Valérie Glatigny: «Le processus de réaffectation des professeurs est toujours en cours »
La rentrée du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a été dominée par les réformes de l’enseignement. Charge des profs, emploi, gratuité, repas scolaires : Valérie Glatigny a répondu aux critiques et défendu les choix du gouvernement.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La réforme de l’enseignement a dominé les débats de rentrée au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
- L’opposition a vivement critiqué les conséquences des « +2 périodes » sur l’emploi et les conditions de travail des enseignants.
- Valérie Glatigny a défendu sa réforme, tout en répondant aux critiques sur la gratuité et les repas scolaires.
Après plusieurs semaines de grèves et des examens perturbés par les actions syndicales avant les vacances, le débat sur la réforme de l’enseignement s’est logiquement invité à la rentrée du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Au centre des échanges : le décret-programme 2 (DP2) porté par la ministre de l’Enseignement Valérie Glatigny et, en particulier, l’augmentation de 20 à 22 périodes de cours pour les enseignants du secondaire supérieur.
Une mesure que l’opposition présente comme une augmentation de 10 % de la charge de cours et dont elle dénonce les premières conséquences sur le terrain.
Plusieurs situations individuelles ont ainsi été évoquées dans l’hémicycle : des enseignants temporaires qui perdent une partie de leurs heures, d’autres qui doivent compléter leur horaire dans plusieurs établissements ou encore des cours désormais répartis entre plusieurs professeurs.
« Certains enseignants sont contraints de parcourir jusqu’à 60 kilomètres par jour » pour reconstituer un horaire complet», a notamment dénoncé l’opposition. Le cas d’enseignants devant prendre un second emploi pour compléter leurs revenus a également été évoqué.
Glatigny : « Aucun cas gravissime »
Valérie Glatigny conteste toutefois l’idée qu’un bilan puisse déjà être tiré de la réforme. La ministre rappelle que « le processus de réaffectation des enseignants par les pouvoirs organisateurs est toujours en cours » et qu’il doit se poursuivre jusqu’à la fin du mois d’octobre.
Elle défend également les objectifs de la mesure, qui doit notamment permettre de « lutter contre la pénurie » d’enseignants et de « réduire les heures de fourche » dans les horaires des élèves.
La ministre avance également plusieurs chiffres pour relativiser l’impact sur l’emploi. Le passage à 22 périodes doit permettre d’éviter l’engagement d’environ 1.300 équivalents temps plein, mais 2.170 départs naturels sont parallèlement attendus dans le secondaire supérieur.
Une situation particulière s’ajoute cette année : l’allongement de trois à quatre ans de la formation initiale des enseignants signifie qu’il n’y a pratiquement pas de nouveaux diplômés arrivant sur le marché du travail. Selon la ministre, de nombreuses heures restent donc disponibles, notamment dans le secondaire inférieur.
Le gouvernement rappelle également avoir adopté avant l’été deux mécanismes de protection pour les temporaires : le gel de la situation de ceux qui risqueraient de perdre l’ensemble de leurs heures et une garantie de rémunération, calculée sur l’horaire précédent, pour les temporaires prioritaires. La cellule de veille mise en place depuis le 10 août n’aurait, selon Valérie Glatigny, fait remonter « aucun cas gravissime ».
Une concertation sociale compliquée
Le climat reste néanmoins tendu avec les organisations syndicales, qui ont déjà annoncé de nouvelles actions. Les discussions portent également sur le futur CDIE, le « contrat à durée indéterminée avec charge garantie », avec lequel la ministre souhaite offrir davantage de stabilité aux jeunes enseignants temporaires.
« L’objectif, c’est une charge stable, idéalement garantie à 100 % », défend la ministre, avec notamment un salaire payé durant le mois de juillet.
Mais les discussions avec les syndicats sont difficiles. Lors de la concertation du 1er septembre, trois organisations sur cinq ont quitté la table des négociations, demandant que soit d’abord abordée la question du refinancement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par le pouvoir fédéral.
Le gouvernement a par ailleurs décidé de reporter le volet concernant la fin des nominations statutaires. Son coût potentiel à long terme et l’absence d’accord avec le fédéral sur le niveau des cotisations patronales ont conduit l’exécutif à se concentrer, dans un premier temps, sur la stabilisation des enseignants temporaires.
Gratuité scolaire : « Les budgets n’ont pas été supprimés »
La gratuité scolaire et le financement des repas gratuits ont constitué un autre volet du débat.
Face aux critiques sur les économies réalisées, Valérie Glatigny insiste sur le maintien de plusieurs enveloppes. « Les budgets n’ont pas été supprimés », assure-t-elle. Quelque 11 millions d’euros restent consacrés aux fournitures scolaires et 14 millions aux repas gratuits.
Le système change toutefois pour ces derniers. L’appel à projets, auquel toutes les écoles concernées ne participaient pas, disparaît. Les 14 millions d’euros doivent désormais être intégrés directement aux dotations de fonctionnement des établissements présentant un faible indice socio-économique.
Le gouvernement souligne également que la gratuité, jusqu’ici limitée à la troisième primaire, est étendue jusqu’à la cinquième primaire cette année et doit atteindre la sixième primaire à la rentrée suivante.
Enfin, Valérie Glatigny met en avant un « réinvestissement de 25 millions d’euros » dans l’accompagnement personnalisé des élèves en difficulté. Un monitoring de l’inspection doit parallèlement vérifier que les établissements respectent les règles de gratuité et ne réclament pas aux parents des fournitures qui doivent être prises en charge.
Entre contraintes budgétaires revendiquées par la majorité, inquiétudes exprimées par l’opposition et contestation syndicale, le débat sur l’enseignement devrait donc continuer à occuper une place importante au Parlement dans les prochaines semaines.