L’algorithme de TikTok de nouveau dans le viseur européen
La Commission européenne demande à TikTok de revoir ses flux personnalisés, jugés nocifs pour certains utilisateurs. Ses conclusions préliminaires exposent la plateforme à une amende pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires mondial.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Bruxelles reproche à TikTok d’entretenir des spirales de vidéos susceptibles d’affecter les utilisateurs vulnérables. La Commission réclame davantage de contrôle sur les recommandations. Cette procédure préliminaire pourrait déboucher sur une sanction financière, tandis que l’Union prépare de nouvelles règles pour protéger les mineurs.
La Commission européenne accentue sa pression sur TikTok. Vendredi 6 novembre, elle a demandé des changements profonds dans les recommandations de vidéos proposées aux utilisateurs. Elle estime que la plateforme pourrait enfreindre le règlement européen sur les services numériques, le DSA.
L’enquête, ouverte en 2024, vise notamment les mécanismes qui enferment les internautes dans des contenus similaires. Bruxelles considère les corrections déjà apportées par la filiale de ByteDance comme insuffisantes.
Des flux personnalisés qui entretiennent les spirales
Dans la rubrique « Pour toi », l’algorithme sélectionne les vidéos selon les intérêts détectés chez chaque utilisateur. Regarder un contenu ou lui attribuer une mention « J’aime » peut entraîner de nouvelles recommandations sur le même thème.
Cette répétition inquiète la Commission lorsque les vidéos concernent la tristesse, la solitude ou l’image de soi. Selon elle, une exposition prolongée peut affecter la santé mentale, particulièrement celle des mineurs et des adultes vulnérables.
Ces spirales portent le nom de « rabbit holes ». Le problème concerne donc autant l’accumulation des vidéos que leur contenu pris séparément.
Bruxelles veut donner davantage de poids aux préférences exprimées par les internautes. Elle reproche notamment à TikTok de pouvoir continuer à recommander des contenus pourtant signalés comme indésirables.
Une sanction possible, sans décision définitive
Les changements demandés touchent directement au fonctionnement des flux personnalisés. Ils concernent la sélection des vidéos et la capacité des utilisateurs à reprendre le contrôle de leurs recommandations.
La Commission soupçonne un manquement aux obligations d’évaluation et de réduction des risques prévues par le DSA. Ses conclusions restent préliminaires et ne constituent pas une décision définitive.
Au terme de la procédure, TikTok risque une amende pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires annuel mondial. Aucune sanction de ce montant n’a donc été prononcée à ce stade.
La protection des jeunes au centre des exigences européennes
Cette nouvelle étape prolonge plusieurs interventions européennes contre la plateforme. En février, Bruxelles avait déjà mis en cause sa conception addictive, notamment le défilement infini et la lecture automatique.
La Commission jugeait également insuffisants certains outils de gestion du temps d’écran et de contrôle parental. Elle demandait des modifications de la conception du service pour mieux protéger les utilisateurs.
La protection des jeunes dépasse le seul dossier TikTok. Présenté en septembre, le projet européen Kids Act prévoit de limiter la création autonome de comptes avant 15 ans.
Il envisage des comptes ouverts par les responsables légaux pour les plus jeunes, selon des conditions particulières. Ce projet doit encore suivre la procédure législative européenne.
Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, appelle TikTok à renforcer ses efforts. Elle estime que les recommandations répétées peuvent entraîner les utilisateurs dans des spirales difficiles à quitter.