La tyrannie des réunions : chronique d’un temps confisqué
Censés fluidifier le travail, les outils numériques et le télétravail ont souvent produit l’effet inverse. Dans de nombreuses entreprises, les réunions ont proliféré au point de mordre sur le travail lui-même. Derrière cette inflation se dessine un malaise plus profond : celui d’organisations qui peinent à arbitrer entre coordination, contrôle, collaboration et besoin de concentration.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Les réunions occupent une part croissante du temps de travail et coûtent des milliards aux entreprises
— Le travail hybride a souvent déplacé le présentéisme dans les visioconférences plutôt que de le faire disparaître
— Entre asynchrone, journées sans réunions et outils d’IA, les entreprises cherchent encore un nouvel équilibre
La réunion n’est pas née avec Teams ni avec Zoom. Bien avant la visioconférence, les entreprises passaient déjà une part importante de leur temps à se réunir. Mais le phénomène a changé d’échelle. Selon les données citées par le Sunday Times, le salarié moyen participe aujourd’hui à 13,6 réunions par semaine, contre 7,5 avant la crise du Covid, et y consacre plus d’un quart de son temps de travail. Au Royaume-Uni, cela représenterait près de dix heures hebdomadaires absorbées par des points, des suivis, des synchronisations et des visioconférences.
Le plus frappant n’est pas seulement le volume, mais sa banalisation. La réunion s’est installée comme le mode réflexe de l’organisation contemporaine. Dès qu’un sujet surgit, dès qu’un point doit être clarifié, dès qu’un manager veut "aligner" son équipe, l’outil privilégié reste souvent le même : bloquer un créneau et convoquer tout le monde.
À première vue, cette inflation pourrait sembler paradoxale. Jamais les entreprises n’ont disposé d’autant d’outils pour échanger autrement : messageries instantanées, documents partagés, vidéos enregistrées, plateformes collaboratives, prise de notes automatique. Pourtant, la réunion continue de gagner du terrain. C’est précisément ce paradoxe qui dit quelque chose du travail de bureau en 2026.
Le télétravail n’a pas supprimé le présentéisme, il l’a déplacé
Une première explication tient au travail hybride. Beaucoup d’entreprises ont cru qu’en équipant leurs salariés d’outils de visio, elles fluidifieraient les échanges. En réalité, elles ont souvent transposé dans le monde numérique les vieux réflexes du présentéisme physique (le fait de se trouver sur son lieu de travail tout en n'étant pas pleinement productif, souvent par peur, maladie ou sous la contrainte, ce qui réduit la performance).
Quand le manager ne voit plus ses équipes, la réunion devient une béquille. Elle sert à faire circuler l’information, bien sûr, mais aussi à se rassurer, à vérifier que chacun est bien là, à maintenir une forme de visibilité réciproque. On se réunit alors moins pour décider que pour attester d’une présence, d’une implication, d’une existence dans l’organigramme.
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