Kaja Kallas encense Erdoğan, les « valeurs européennes » passent au second plan
Après un entretien avec Recep Tayyip Erdoğan, la chef de la diplomatie européenne a salué le rôle de la Turquie au sein de l'Otan et dans la sécurité européenne. L'absence de toute référence aux atteintes aux libertés dans le pays a suscité une avalanche de critiques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Kaja Kallas a salué le partenariat stratégique avec la Turquie après un entretien avec Recep Tayyip Erdoğan. Son silence sur les libertés publiques et l'opposition turque a déclenché de nombreuses accusations de « deux poids, deux mesures ».
« La Turquie est un partenaire clé en matière de sécurité, de migration et d'énergie. » C'est par ces mots que la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, a résumé son entretien avec le président turc, Recep Tayyip Erdoğan.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, elle explique avoir évoqué le renforcement des relations entre l'Union européenne et la Turquie, la guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient ainsi que les préparatifs du prochain sommet de l'Otan à Ankara.
Elle souligne également que la Turquie « apporte une contribution importante à la protection du flanc oriental de l'Otan ».
Que desilusão Kaja Kallas
— Helena Ferro de Gouveia (@camalees) July 1, 2026
A Turquia uma autocracia que oprime e mata os curdos, ocupa ilegalmente parte do Chipre, apoia o terrorismo do Hamas e pertence ao projecto de poder da Irmandade Muçulmana não lugar na UE. https://t.co/11P4as29KV
Un silence qui ne passe pas
Ce qui a surtout retenu l'attention n'est toutefois pas ce que Kaja Kallas a écrit, mais ce qu'elle n'a pas évoqué.
Son message ne comporte aucune référence à la situation des libertés publiques en Turquie, aux poursuites visant plusieurs responsables de l'opposition, aux arrestations de maires, aux critiques récurrentes concernant l'indépendance de la justice ou encore aux manifestations réprimées ces derniers mois. Cette absence a immédiatement été relevée par de nombreux internautes.
Plusieurs commentaires dénoncent un « cas d'école d'hypocrisie », estimant que l'Union européenne adopte un ton beaucoup plus sévère envers d'autres États lorsqu'il est question d'État de droit ou de droits fondamentaux.
Chypre, Israël, migration : les autres reproches
Les réactions ne se sont pas limitées aux questions démocratiques. Plusieurs internautes rappellent également que la Turquie occupe depuis 1974 la partie nord de Chypre, un sujet absent du message de Kaja Kallas.
D'autres évoquent les tensions récurrentes entre Ankara et la Grèce, la politique migratoire turque, les relations du gouvernement turc avec le Hamas ou encore les déclarations répétées de Recep Tayyip Erdoğan à l'égard d'Israël.
L'emploi du nom officiel « Türkiye », adopté par Ankara dans les enceintes internationales, a lui aussi suscité des critiques de la part de certains utilisateurs.
La realpolitik plutôt que les principes ?
Cette séquence illustre une tension récurrente de la diplomatie européenne. D'un côté, l'Union européenne affirme régulièrement placer la démocratie, les droits fondamentaux et l'État de droit au cœur de son action extérieure.
De l'autre, elle entretient des relations étroites avec Ankara en raison du rôle stratégique de la Turquie au sein de l'Otan, de sa position géographique, de la gestion des flux migratoires, de la sécurité énergétique et de la guerre en Ukraine.
Pour les détracteurs de Kaja Kallas, cette différence de ton nourrit l'idée d'une diplomatie européenne appliquant des principes variables selon les partenaires concernés.
À l'inverse, les partisans d'une approche plus pragmatique soulignent que la Turquie demeure un acteur incontournable sur plusieurs dossiers stratégiques et que le dialogue avec Ankara reste indispensable malgré les désaccords persistants.