LE GRAND ENTRETIEN D’ELON MUSK (3/3) Elon Musk : « Le travail deviendra quelque chose de facultatif »
La fin du travail, l’économie automatisée et la conquête spatiale : le futur selon le milliardaire américain.
Publié par J.PE
Dans la dernière partie de son entretien avec The Economist, Elon Musk abandonne les sujets géopolitiques pour revenir à ce qui constitue depuis toujours son obsession : le futur de l’humanité. Intelligence artificielle, robots humanoïdes, disparition progressive du travail traditionnel, économie de l’abondance et conquête spatiale : le milliardaire imagine un monde profondément transformé par la technologie.
L’économie de demain sera une économie de robots
Pour Elon Musk, l’intelligence artificielle seule ne représente qu’une partie de la révolution en cours.
Le véritable changement interviendra lorsque l’IA sera associée à des machines capables d’agir physiquement.
« On peut considérer l’économie comme une combinaison d’intelligence numérique et d’intelligence physique. »
Selon lui, l’IA actuelle reste encore limitée parce qu’elle évolue principalement dans un univers numérique.
« L’intelligence artificielle progresse très rapidement, mais elle reste encore en quelque sorte confinée au domaine numérique. Il faut des moyens d’action physiques, sous la forme de robots humanoïdes. »
Cette combinaison pourrait transformer radicalement l’économie mondiale.
« Une économie, c’est la production de biens et la fourniture de services. Si vous disposez d’un nombre immense de robots dotés d’une immense capacité d’intelligence numérique, vous obtenez une économie quasi infinie. »
Le travail pourrait devenir un choix et non une nécessité
L’une des déclarations les plus marquantes de l’entretien concerne l’avenir de l’emploi.
Elon Musk estime que le travail humain pourrait progressivement devenir optionnel.
« J’ai dit à de nombreuses reprises que je pense que le travail deviendra quelque chose de facultatif. »
Il compare cette évolution au jardinage.
Selon lui, personne n’est obligé de cultiver ses propres légumes puisque les magasins proposent déjà des produits parfaits. Mais certains continuent à jardiner pour le plaisir ou pour donner une dimension personnelle à leur production.
« Si vous allez chez un ami et qu’il prépare un dîner avec des légumes cultivés dans son jardin, c’est une attention particulière, une touche personnelle appréciable. Voilà à quoi ressemblera le travail dans le futur. »
Mais il reconnaît que la transition sera difficile.
« Je pense effectivement que la transition va être difficile, parce que l’IA sera capable d’effectuer n’importe quel travail mieux que n’importe quelle personne qui exerce ce travail. »
L’IA dépassera-t-elle les humains dans tous les métiers ?
Elon Musk estime que les métiers numériques seront les premiers bouleversés.
« Cela deviendra très rapidement vrai pour les métiers numériques, ou plus largement pour tout ce qui implique une personne devant un ordinateur ou utilisant un téléphone. »
Il prend l’exemple du développement informatique.
« Nous sommes déjà dans une situation où l’IA est meilleure qu’au moins 90 % des humains pour écrire du code, y compris 90 % des ingénieurs logiciels professionnels. »
Selon lui, l’IA atteindra bientôt un niveau comparable à celui du programme d’échecs Stockfish.
« Stockfish est un programme d’échecs tellement performant qu’il battrait facilement Magnus Carlsen, ou n’importe quel autre joueur. C’est à quel point il est puissant aux échecs, et c’est à quel point l’IA sera performante pour écrire des logiciels. Et cela s’appliquera à tout. »
L’argent, l’inflation et l’économie de l’abondance
Elon Musk développe également une vision économique radicalement différente.
Selon lui, une explosion de la production grâce à l’automatisation pourrait rendre la question de l’inflation moins importante que celle de la déflation.
« L’inflation correspond simplement au rapport entre la quantité de monnaie en circulation et la quantité de biens et services disponibles. »
Selon lui, si la production augmente plus vite que la masse monétaire, l’économie pourrait entrer dans une période de baisse des prix.
« Je vais donc faire une prédiction : le problème à l’avenir sera la déflation, et non l’inflation. »
Il estime même que les États pourraient devoir distribuer directement de l’argent aux citoyens.
« Je pense que le Trésor devrait simplement envoyer des chèques directement aux gens. »
SpaceX : l’objectif dépasse la rentabilité
Interrogé sur les critiques concernant les performances financières de SpaceX et la pression des marchés, Elon Musk affirme vouloir rester concentré sur une vision de long terme.
« J’ai vraiment besoin de m’assurer que je peux me concentrer sur le long terme. Par long terme, je veux simplement dire cinq à dix ans. »
Son objectif reste la conquête spatiale :
« Dans le cas de SpaceX, mon objectif est d’étendre la conscience humaine au-delà de la Terre et de permettre l’émergence d’une civilisation en expansion sur la Lune, sur Mars et ailleurs dans le système solaire. »
Elon Musk explique vouloir donner une nouvelle direction à l’humanité :
« Il existe un avenir passionnant dans lequel une civilisation capable de voyager dans l’espace existerait parmi les étoiles. »
Une ambition qui lui donne parfois l’impression de vivre dans un scénario de science-fiction :
« Je pense que le monde me pousse à croire à la théorie de la simulation. Les choses que je fais sont tellement improbables qu’il est difficile de croire qu’elles sont réelles. »
Avant de rappeler l’ambition de SpaceX :
« Nous avons Starship, qui est l’objet volant le plus grand et le plus puissant jamais construit. Et nous avons l’intention de le lancer plus d’une fois par heure. »
Conclusion
L’Histoire rendra son verdict.
À travers cet entretien, Elon Musk apparaît fidèle à lui-même : un entrepreneur qui refuse les catégories traditionnelles et qui affirme raisonner en décennies plutôt qu’en cycles politiques ou financiers.
- Ses défenseurs voient en lui un visionnaire capable d’anticiper les grandes transformations technologiques ;
- Ses opposants dénoncent au contraire des analyses parfois alarmistes, des prises de position politiques controversées et une confiance excessive dans sa propre capacité de prédiction.
Mais une chose est certaine : sur l’immigration, l’intelligence artificielle, la Chine, l’espace ou encore l’avenir du travail, Elon Musk est devenu difficile à ignorer tant sa parole porte plus que celle de la plupart des chefs d’Etat contemporains.
Son pari tient en une phrase qu’il répète depuis longtemps :
« L’Histoire rendra son verdict. »
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