Israël ne sera jamais en paix (Analyse)
Israël peut gagner des guerres et signer des trêves. Mais il ne connaîtra sans doute jamais la paix rêvée par les Européens. Encerclé par l’Iran et ses proxys, jugé depuis une Europe en paix, l’État hébreu vit dans une réalité que nos élites préfèrent souvent ignorer.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
Israël demeure un État en guerre permanente, non par choix, mais parce que ses ennemis contestent jusqu’à son existence.
L’Europe, confortablement installée dans la paix, juge l’État hébreu sans mesurer la pression militaire, diplomatique et symbolique qu’il subit.
Même un éventuel État palestinien ne suffirait sans doute pas à normaliser les relations avec Israël, devenu pour une partie des élites occidentales l’ennemi commode.
Quelles que soient les pressions américaines visant à lui faire signer une trêve avec le Hezbollah libanais, l’État hébreu n’entrera pas dans une longue période d’accalmie et de paix. Le régime iranien est loin d’être vaincu. Et ses proxys repoussent comme la chienlit.
Analyse en pantoufles
La classe politique et médiatique belge et européenne analyse le conflit israélo-arabo-palestinien dans ses pantoufles, confortablement installée dans une région en paix depuis 80 ans : l’Europe occidentale.
Depuis des décennies, nous donnons donc des leçons aux Israéliens. Nous les appelons à la retenue. Nous les insultons parfois, en parlant d’« État génocidaire ». Il leur est demandé d’attendre gentiment que la théocratie iranienne se dote de la bombe atomique. Nous leur conseillons de tendre l’autre joue au Hamas après le 7 octobre 2023. Nous leur expliquons qu’ils doivent mettre fin à la colonisation en Cisjordanie.
Mais savons-nous seulement ce que vivent les Israéliens ? Ils sont bombardés depuis des années au nord par le Hezbollah, qui occupe littéralement une bonne partie du Liban. Le territoire israélien a subi jusque récemment les tirs du Hamas depuis le Sud-Ouest. Les Israéliens vivent sous la menace d’une destruction totale brandie par la mollarchie iranienne. Ils sont visés par des drones militaires lancés depuis le Yémen par les Houthis.
Opprobre
À cela s’ajoute l’opprobre d’une majorité de membres et de hauts fonctionnaires de l’ONU, à commencer par son secrétaire général, le socialiste portugais António Guterres, ancien proche de Yasser Arafat. Environ deux tiers des résolutions condamnatoires de l’ONU visent Israël, minuscule État de 9 millions d’habitants et de 22.000 km².
À l’exception de l’Inde de Modi, Israël subit aussi l’ostracisme des BRICS et d’une majorité d’États africains et sud-américains. Quant à l’Europe de l’Ouest, en raison d’une forte présence de citoyens d’origine musulmane et de ses liens complexes avec ses anciennes colonies, elle se montre assez largement hostile à Israël.
Même dans les pays avec lesquels Israël a signé une paix durable, comme l’Égypte, une paix froide, comme la Jordanie - véritable État palestinien et ancienne partie orientale du mandat britannique -, ou une normalisation récente, comme dans le cadre des Accords d’Abraham, les peuples souhaitent souvent, in petto, sa disparition prochaine.
Hypocrisie
Telle est la géopolitique d’Israël. Transposée à la Belgique, cela donnerait : le Hamas à Lille, le Hezbollah de Bergen-op-Zoom à Breda, les Houthis en Corse, et la Pologne enrichissant de l’uranium militaire pour nous anéantir. Dans une telle situation, il est clair que nous verrions les choses autrement. Imaginez la Flandre velléitaire obligée de déménager les Anversois à Liège sous les bombardements du Hezbollah hollandais !
Nos relations avec Israël ne sont pas exemptes d’hypocrisie. L’Europe, et en particulier l’Allemagne, raffole de l’armement israélien et de sa technologie, mais certains pays empêchent sa présence dans des salons de l’armement, notamment en France.
Plusieurs recteurs et professeurs d’université pétitionnent pour la fin de toute relation avec les universités israéliennes. Curieusement, ils n’ont jamais fait une telle proposition contre les universités russes, alors que la Russie occupe une partie de l’Ukraine, ni contre les universités chinoises, alors que la Chine occupe le Tibet.
Le délire fantasmagorique autour du « pouvoir des Juifs » s’est mué en paranoïa contre le « pouvoir de l’État juif ». Gwendolyn Rutten en a offert l’un des derniers avatars, en laissant entendre que le Concours Eurovision de la chanson était sous contrôle israélien. Malgré l’opprobre internationale que subit Israël, l’ancien directeur de la Ligue des droits humains, Alexis Deswaef, estime encore que l’État hébreu bénéficie d’un traitement de faveur.
Avant tout un Etat juif
Bref, Israël est avant tout un État juif. Un État-nation créé par les victimes de l’ultranationalisme nazi, et qui se voit aujourd’hui sommé de s’adapter à la nouvelle doxa globaliste qui règne dans les couloirs de la Commission européenne et de l’ONU. Son caractère juif en fait une nation hors du commun à tous points de vue. Son insolente réussite économique, technologique et multiethnique constitue, pour l’État hébreu, une circonstance aggravante, certainement pas atténuante.
Il y a donc peu de chances que nos relations avec Israël se normalisent vraiment. Et la création d’un véritable État palestinien, solution théorique mais inaccessible à court terme, n’y changerait sans doute pas grand-chose. Toutes les difficultés que connaîtrait ce jeune État palestinien seraient immédiatement mises au débit d’Israël, comme les difficultés que connaissent les États africains sont souvent excusées au nom d’une colonisation brutale et d’une décolonisation menée en ordre dispersé. Gaza a été évacuée par Israël en 2005, mais Israël reste tenu pour responsable de son instrumentalisation par le Hamas, supposément soutenu par la droite israélienne pour neutraliser l’Autorité palestinienne.
Ironie de l’histoire : le caractère miraculeusement démocratique de ce minuscule État devrait en faire notre allié indéfectible dans un Moyen-Orient largement autocratique. Mais pour des raisons historiques, religieuses et désormais électoralistes, Israël reste, pour une partie de nos élites, l’ennemi à abattre.