« Ils savent qu’ils ne risquent rien » : pourquoi des jeunes Français viendraient participer au narcotrafic à Bruxelles
La multiplication des fusillades liées au narcotrafic à Bruxelles s’est invitée au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Clémentine Barzin (MR) a interrogé la ministre Valérie Lescrenier (Les Engagés) sur le manque de places en IPPJ, le sentiment d’impunité et l’implication de mineurs, dont certains venus de France.
Publié par Demetrio Scagliola
La recrudescence des fusillades à Bruxelles ne pose pas seulement la question des moyens policiers et judiciaires. Elle remet également au premier plan celle de la prise en charge des mineurs impliqués dans les réseaux de narcotrafic et, surtout, de la capacité à apporter une réponse rapide lorsqu’ils sont interpellés.
Le sujet s’est invité mercredi au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Clémentine Barzin (MR) a interpellé la ministre de l’Aide à la jeunesse, Valérie Lescrenier (Les Engagés), après les nouveaux épisodes de tirs enregistrés dans la capitale et les mises en garde du procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil.
Lors de sa conférence de presse du 28 août, ce dernier avait notamment pointé le rôle joué par des mineurs dans les activités liées au narcotrafic, leur recrutement via les réseaux sociaux et le manque persistant de places en Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ).
Des jeunes venus de Lille, Valenciennes ou Marseille
Un autre phénomène interpelle : l’implication de jeunes Français dans les réseaux criminels bruxellois. Le procureur avait notamment évoqué des jeunes venus de Lille, Valenciennes et Marseille.
Pour Clémentine Barzin, cette situation pose directement la question du sentiment d’impunité. Selon la députée MR, "certains de ces jeunes viendraient à Bruxelles pour commettre des faits en sachant qu’ils y risqueraient peu, voire rien, notamment en raison du manque de places disponibles en IPPJ".
Elle a dès lors interrogé Valérie Lescrenier sur son analyse du phénomène et sur les concertations engagées avec le parquet, qui mène une analyse sur la présence de ces jeunes ressortissants français.
25 jeunes pris en charge en une semaine
La ministre assure de son côté que ses services sont mobilisés et a avancé plusieurs chiffres pour illustrer la réponse apportée durant la période particulièrement tendue de la fin du mois d’août.
"Entre le 21 et le 28 août, 25 jeunes ont ainsi été pris en charge en IPPJ. Dix d’entre eux relevaient du tribunal de la jeunesse de Bruxelles et quatre étaient directement concernés par des dossiers liés au narcotrafic ou aux fusillades récentes", souligne la ministre.
Selon Valérie Lescrenier, toutes les demandes urgentes introduites par les magistrats de la jeunesse durant cette période ont ainsi pu être rencontrées.
La ministre reconnaît cependant l’enjeu posé par le recrutement de mineurs via les réseaux sociaux. Ses services travaillent sur cette problématique avec d’autres niveaux de pouvoir. Elle insiste également sur "la prévention et sur la nécessité de maintenir ou de recréer le lien entre les jeunes et les forces de l’ordre, notamment à travers des initiatives de community policing."
Plus de 300 places en IPPJ
Reste le problème structurel des capacités d’accueil en IPPJ, régulièrement dénoncé par les acteurs judiciaires.
Valérie Lescrenier a rappelé l’objectif du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles "de disposer de plus de 300 places en IPPJ d’ici la fin de la législature".
Le calendrier prévoit notamment l'ouverture de dix nouvelles places en régime fermé à Saint-Hubert en 2027. Des travaux doivent également débuter pour transformer certaines places en régime ouvert en places fermées.
Le dispositif « Intermède », destiné notamment à permettre une prise en charge plus rapide et plus souple de jeunes primo-délinquants, doit également être mis en service en 2027. Enfin, 30 places supplémentaires sont annoncées à Forest en 2028.
« Comment répond-on aux urgences ? »
Pour Clémentine Barzin, ces investissements ne règlent toutefois pas la question immédiate. « Comment répond-on aux urgences ? », a-t-elle demandé à la ministre, en soulignant le décalage entre le calendrier annoncé et la situation dénoncée aujourd’hui par le parquet.
La députée pointe notamment la gravité des faits dans lesquels certains mineurs sont impliqués et le fait que certains sont interpellés en possession d’armes.
Elle propose donc d’étudier des solutions susceptibles d’être déployées plus rapidement, comme l’installation de structures modulaires permettant d’augmenter temporairement le nombre de places disponibles. Elle souhaite également examiner la possibilité d’un recours plus large au bracelet électronique lorsque la situation du jeune et le cadre légal le permettent.
Le débat devrait désormais se poursuivre en commission. Au-delà de la seule augmentation du nombre de places en IPPJ, une question devient centrale : comment garantir une réponse suffisamment rapide aux mineurs recrutés par les réseaux de narcotrafic pour éviter que ne s’installe l’idée qu’une interpellation restera sans conséquence ?