Ukraine : Bruxelles débloque 6,6 milliards d’euros d’aide militaire après la chute du veto hongrois
Après des mois de blocage sous Viktor Orban, l’Union européenne relance un programme de 6,6 milliards d’euros destiné à l’Ukraine. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, propose d’utiliser ces fonds à la fois pour rembourser les États ayant livré des armes à Kiev et pour financer de nouvelles capacités militaires.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’UE relance une aide militaire de 6,6 milliards d’euros à l’Ukraine après la levée du veto hongrois. Bruxelles veut rembourser les États membres et financer de nouvelles livraisons d’armes à Kiev.
L’Union européenne s’apprête à remettre en mouvement l’un des principaux mécanismes de soutien militaire à l’Ukraine. Réunis lundi à Nicosie, à Chypre, les ministres européens de la Défense ont entamé les discussions sur l’utilisation d’une enveloppe de 6,6 milliards d’euros jusqu’ici bloquée par la Hongrie.
La situation a changé après l’arrivée au pouvoir de Peter Magyar à Budapest. Le nouveau gouvernement hongrois a levé le veto imposé durant des mois par son prédécesseur Viktor Orban, proche de Moscou, permettant à Bruxelles de relancer le dossier de la Facilité européenne pour la paix (FEP).
« Nous avons un nouveau ministre hongrois, ce qui signifie aussi que nous avançons avec le déblocage des 6,6 milliards d’euros », a déclaré la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, avant le début de la réunion.
Rembourser les États membres et financer de nouvelles armes
À l’origine, ces fonds devaient essentiellement permettre de compenser les États membres ayant fourni des équipements militaires à l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe.
Mais Kaja Kallas souhaite désormais élargir leur utilisation. Elle a présenté aux Vingt-Sept une proposition de compromis permettant à la fois de rembourser les livraisons déjà effectuées et de financer de nouvelles capacités militaires pour Kiev.
« Je propose d’utiliser ces fonds pour rembourser les États membres pour les livraisons d’armes passées, pour financer de nouveaux achats conjoints et pour soutenir les opérations de la mission d’assistance militaire de l’Union européenne à l’Ukraine », a-t-elle expliqué.
L’objectif est double : alléger la charge supportée par les pays les plus engagés dans l’aide militaire à Kiev tout en accélérant la production et l’acquisition de nouveaux équipements, notamment dans les domaines des drones et de la défense aérienne.
Une autre enveloppe de 90 milliards d’euros également relancée
Le déblocage des 6,6 milliards ne constitue pas le seul changement provoqué par le basculement politique hongrois.
Budapest a également levé son opposition à un vaste prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à soutenir l’Ukraine. Selon Kaja Kallas, une première tranche de 5,9 milliards d’euros doit être versée dès ce mois-ci, notamment pour renforcer les capacités ukrainiennes dans le domaine des drones.
En parallèle, l’Union européenne a annoncé le dégel d’environ 16 milliards d’euros de fonds européens destinés à la Hongrie, qui étaient suspendus depuis plusieurs années en raison des différends opposant Bruxelles au gouvernement Orban sur l’État de droit.
Bruxelles veut accentuer la pression sur Moscou
Au-delà du soutien militaire, l’Union européenne entend poursuivre sa stratégie d’affaiblissement économique de la Russie.
Selon Kaja Kallas, les sanctions occidentales auraient déjà coûté entre 1.200 et 1.500 milliards de dollars à l’économie russe depuis le début du conflit. Bruxelles prépare actuellement de nouvelles mesures visant le complexe militaro-industriel russe, des responsables accusés de violations des droits humains ainsi que des relais de la propagande du Kremlin.
« Petit à petit, nous sapons les fondements de l’économie de guerre russe », a affirmé l’ancienne Première ministre estonienne.
La chef de la diplomatie européenne estime que la Russie intensifie actuellement ses frappes contre les villes ukrainiennes précisément parce que la dynamique militaire ne lui serait plus aussi favorable qu’auparavant.
« Le temps ne joue plus en faveur de Poutine sur le champ de bataille », a-t-elle assuré.
Un tournant politique à Budapest qui change la donne
Le retour en grâce de ces financements illustre surtout l’ampleur du changement intervenu à Budapest. Pendant des années, Viktor Orban avait utilisé le principe de l’unanimité européenne pour ralentir ou bloquer plusieurs dispositifs d’aide à l’Ukraine.
L’arrivée de Peter Magyar à la tête du gouvernement hongrois modifie profondément l’équilibre des forces au sein de l’Union. Pour la première fois depuis longtemps, Bruxelles peut avancer sur plusieurs dossiers stratégiques sans se heurter systématiquement à l’opposition hongroise.
Pour Kiev, ce changement pourrait se traduire rapidement par l’arrivée de nouveaux financements, alors que l’Ukraine fait face à une intensification des frappes russes et cherche à renforcer sa production de drones, ses stocks de munitions et ses systèmes de défense aérienne.