Les confidences du Premier ministre : quand le jeune Bart De Wever avait été payé en noir lors d'une fête du fisc...
Derrière l’image du Premier ministre austère et méthodique, Bart De Wever dévoile une facette plus personnelle. Enfance modeste, rapport à son père, perte de poids, alcool, argent ou solitude du pouvoir : il s’est livré à Martin Buxant dans le podcast Face B de RTL-TVI. Voici quelques extraits de cette rencontre...
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
- Face à Martin Buxant, le Premier ministre livre sa face B
- Bart De Wever se livre sur son enfance, il raconte sa perte de poids et son arrêt total de l’alcool.
- Le Premier ministre évoque aussi l’argent, la famille et la solitude du pouvoir.
Ce qu’il pense du budget
« On ne va pas tourner autour du pot : on est en difficulté budgétairement. On est vraiment au bord du précipice. Donc, quand on doit prendre des décisions difficiles et dures, il faut être dur. »
Ses origines modestes et la Lada de son père
« Je venais d’une famille simple. Nous n’étions pas pauvres. Mon père était ouvrier. Ma maman, après avoir dû céder le magasin, a travaillé comme vendeuse dans d’autres magasins. C’était la petite classe moyenne.
» Mais la plupart des autres élèves de ma classe venaient de familles beaucoup plus riches que la mienne. Je me souviens que, lorsqu’il y avait des événements à l’école ou des rencontres parents-professeurs, les voitures pouvaient stationner dans la cour de récréation. Je priais toujours Dieu pour qu’il n’y ait pas de place pour la voiture de mon père, parce qu’il roulait en Lada. Une voiture russe très laide.
» Je priais pour qu’il n’y ait pas de place, parce que sinon il devait stationner à côté des bolides allemands des parents des autres enfants de ma classe. Et les adolescents sont cruels, ils sont moqueurs. Ils se moquaient de ma gueule pendant des semaines parce que mon papa avait une Lada. »
Sur Elio Di Rupo
« Tout mon respect pour un homme qui vient d’une famille très modeste, très pauvre même, et qui peut devenir Premier ministre. J’ai eu de longs dialogues avec Elio. Il m’a certainement appris beaucoup sur la façon de penser au PS, mais aussi en Wallonie. Un autre point de vue, une autre perspective sur la société.
» C’est quelqu’un qui m’a construit, oui. En 2010, quand on passe 500 jours ensemble, on a beaucoup de temps pour dialoguer et échanger des points de vue.
» Sur le plan personnel, je l’ai apprécié. C’est vraiment un seigneur. »
Son régime et ses 143 kilos
« Pendant les longues négociations de 2010, Elio Di Rupo avait déjà essayé de me convaincre que je devais m’occuper un peu plus de mon corps. C’est juste après que j’ai pris la décision de mettre fin à ma façon de vivre, avec beaucoup de nourriture qui n’était pas bonne et beaucoup d’alcool aussi.
» J’ai consulté un médecin qui m’a dit : “Je peux te prescrire un régime, mais je te le dis déjà : si, après le régime, tu as perdu du poids mais que tu ne changes pas ta façon de vivre, ça n’a aucun sens.” À ce moment-là, j’avais 40 ans et j’ai décidé de changer radicalement ma vie et mon style de vie. J’ai choisi une alimentation saine, mais aussi le sport.
» J’essaie de faire le maximum de sport possible. J’ai couru sept marathons. J’ai couru le marathon d’Athènes, qui n’est pas simple parce qu’il monte pendant presque trente kilomètres. C’était dur, mais je l’ai fait. 143 kilos. Donc je peux aussi m’engager à 100 % dans de mauvais choix ! Je mangeais comme un porc. Je buvais beaucoup d’alcool.
» Mon médecin m’a dit à un moment donné : “Il y a un forfait maximum d’unités d’alcool qu’un être humain peut boire pendant une vie et tu y es déjà.” À 40 ans. Il m’a dit : “Tu as déjà bu assez d’alcool pour toute ta vie. Donc la deuxième moitié de ta vie sera sans alcool.” »
Ses études et son job payé « en noir » par le fisc
« J’ai commencé mes études d’histoire à Anvers, puis à Louvain. J’ai terminé avec la plus grande distinction. Mon promoteur m’a invité à devenir assistant en histoire à l’Université de Louvain. C’était mon premier vrai emploi. Avant ça, j’avais eu beaucoup de jobs. J’ai travaillé comme magasinier, comme jardinier, dans l’horeca. J’ai fait le service lors de grandes fêtes.
» Je peux vous raconter une anecdote. Avec mon club d’étudiants, on faisait le service lors de fêtes. Un jour, un ancien membre de notre club nous a invités à faire le service lors d’une fête de l’administration fiscale. La salle était pleine de gens du fisc et de contrôleurs des impôts. Et c’était 100 % en noir ! Il nous avait dit : “On va vous payer en cash.” J’ai donc fait le service à une fête du fisc et on a été payés entièrement au noir. »
Réformer le pays
« Qu’on doive réformer ce pays, c’est une certitude. Qu’on le veuille ou non, à un moment donné, l’assainissement du pays va nous y obliger. C’est rationnel. C’est inévitable. Nos structures sont beaucoup trop lourdes, beaucoup trop chères, inefficaces. C’est ingérable.
» J’ai eu ce matin un entretien avec mon collègue néerlandais et, chaque fois, je dois lui expliquer : “Ah, on veut une coopération sur ça ? Ça, c’est à la Région. Ça, c’est à la Communauté. Ça relève du fédéral…” C’est infernal.
» Les structures sont trop lourdes, il y a beaucoup trop de politiques. Il faut faire des assainissements. On peut les faire dans différentes directions. On connaît la philosophie de la N-VA, qui est le confédéralisme. Il y a d’autres solutions possibles aussi.
» Mais, qu’on le veuille ou non, il y aura un moment de vérité. Avec chaque assainissement qu’on fait dans ce pays au niveau fédéral, on se rapproche du moment où on devra aussi ouvrir le volet institutionnel. C’est inévitable. Il faudra se regarder dans les yeux. Je pense que plus personne ne le nie. »