La pression internationale s’accentue sur l’UGent : 700 universitaires défendent Cofnas
Une lettre ouverte adressée à la rectrice Petra De Sutter a désormais recueilli les signatures de 700 universitaires. Parmi eux figurent des scientifiques renommés, comme le psychologue de Harvard Steven Pinker, le physicien d’Oxford David Deutsch et le physicien Lawrence Krauss.
Publié par Peter Backx
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Résumé de l'article
La suspension de Nathan Cofnas par l’UGent suscite une mobilisation internationale croissante.
Quelque 700 universitaires, dont Steven Pinker, défendent son droit à révéler de possibles plagiats.
Ils ne cautionnent pas ses thèses controversées sur les races et l’intelligence.
Ils redoutent toutefois que l’université ne le sanctionne pour avoir exercé sa liberté académique.
La lettre adressée à Petra De Sutter ne porte pas sur les opinions controversées de Cofnas concernant les races, la génétique et l’intelligence. Les signataires craignent que le chercheur de l’UGent ne soit sanctionné, au moins en partie, pour avoir révélé de possibles manquements à l’intégrité scientifique dans des universités britanniques.
« En tant qu’universitaires, nous craignons que la procédure disciplinaire engagée par l’Université de Gand contre le Dr Cofnas ne constitue, au moins en partie, une mesure de représailles après ses révélations sur des manquements à l’intégrité scientifique dans des universités britanniques », écrivent-ils.
Les universitaires doivent pouvoir contrôler leurs pairs
Selon les signataires, la liberté académique suppose que les chercheurs puissent examiner le travail d’autres universitaires, quels que soient leur position ou leur statut. Cette liberté comprend explicitement le droit de rendre publiques les preuves de manquements scientifiques, comme le plagiat ou la falsification.
« La recherche de la vérité repose sur un contrôle rigoureux exercé par les universitaires eux-mêmes », affirment-ils. Sans la liberté d’examiner aussi le travail de leurs collègues d’un œil critique, un mécanisme essentiel de la science se trouve menacé.
Les universitaires évoquent également les pressions exercées sur l’UGent en raison de la présence de Cofnas. Certains membres du personnel disent se sentir blessés par ses propos, tandis que des acteurs extérieurs menacent l’université de boycott. Selon les signataires, l’UGent ne peut pas invoquer ces pressions pour engager des sanctions disciplinaires contre Cofnas.
Leur appel à Petra De Sutter est clair : l’UGent ne doit pas punir Cofnas pour avoir exercé sa liberté académique.
Pinker s’oppose pourtant aux idées de Cofnas
Steven Pinker, psychologue et auteur mondialement connu de l’Université Harvard, figure parmi les signataires les plus remarqués. Sa signature retient d’autant plus l’attention qu’il ne partage nullement les positions de Cofnas.
Dans The Wall Street Journal, Pinker a vivement critiqué la manière dont Cofnas s’exprime sur la génétique et l’intelligence. Il l’a qualifié de « dangereusement dépourvu de tact » et a averti que les recherches sur d’éventuelles différences raciales en matière d’intelligence pouvaient causer des dommages et favoriser la discrimination.
La signature de Pinker montre précisément l’enjeu de la lettre. Les 700 universitaires ne demandent pas à l’UGent d’approuver les idées de Cofnas. Ils estiment toutefois qu’elle ne peut pas le sanctionner pour avoir révélé de possibles manquements à l’intégrité académique.
Plusieurs autres scientifiques de renommée internationale ont signé le texte. Parmi eux figurent le physicien d’Oxford David Deutsch, le physicien et auteur scientifique Lawrence Krauss, le philosophe du MIT Alex Byrne et Nigel Biggar, professeur Regius émérite à Oxford.
Des universitaires belges parmi les signataires
L’appel reçoit également le soutien de chercheurs issus d’universités belges. Le professeur Geert Poels, de l’UGent, et le professeur Jeremy Harvey, de la KU Leuven, ont signé la lettre.
La liste comprend aussi Frédéric Leroy, professeur à la VUB, Arnaud Szmalec, professeur à l’UCLouvain, et Eric Muraille, immunologiste à l’ULB. Maarten Boudry a également signé en qualité de chercheur indépendant et d’ancien universitaire de l’UGent.
Bouke de Vries figure lui aussi parmi les signataires. Ce professeur de l’UGent avait fait venir Cofnas à Gand dans le cadre de son projet de recherche. D’autres noms liés aux universités belges apparaissent sur la liste, dont Hans Geeroms, professeur émérite de la KU Leuven, ainsi que Samuel Furfari et Alain Préat, professeurs émérites de l’ULB.
Cofnas n’avait pas été le premier à signaler le problème
L’affaire porte sur le rôle de Cofnas dans la révélation de possibles manquements scientifiques commis par Jason Arday, professeur à Cambridge aujourd’hui décédé. Cofnas a publié un texte montrant notamment que certains passages de la thèse de doctorat d’Arday avaient été directement repris d’une autre thèse.
Une enquête du Wall Street Journal révèle toutefois que Cofnas n’avait pas été le premier à découvrir des problèmes dans les travaux d’Arday. David Harris, professeur britannique à la retraite, avait déjà signalé de possibles reprises sans mention de leur source. Les revues dans lesquelles Arday avait publié ont ensuite apporté des corrections.
Un journaliste du média spécialisé Times Higher Education avait également enquêté sur l’affaire. Il avait constitué un dossier de 97 pages sur des soupçons de plagiat. Son article n’a finalement jamais paru après que les avocats d’Arday eurent menacé d’engager des poursuites judiciaires.
Cambridge avait déjà enquêté sur Cofnas
L’Université de Cambridge avait elle-même enquêté sur Cofnas en raison de ses publications controversées. Elle avait conclu que beaucoup jugeaient ses positions offensantes, mais que ses publications n’avaient enfreint aucune règle de l’université.
Une pétition réclamant son licenciement avait pourtant recueilli plus de 1 200 signatures. Des manifestations avaient également eu lieu et 58 étudiants avaient déposé des plaintes officielles pour discrimination à son encontre.
L’UGent subit désormais une pression venue du camp opposé. Cette fois, 700 universitaires belges et étrangers demandent à l’université de ne pas sanctionner Cofnas pour avoir révélé de possibles manquements à l’intégrité scientifique.