Les barrages face à l’AfD ne fonctionnent plus. Les causes du vote immigration, insécurité, déclin industriel souvent oubliées (édito)
La progression de l’AfD s’explique aussi par des colères liées à l’immigration, à l’insécurité et au déclin industriel. Le barrage politique ne répond pas, à lui seul, à ces causes.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le texte analyse les limites du « cordon sanitaire » face à l’AfD, dont la progression capte des inquiétudes sur l’immigration, la sécurité et la désindustrialisation, particulièrement dans l’Est de l’Allemagne.
La spectaculaire victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt marque une nouvelle étape dans la progression de l’extrême droite allemande. Depuis des années, les partis traditionnels appliquent une stratégie de « barrage » : aucune coalition, aucun accord, aucune participation de l’AfD au pouvoir.
Mais cette stratégie montre aujourd’hui ses limites. Car on ne fait pas disparaître un vote en refusant de parler à ceux qui le portent.
L’AfD progresse parce qu’elle capte des colères qui dépassent largement le seul vote protestataire. Trois sujets reviennent constamment : l’immigration, l’insécurité et le déclin industriel.
L’immigration est devenue un sujet majeur dans de nombreuses régions allemandes. Une partie de la population estime que l’État ne maîtrise plus suffisamment les flux migratoires et que l’intégration ne fonctionne pas. Face à ces inquiétudes, les partis traditionnels ont souvent répondu par la condamnation du discours de l’AfD plutôt que par une réponse politique convaincante.
Même phénomène sur la sécurité. Lorsque des citoyens ont le sentiment que l’ordre public se dégrade, leur expliquer que leurs inquiétudes seraient uniquement alimentées par l’extrême droite ne suffit plus. Il faut répondre au problème concret.
Enfin, l’Allemagne est confrontée à une profonde inquiétude économique. L’industrie, longtemps moteur de la prospérité allemande, traverse une période difficile : automobile, chimie, énergie et sous-traitance sont soumis à de fortes transformations. Dans l’Est du pays, où le sentiment d’abandon économique est particulièrement présent, l’AfD trouve un terrain électoral favorable.
Le problème du « cordon sanitaire » est donc qu’il traite principalement le symptôme et non les causes. Plus les autres partis se contentent de dire « pas d’AfD », plus l’AfD peut se présenter comme la seule formation qui ose parler des problèmes que les autres préfèrent éviter.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille reprendre son programme ou banaliser ses positions les plus radicales. Mais une démocratie ne combat pas durablement une force politique uniquement en l’excluant. Elle la combat en apportant de meilleures réponses aux électeurs qu’elle séduit.
La leçon de la Saxe-Anhalt est peut-être là : le barrage politique se fissure parce que, derrière lui, le niveau de colère monte.
Et tant que les questions d’immigration, de sécurité et de désindustrialisation resteront sans réponse suffisamment crédible, l’AfD continuera de remplir cet espace.