Exclusion de Défi des débats en TV : Ce n’est pas aux médias de décider qui peut débattre (édito)
L’exclusion de DéFI des grands débats de la RTBF et de RTL interroge : un affaiblissement électoral justifie-t-il qu’un parti encore représenté dans les institutions ne soit plus entendu ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’exclusion de DéFI des grands débats de la RTBF et de RTL interroge : un affaiblissement électoral justifie-t-il qu’un parti encore représenté dans les institutions ne soit plus entendu ?
DéFI n’est plus invité aux grands débats de la RTBF et de RTL. Le parti est affaibli électoralement, c’est une réalité. Mais cela suffit-il à décider qu’il n’a plus droit à la parole ? En démocratie, la question mérite d’être posée.
Mercredi soir, RTL-TVI organisait son grand débat de rentrée avec les présidents des cinq principales formations politiques francophones. Une chaise manquait autour de la table : celle de Sophie Rohonyi, présidente de DéFI. Quelques mois plus tôt, le même parti était déjà absent d’un débat organisé par la RTBF. Le parti avait d’ailleurs porté plainte devant le CSA pour son exclusion.
Que DéFI soit aujourd’hui moins présent dans les grands débats qu’il ne l’était il y a quelques années peut se comprendre. Le parti amarante a subi une lourde défaite électorale. Il a perdu des voix, des élus et une partie de son influence. Mais il y a une différence entre constater qu’un parti est affaibli et considérer qu’il n’a plus suffisamment de poids pour être entendu.
Une démocratie ne se résume pas à cinq partis
Lorsqu’une grande chaîne décide que cinq partis méritent une place autour de la table et qu’un sixième n’en mérite pas, elle ne fait pas que construire un programme télévisé. Elle contribue aussi à définir les voix qui seront visibles dans le débat public. Et c’est là que le sujet devient démocratique.
DéFI n’est certes plus le parti qu’il était. Mais il n’a pas disparu. Il dispose toujours d’un député fédéral, François De Smet, de plusieurs parlementaires bruxellois et d’élus communaux. Il continue donc d’exister dans les institutions et dans le paysage politique. Il a reçu des suffrages d’électeurs et ce n’est pas le rôle des médias de décider de qui peut ou non prendre la parole.
Le risque du cercle vicieux
Le problème est aussi celui du cercle vicieux. Un parti perd des électeurs. Il est alors moins invité dans les médias. Il bénéficie de moins de visibilité. Ses dirigeants ont moins l’occasion de défendre leurs idées face aux autres formations. Et cette absence de visibilité peut à son tour rendre plus difficile une reconquête électorale. Choisir d’exclure un parti, c’est choisir de qui peut ou non participer à l’exercice démocratique du débat d’idées. La question vaut aussi pour les partis émergents.
En Belgique, sans élu, vous n’êtes quasiment jamais invité dans les médias, mais alors comment renouveler les partis ou le personnel politique ? Avec les règles médiatiques belges, c’est simple, Emmanuel Macron n’aurait jamais existé et n’aurait jamais été président de la République, simplement car au début de son lancement il n’avait jamais été élu et ne disposait d’aucun élu. Cela ne l’avait pas empêché, un an après son lancement, d’être élu président et d’avoir une majorité absolue au Parlement.