui, brouille l’analyse et nourrit la délégitimation d’Israël.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
Dans Le Point, Joël Kotek défend la précision du mot « génocide », que l’horreur d’une guerre ne suffit pas, selon lui, à justifier.
Il estime qu’Israël combat le Hamas sans chercher à exterminer le peuple palestinien, tout en reconnaissant ses immenses souffrances.
À l’inverse, il voit dans les massacres prémédités du 7 octobre une « séquence génocidaire ».
Il compare ainsi les rythmes des massacres des Arméniens, des Juifs d’Europe et des Tutsis avec celui de la guerre à Gaza. Dans les chiffres qu’il avance au Point, il évoque 74.000 morts en trois ans, dont au moins 17.000 combattants, soit environ 70 décès quotidiens. Ces données et cette comparaison servent son argument : les ordres de grandeur diffèrent profondément de ceux des génocides du XXe siècle.
L’historien dénonce enfin une accusation qui, à ses yeux, réactive des représentations antisémites et sert à délégitimer Israël.
Le mot « génocide » peut-il servir à qualifier toute guerre meurtrière ? C’est la question au cœur du Génocide à l’épreuve de Gaza, essai sur un mot dévoyé, publié le 7 octobre aux éditions Hermann. Dans un entretien accordé au Point et recueilli par le journaliste Erwan Seznec, Joël Kotek, professeur à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de la Shoah, défend une distinction entre l’horreur des combats et la volonté d’exterminer un groupe humain.
Pour l’historien, le terme tend à devenir un synonyme de massacre et une manière de désigner le mal absolu. À force de l’appliquer à des réalités différentes, estime-t-il, on affaiblit sa précision.
Une intention spécifique à établir
Dans l’entretien, Kotek insiste sur plusieurs dimensions : la destruction physique ou biologique d’un groupe, le ciblage de ses membres en raison de leur appartenance à ce groupe et la volonté d’en détruire une part substantielle. Il place au centre de son raisonnement l’intention spécifique de destruction, appelée dolus specialis par les juristes.
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