Le groupe auquel l’IA profite le plus est celui qui s’en méfie le plus
Il est rare qu’une technologie évolue aussi rapidement, dans l’imaginaire collectif, de promesse à menace, mais c’est exactement ce que fait l’intelligence artificielle à une vitesse record. L’institut de recherche Gallup constate que l’enthousiasme pour l’IA chez la génération Z, les jeunes nés après 1996, a chuté de 14 % en un an pour atteindre 22 %, tandis que la colère à son égard a grimpé à 31 %. Le résultat d’une génération qui est la première à sentir le marché du travail basculer.
Publié par Dominique Dewitte
Résumé de l'article
— L’enthousiasme de la génération Z pour l’intelligence artificielle recule nettement, à mesure que ses effets sur l’emploi des jeunes deviennent tangibles, notamment par un tarissement des recrutements d’entrée.
— Si l’impact global de l’IA reste encore limité à l’échelle du marché du travail, certaines catégories, en particulier les jeunes actifs, en subissent déjà des conséquences concrètes, parfois amplifiées par des discours exagérés.
— Entre paradoxe économique, tensions sociales croissantes et impréparation du système éducatif, l’IA révèle un déséquilibre profond entre accélération technologique et capacité d’adaptation des nouvelles générations.
Les économistes de Stanford Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen ont analysé en 2025 des données salariales de la société de paie ADP et ont constaté que les 22 à 25 ans exerçant des métiers sensibles à l’IA, comme le développement logiciel et le service client, ont subi une baisse de 13 % de l’emploi depuis l’apparition de ChatGPT. Les travailleurs plus âgés sont restés stables. La Réserve fédérale de Dallas a ajouté en janvier 2026 un élément crucial : ce ne sont pas des licenciements qui en sont la cause, mais une fermeture silencieuse de l’entrée. Les jeunes ne sont tout simplement plus recrutés.
Goldman Sachs confirme que le chômage des 20 à 30 ans dans les métiers exposés à la technologie a déjà augmenté de près de 3 % au premier semestre 2025. Pourtant, le monde académique n’est pas unanime. Le Yale Budget Lab n’a trouvé en 2025 aucun lien entre l’exposition à l’IA et le chômage sur l’ensemble du marché du travail. Goldman Sachs estime que seuls 2,5 % de l’emploi total américain sont aujourd’hui directement menacés. Près de 60 % des responsables RH utilisent l’IA comme prétexte pour des licenciements ayant une autre cause, selon une étude de Resume.org. La vérité est double : l’impact est réel pour un groupe spécifique, mais il est aussi systématiquement exagéré.
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