La Belgique doit retrouver le goût d’entreprendre et doit restructurer ses dépenses publiques (carte blanche)
La Belgique est au bord du gouffre. Elle ne parviendra pas à redresser durablement ses finances et son économie tant que le gouvernement ne changera pas radicalement son fusil d’épaule. Carte blanche de Geoffrey Reniers, directeur général et vice-président de Vitalacta Trading.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
La Belgique est au bord du gouffre. Elle ne parviendra pas à redresser durablement ses finances et son économie tant que le gouvernement ne changera pas radicalement son fusil d’épaule.
La Belgique est au bord du gouffre. Elle ne parviendra pas à redresser durablement ses finances et son économie tant que le gouvernement ne changera pas radicalement son fusil d’épaule.
Depuis plusieurs années, nous avons installé une incertitude fiscale permanente. Or, cette instabilité décourage l’investissement, particulièrement dans les PME. Pourquoi un entrepreneur prendrait-il le risque d’investir, de créer une entreprise et d’engager du personnel s’il ignore quelle sera la fiscalité dans deux ou trois ans ?
À force de modifier les règles et d’annoncer continuellement de nouvelles taxes, nous finissons par pousser certains entrepreneurs et investisseurs à reporter leurs projets, voire à quitter le pays plutôt qu’à investir dans un environnement devenu imprévisible.
Il faut également cesser de dénigrer ceux qui entreprennent, créent de la richesse et réussissent. Vouloir gagner correctement sa vie est parfaitement légitime. Nous devrions nous réjouir d’avoir des entrepreneurs qui réussissent, investissent et deviennent prospères.
L’objectif d’une société devrait être de permettre au plus grand nombre de progresser et de s’enrichir, et non de donner le sentiment que la réussite doit systématiquement être sanctionnée.
Le coût du travail : regardons simplement les chiffres
Le gouvernement s’alarme aujourd’hui du nombre de faillites et de la faiblesse de la création de PME en Belgique. Pourtant, s’en étonner révèle une certaine méconnaissance de la réalité économique à laquelle sont confrontés les entrepreneurs.
Prenons un exemple extrêmement concret : une société de services qui démarre avec dix employés.
Si l’on compare une implantation en Belgique à la même implantation dans certains autres États membres de l’Union européenne, la différence de coût peut être spectaculaire.
Avec dix salariés payés au salaire minimum, la combinaison des rémunérations et des cotisations patronales peut représenter plus de 200.000 euros de différence par an entre la Belgique et certains pays européens à coût salarial sensiblement inférieur.
Il faut mesurer ce que représentent 200.000 euros pour une PME qui démarre.
Ce sont 200.000 euros supplémentaires qu’il faut générer en marge au cours des douze premiers mois simplement pour absorber la différence de coût du travail.
Une grande multinationale peut éventuellement supporter un tel handicap. Une jeune PME, beaucoup plus difficilement.
Avant même d’avoir véritablement développé son chiffre d’affaires, constitué sa clientèle et atteint sa taille critique, l’entreprise belge peut donc partir avec un désavantage considérable par rapport à un concurrent installé dans un autre État membre.
Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que certaines entreprises fassent faillite, que des entrepreneurs hésitent à engager ou que de nouveaux projets soient finalement implantés ailleurs.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir pourquoi certaines PME belges échouent.
La véritable question est : pourquoi un entrepreneur choisirait-il encore la Belgique pour développer une activité qu’il peut exercer ailleurs en Europe avec une structure de coûts beaucoup plus compétitive ?
Il faudra aussi avoir le courage de parler des dépenses
Mais réduire les prélèvements sans agir sur les dépenses publiques ne serait évidemment pas une solution durable.
Nous ne trouverons pas de véritable équilibre budgétaire sans ouvrir le débat sur les pensions. Il faudra notamment examiner la possibilité d’un système plus uniforme, avec une pension de base commune ou davantage harmonisée.
C’est l’un des principaux enjeux budgétaires auxquels nous ne pourrons pas éternellement échapper.
Il faut également analyser les dépenses de santé avec précision. L’objectif ne doit évidemment pas être de priver de soins ceux qui en ont réellement besoin. Notre système de santé constitue un acquis essentiel qu’il faut préserver.
Mais le protéger implique précisément de s’assurer qu’il n’encourage ni les abus ni la surconsommation.
Il serait particulièrement intéressant de connaître la concentration réelle des dépenses : quelle proportion des bénéficiaires représente quelle proportion des dépenses médicales ? Quelle est cette répartition parmi les différentes catégories de bénéficiaires, notamment les personnes bénéficiant de l’intervention majorée ?
Ces chiffres devraient être analysés objectivement avant de décider où réaliser des économies. Il faut protéger ceux qui ont réellement besoin du système tout en éliminant autant que possible les dépenses injustifiées.
Nous n’avons plus dix ans
Il aura fallu près de dix ans pour que l’idée même d’une indexation plafonnée au-delà d’un certain niveau de rémunération puisse réellement faire son chemin dans le débat politique.
La Belgique n’a probablement plus dix ans devant elle pour entreprendre les réformes nécessaires.
Il faut agir rapidement et surtout envoyer un message extrêmement clair :
Nous voulons que les gens entreprennent. Nous voulons qu’ils créent des sociétés. Nous voulons qu’ils investissent. Nous voulons qu’ils créent des emplois. Et oui, nous voulons qu’ils puissent gagner de l’argent et réussir.
Un entrepreneur doit pouvoir prendre des risques et investir sans se demander en permanence si les règles fiscales vont encore changer l’année suivante ou si une nouvelle taxe viendra remettre en cause les décisions qu’il vient de prendre.
Nous devons rétablir la confiance.
Cela passe par une fiscalité stable et prévisible, un coût du travail compétitif, une véritable culture de l’entrepreneuriat et, simultanément, le courage politique de réexaminer les grandes dépenses structurelles de l’État.
La Belgique dispose encore d’atouts considérables : une population bien formée, une situation géographique exceptionnelle au cœur de l’Europe, des infrastructures, des entrepreneurs et un savoir-faire reconnu.
Mais ces avantages ne suffiront plus si nous rendons structurellement plus intéressant de créer les emplois et la richesse ailleurs.
Il ne faut pas chercher à empêcher ceux qui réussissent de partir. Il faut leur donner de bonnes raisons de rester, d’investir et de créer leurs prochains emplois en Belgique.