Herman Craeninckx sur l’affaire Syensqo : « Le vrai débat, c’est le lien avec les résultats »
Herman Craeninckx - avocat en droit social chez Littler et spécialiste de l'encadrement juridique des contrats des cadres dirigeants - estime que l’affaire Ilham Kadri révèle moins une faille juridique qu’un problème de gouvernance et de prudence dans la structuration des bonus des grands dirigeants.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Avocat spécialisé en droit du travail et en gouvernance, Herman Craeninckx livre une analyse fine et sans langue de bois sur la rémunération record d’Ilham Kadri chez Syensqo. Il pointe surtout les failles de prudence du conseil d’administration tout en défendant un cadre juridique belge qu’il juge solide.
21News : Avec le recul, pensez-vous que les clauses de rétention et de départ prévues pour Ilham Kadri étaient encore adaptées à la réalité économique de Syensqo en 2025 ?
Herman Craeninckx : Ce qu’il faut d’abord rappeler, c’est qu’en Belgique le cadre juridique en matière de rémunérations des dirigeants est relativement solide. Contrairement à ce que certains imaginent, nous ne sommes pas dans une zone de non-droit. Les entreprises disposent d’instruments de gouvernance précis : conseil d’administration, comité de rémunération, assemblée générale… Ce sont eux qui déterminent la rémunération fixe et variable d’un CEO.
Le vrai débat apparaît lorsqu’il existe un décalage important entre le montant de la rémunération variable et les résultats réels de l’entreprise, qu’ils soient financiers ou non financiers. C’est précisément ce qui a attiré l’attention dans le cas de Syensqo. Beaucoup de personnes ont eu le sentiment qu’il existait une disproportion entre les montants versés et les performances observées après la scission.
21News : Pour nos lecteurs, pouvez-vous rappeler le contexte dans lequel ces mécanismes avaient été négociés ?
Herman Craeninckx : Il faut revenir à la scission de Solvay. À l’époque, il s’agissait d’une opération stratégique majeure préparée depuis longtemps. L’idée était de transformer profondément le groupe et il était considéré comme essentiel qu’Ilham Kadri reste aux commandes pendant toute cette période de transition.
C’est dans ce contexte qu’ont été négociés les bonus de rétention. Par définition, ce type de bonus n’est pas directement lié à la performance future. Il sert avant tout à sécuriser la présence d’une personne jugée indispensable à la réussite d’une transformation stratégique.
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