Israël, nouveau « Dreyfus des nations » ? Joël Rubinfeld dénonce "un procès permanent"
Dans un entretien accordé à Grégoire Canlorbe, publié le 5 mai 2026 par Gatestone Institute, Joël Rubinfeld, président fondateur de la Ligue belge contre l’antisémitisme, développe une thèse forte : depuis le 7 octobre 2023, Israël aurait remplacé le capitaine Dreyfus sur le banc des accusés. Pour lui, l’État juif est aujourd’hui jugé comme Dreyfus hier, non seulement pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est.
Publié par Nicolas de Pape
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Résumé de l'article
-Joël Rubinfeld estime, dans un entretien publié par Gatestone Institute, qu’Israël est devenu le « Dreyfus des nations », soumis depuis le 7 octobre à un procès permanent.
-Il accuse une partie des milieux onusiens, militants, médiatiques et politiques de transformer la critique d’Israël en antisémitisme contemporain.
-Selon lui, en Belgique et surtout à Bruxelles, cette dynamique pèse désormais sur le calcul électoral et menace l’avenir même de la communauté juive.
Dans cet entretien, Joël Rubinfeld parle d’un « procès Dreyfus » sans fin. La comparaison est lourde. Elle renvoie à une mécanique ancienne : celle de l’accusation obsessionnelle, du soupçon systématique et de la culpabilité présumée. Sauf qu’ici, selon lui, ce n’est plus un homme qui est poursuivi. C’est un État. Israël serait devenu le « Dreyfus des nations ».
"Un procès permanent contre l’État juif"
Pour Rubinfeld, les nouveaux « procureurs » de ce procès seraient les agences de l’ONU, certains rapporteurs internationaux, Amnesty International, Human Rights Watch, Oxfam, la Ligue des droits de l’homme, mais aussi tout un écosystème militant, universitaire, médiatique et culturel qui prétend parler au nom des droits de l’homme.
Depuis le 7 octobre 2023, nous vivons une sorte de procès Dreyfus sans fin, mais avec une différence majeure : l’État a remplacé la personne.
Le président de la Ligue belge contre l’antisémitisme estime que les manifestations dites « pro-palestiniennes » ne sont pas toujours animées par une réelle préoccupation pour les Palestiniens. Si tel était le cas, avance-t-il, elles dénonceraient d’abord le Hamas, qu’il présente comme « le poison » et « le cauchemar » du peuple palestinien lui-même.
Il rappelle que le Hamas avait remporté les élections législatives palestiniennes de 2006, avec 56 % des voix, un scrutin qui reste le dernier du genre.
Rubinfeld s’inquiète surtout de la pression de la rue sur les responsables politiques européens. Il affirme que beaucoup raisonnent désormais de manière arithmétique : d’un côté les Juifs, assimilés à Israël ; de l’autre les musulmans, assimilés à la Palestine.
Cette réduction communautaire, qu’il juge simpliste et raciste, produirait des calculs électoraux cyniques.
Bruxelles, symptôme d’un malaise européen
En Belgique, souligne Rubinfeld, il y a environ 30.000 Juifs et 900.000 musulmans (l'ambassadeur du Maroc interviewé par 21News évalue à 800.000 les seules personnes d'origine ou de nationalité marocaine sur notre sol).
Certains élus en concluraient qu’ils ont davantage à gagner à soutenir la cause palestinienne qu’à défendre Israël ou les communautés juives.
La formule la plus explosive de l’entretien concerne Bruxelles. Selon Rubinfeld, « compte tenu de sa démographie spécifique, l’antisémitisme est devenu un atout électoral » dans la capitale belge.
Il ne parle pas ici de l’ancien antisémitisme nostalgique du nazisme, mais d’un antisémitisme contemporain, qui passe par l’assimilation de Gaza à Auschwitz, la diabolisation d’Israël et le remplacement des slogans antijuifs par des slogans antisionistes.
Une communauté juive en sursis
L’ancien vice-président du Congrès juif européen va plus loin : il estime que l’avenir de la communauté juive de Belgique est désormais menacé. Celle-ci ne représente déjà plus que 0,25 % de la population belge.
À ses yeux, l’exode est en cours et pourrait s’accélérer. D’ici 2050, avance-t-il, la communauté juive belge pourrait passer de 30.000 personnes aujourd’hui à moins de 10.000.
La tentation de se dissocier
L’entretien aborde également un autre sujet sensible : certains Juifs - assez rares - qui rejoignent, selon lui, le camp des accusateurs d’Israël. Rubinfeld mobilise ici le concept de « haine de soi juive », popularisé par Theodor Lessing au début du XXe siècle.
Il y voit moins une simple divergence politique qu’un mécanisme psychologique de survie : certains, confrontés à la pression sociale ou à l’hostilité, chercheraient à se dissocier de leur propre héritage pour être acceptés.
Il compare ce réflexe à celui d’un enfant qui, face à un parent violent ou terrifiant, finit par se convaincre que le problème vient de lui. En donnant raison à son bourreau, il espère être aimé, protégé, épargné.
Rubinfeld cite à ce sujet le psychiatre Kenneth Levin et son livre The Oslo Syndrome, consacré aux illusions d’un peuple assiégé. Mais, selon lui, cette stratégie échoue : le bourreau continue de tourmenter.
La critique d’Israël est-elle encore, dans certains milieux, une critique politique classique, ou est-elle devenue le masque acceptable d’un nouvel antisémitisme ?
Pour Joël Rubinfeld, la réponse ne fait guère de doute : Israël est aujourd’hui jugé comme Dreyfus hier, non pour ce qu’il fait seulement, mais pour ce qu’il est.
Rubinfeld prend soin de distinguer deux choses. Quitter le judaïsme, dit-il, relève de la liberté individuelle. Ce n’est pas condamnable en soi. En revanche, basculer dans l’antisémitisme pour prouver que l’on n’appartient plus au groupe d’origine devient, selon lui, un problème politique et moral.
Il cite plusieurs figures historiques ou contemporaines pour illustrer ce basculement : Nicholas Donin, Pablo Christiani, Bernard Lazare avant son engagement dreyfusard, Gilad Atzmon ou encore Karl Kraus.
L’entretien est parfois dur à entendre mais assumé comme tel. Il a le mérite de poser une question que beaucoup préfèrent contourner : la critique d’Israël est-elle encore, dans certains milieux, une critique politique classique, ou est-elle devenue le masque acceptable d’un nouvel antisémitisme ? Pour Joël Rubinfeld, la réponse ne fait guère de doute : Israël est aujourd’hui jugé comme Dreyfus hier, non pour ce qu’il fait seulement, mais pour ce qu’il est.