Le moteur de l'économie belge tousse: pourquoi la croissance s'est arretée net
L’économie belge marque un coup d’arrêt. Au deuxième trimestre, la croissance est tombée à zéro, freinée par le recul de l’industrie, de la construction et des investissements publics, malgré des exportations solides et une consommation des ménages en légère hausse.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Croissance nulle au deuxième trimestre, une première depuis fin 2020.
- Industrie, construction et investissements publics tirent l’activité vers le bas.
- Exportations et consommation des ménages amortissent le ralentissement.
L’économie belge a calé au deuxième trimestre. Entre début avril et fin juin, la croissance est tombée à zéro, une situation inédite depuis la fin de l’année 2020. Le signal est d’autant plus marquant qu’il traduit un net essoufflement de l’activité, dans un contexte de coûts énergétiques élevés et de ralentissement plus large de l’appareil productif.
Dans le détail, la valeur totale des biens et services produits en Belgique n’a donc pas progressé par rapport au trimestre précédent. Le secteur des services a bien continué à croître, avec une hausse de 0,3 %, mais cette progression n’a pas suffi à compenser le repli de l’industrie et de la construction. L’industrie a vu sa production reculer de 0,6 %, tandis que la construction a cédé 0,2 %. Plus préoccupant encore, la contribution de l’industrie à l’économie belge est désormais négative depuis trois trimestres consécutifs.
Autre signal de faiblesse: les investissements publics ont nettement chuté. Au deuxième trimestre, ils ont diminué de 8 %, illustrant les difficultés rencontrées du côté des pouvoirs publics. Ce recul pèse directement sur la dynamique économique, alors même que l’investissement joue habituellement un rôle de soutien dans les périodes d’incertitude.
Les dépenses des ménages en hausse
Tout n’est cependant pas orienté à la baisse. Les ménages ont légèrement augmenté leurs dépenses, avec une consommation en hausse de 0,4 % par rapport au trimestre précédent. Surtout, les exportations de biens et de services ont fortement progressé, de 8 %. Ce sont ces deux moteurs qui ont permis d’éviter une contraction plus nette de l’économie et d’aboutir, au final, à une stagnation plutôt qu’à une baisse plus marquée de l’activité.
Sur un an, la Belgique reste d’ailleurs encore en territoire positif. Au deuxième trimestre, l’économie a affiché une croissance annuelle de 0,5 % par rapport à la même période de l’année précédente. Mais ce rythme est le plus faible observé depuis le premier trimestre 2021. La tendance montre donc un affaiblissement continu: après 1 % lors de plusieurs trimestres précédents, la progression était déjà retombée à 0,9 %, puis à 0,8 %, avant de ralentir davantage.
Le marché de l’emploi, lui, résiste encore. Malgré la stagnation de l’activité, l’emploi a continué à progresser, avec 6.490 postes supplémentaires enregistrés au premier semestre considéré dans les données reprises par les textes. Depuis le milieu de l’année dernière, 12.810 personnes supplémentaires ont trouvé un emploi. Une évolution qui montre que le ralentissement économique ne se traduit pas encore, à ce stade, par un décrochage brutal du marché du travail.
La poussée des prix de l’énergie reste l’un des principaux facteurs explicatifs de cet essoufflement. La hausse des coûts énergétiques alourdit les charges des entreprises et réduit aussi le revenu disponible des ménages. Ce double effet freine à la fois la production et la consommation. Pour autant, l’impact apparaît plus limité que ce que l’on aurait pu craindre.
Moins vulnérable aux chocs pétroliers
Selon l’analyse relayée par les économistes de la Banque nationale cités dans les textes, l’économie belge est aujourd’hui moins vulnérable aux chocs pétroliers qu’auparavant. Les entreprises sont devenues plus efficaces sur le plan énergétique et recourent davantage aux énergies renouvelables. Par ailleurs, le poids de l’industrie dans l’économie totale a diminué, ce qui réduit mécaniquement l’exposition globale du pays à ce type de secousses. En Belgique, cette transition a même été accélérée par des choix énergétiques et par une désindustrialisation plus rapide que dans d’autres pays.
En clair, la Belgique ne décroche pas brutalement, mais elle avance au ralenti. La résistance des exportations, de la consommation et de l’emploi empêche pour l’instant un scénario plus sombre. Reste que l’arrêt de la croissance, le recul industriel et la faiblesse de l’investissement public confirment une économie sous pression, dont les marges de rebond paraissent aujourd’hui limitées.