Le peintre allemand Georg Baselitz, du scandale à l'inversion, est décédé
Georg Baselitz, figure majeure de l'art post-1945, s'est éteint à 88 ans, laissant une œuvre rebelle marquée par des nus crus et des toiles renversées. Annoncé par sa galerie Thaddaeus Ropac, ce décès paisible survient après une carrière forgée dans la rupture et la provocation. Son parcours, entre dictatures et scandales, incarne la résilience allemande face à l'histoire.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Le peintre allemand Georg Baselitz, connu pour ses toiles inversées et ses provocations, est mort à 88 ans. Retour sur une vie et une œuvre marquée par la rébellion et l'histoire allemande.
Georg Baselitz, de son vrai nom Hans-Georg Bruno Kern, est né le 23 janvier 1938 dans le village saxon de Deutschbaselitz. Fils d'un instituteur nazi, il grandit sous le régime hitlérien avant de subir l'éducation soviétique dans les ruines de l'après-guerre.
À 17 ans, repoussé par l'Académie de Dresde, il intègre celle de Berlin-Est, mais en est chassé pour immaturité sociopolitique après deux semestres.
Installé à Berlin-Ouest, il découvre le modernisme occidental, notamment Jackson Pollock, qui lui ouvre de nouvelles perspectives. Pourtant, il puise ses racines dans l'expressionnisme allemand et les motifs folkloriques, rejetant l'abstraction américaine pour une imagerie jugée laide ou dégénérée. Rebelle assumé, il proclame souvent son absence de talent, une posture entre autodérision et défi.
Provocations précoces et célébrité controversée
Son entrée publique dans le monde de l’art se fait par le scandale. En 1963, à Berlin, les autorités saisissent deux toiles de son exposition (La Grande Nuit dans les Égouts et L'Homme Nu) pour obscénité, en raison de leurs érections saillantes sur des corps difformes.
Cet incident le propulse sous les feux de la rampe, ses premières œuvres incarnant une masculinité brute et un humour grinçant.
Les séries des « Héros » au milieu des années 1960 dépeignent des silhouettes imposantes et blessées, évoquant des survivants d'une Allemagne défaite plutôt que des triomphants qui traduisent une vision sans fard de la société d'après-guerre, abîmée et en quête d'équilibre, saluée par certains comme un témoignage brut.
Inversions iconiques et ascension internationale
Un objet peint à l'envers convient à la peinture car il dérange en tant qu'objet.
L'année 1969 marque un tournant avec l'invention de toiles entièrement peintes à l'envers, comme "Le Bois sur la tête" ou "L'Homme près de l'arbre". Baselitz compose ces motifs tête en bas dès le départ, déstabilisant la perception pour recentrer l'attention sur la matière picturale – couleur, équilibre, composition. « Un objet peint à l'envers convient à la peinture car il dérange en tant qu'objet », explique-t-il.
Cette signature propulse sa carrière dans les années 1970 et 1980, transformant le provocateur en pilier de l'art européen. Les institutions et le marché l'accueillent comme un maître incontesté, malgré des polémiques persistantes, telles ses déclarations sur les femmes peintres ou une sculpture à la Biennale de Venise en 1980 soupçonnée d'allusion nazie, qu'il conteste.
Marié à Johanna Elke Kretzschmar, dite Elke, rencontrée en 1958 et épouse en 1962, il a deux fils. Sa compagne, muse récurrente, apparaît souvent dans ses portraits inversés aux côtés de sa propre effigie.
Persévérance jusqu'au bout
Malgré l'âge et le handicap, Baselitz continue de créer des formats monumentaux depuis son fauteuil roulant, mélangeant ses pinceaux dans un chariot. À 87 ans, évoqué par "El País", il refuse les petits formats : « Ce qui me convient, c'est l'absurde. »
Ses dernières toiles, exposées à la galerie Ropac jusqu'en juillet 2025, portent les traces de son fauteuil sur fonds sombres, mêlant corps nus et lacis de lignes.