Hippodrome de Wallonie : la Région vend ses 75 % pour 500.000 euros
La Wallonie cède ses 75 % dans l’Hippodrome de Ghlin à Event Video Sport pour 500.000 euros. Le repreneur couvrira les pertes jusqu’en 2029 et maintiendra les écoles. Mais au-delà de cette échéance, le modèle économique reste à construire.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La Région wallonne vend sa participation de 75 % pour 500.000 euros.
- Event Video Sport s’engage à financer les pertes d’exploitation jusqu’à fin 2029 et à maintenir les écoles.
- La vente évite une liquidation immédiate, mais le financement de l’hippodrome après 2029 reste à résoudre.
Le gouvernement wallon a tranché : la Région va céder sa participation majoritaire dans l’Hippodrome de Wallonie, situé à Ghlin, près de Mons. Elle détenait jusqu’ici 75 % du capital de la société exploitant le site.
L’acquéreur est Event Video Sport, un acteur déjà actif dans le secteur hippique et impliqué dans les activités de l’hippodrome. Le prix de la transaction est fixé à 500.000 euros.
La décision marque une nouvelle étape dans le désengagement des pouvoirs publics wallons de l’infrastructure. Créé en 2000 avec leur soutien, l’Hippodrome bénéficiait encore jusqu’en 2024 d’un subside régional annuel de fonctionnement de 950.000 euros. Cette aide a été supprimée à partir de 2025, obligeant les responsables du site à chercher un autre modèle.
Un repreneur recherché en Belgique et à l’étranger
Wallonie Entreprendre avait confié au cabinet EY la recherche d’investisseurs privés, en Belgique comme à l’étranger. Des acteurs issus des secteurs hippique, des paris, de l’événementiel et de l’investissement ont été approchés.
À l’issue de ce processus, Wallonie Entreprendre a recommandé l’offre révisée d’Event Video Sport, considérée comme permettant d’assurer la continuité des activités.
Le repreneur ne s’engage toutefois pas uniquement à acquérir les actions régionales. Il devra également financer les pertes d’exploitation jusqu’à la fin de l’exercice 2029. Cette période doit permettre de chercher une solution plus structurelle pour assurer l’avenir de l’hippodrome et, plus largement, de la filière hippique.
Autrement dit, la vente évite à court terme une liquidation du site, mais la question de son équilibre financier à partir de 2030 reste ouverte.
Des interrogations sur le prix de vente
Avant la décision du gouvernement, le montant de 500.000 euros pour la participation majoritaire avait suscité des interrogations. Le député provincial socialiste Pascal Lafosse avait notamment demandé davantage de transparence sur la valorisation de la société et sur les garanties accompagnant la cession.
Le site de Ghlin s'étend sur plus de 20 hectares et comprend les infrastructures de l'hippodrome. La comparaison entre la valeur immobilière du site et le prix de vente des actions doit cependant être maniée avec prudence : la transaction porte sur une participation dans une société, avec ses actifs, mais aussi ses passifs, ses charges et ses perspectives économiques.
La Région avait par ailleurs annoncé depuis plusieurs années son intention de se désengager. En septembre 2024, la ministre wallonne des Infrastructures sportives Jacqueline Galant avait déjà confirmé au Parlement que l’hippodrome ne bénéficierait plus de subventions à partir de 2025 et qu’un repreneur privé serait recherché.
Les écoles doivent rester sur le site
L’un des enjeux de la transaction concerne les écoles et formations installées sur le site. Le gouvernement affirme avoir obtenu leur maintien à long terme.
Les engagements du repreneur concernant la poursuite des activités jusqu’en 2029 et le maintien des écoles doivent être inscrits sous forme d’obligations précises dans les actes de cession.
La ministre des Sports et des Infrastructures sportives, Jacqueline Galant, défend le passage à un modèle privé :
« En suivant la recommandation de WE, le Gouvernement fait le choix d’accompagner le passage vers un nouveau modèle, reposant désormais sur une dynamique privée et de donner à l’Hippodrome l’opportunité de se redéployer. »
Selon elle, l’objectif est également de préserver les activités et les écoles présentes sur place ainsi que l’écosystème économique, sportif et associatif développé autour du site.
Et après 2029 ?
Le ministre wallon de l’Économie, Pierre-Yves Jeholet, présente de son côté la cession comme une manière d’éviter la disparition des activités hippiques à Ghlin.
« Sans repreneur, l’Hippodrome se dirigeait vers une impasse. La solution retenue aujourd’hui permet de préserver l’activité et d’éviter une liquidation qui aurait eu des conséquences pour l’ensemble de la filière hippique. »
Mais l’horizon 2029 reste un élément central du dossier. Le repreneur s’engage à supporter les pertes jusque-là, sans qu’un modèle économique pérenne au-delà de cette échéance soit aujourd’hui garanti.
La question du financement de la filière hippique a d’ailleurs déjà été soulevée au Parlement wallon. Parmi les pistes discutées figure un éventuel mécanisme permettant de réinjecter une partie des recettes provenant des paris hippiques dans la filière. Le gouvernement a toutefois souligné les difficultés juridiques d’un tel système, notamment en raison du partage des compétences entre le fédéral et la Région et des règles européennes en matière d’aides d’État.
La vente apporte donc une réponse immédiate à la situation de l’Hippodrome de Wallonie : elle permet la poursuite de ses activités et évite, à ce stade, sa liquidation. Elle ouvre en revanche une nouvelle période de quatre ans durant laquelle le repreneur et les pouvoirs publics devront trouver une solution permettant à la filière de fonctionner durablement sans revenir au modèle de subventionnement régional qui prévalait jusqu’en 2024.