« Les communes wallonnes coûtent 1,1 milliard de plus » : Bouchez confronte la Wallonie au modèle flamand
Au conseil communal de Mons, Georges-Louis Bouchez a opposé les dépenses des communes wallonnes à celles de leurs homologues flamandes. Selon les chiffres qu'il cite, les premières emploient 42 % de personnel supplémentaire par habitant et coûtent au total 1,1 milliard d'euros de plus.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Mons, Georges-Louis Bouchez a opposé la gestion des communes wallonnes et flamandes : 11,2 ETP pour 1 000 habitants en Wallonie contre 7,9 en Flandre, selon les chiffres qu'il cite.
« C'est peut-être parce qu'ils sont plus efficaces qu'ils sont plus riches. » Au conseil communal de Mons du 15 septembre, Georges-Louis Bouchez (MR) a livré une charge contre la gestion des communes wallonnes en s'appuyant sur une comparaison avec la Flandre.
Le président du MR et conseiller communal montois contestait l'idée selon laquelle les difficultés financières des pouvoirs locaux seraient essentiellement provoquées par des décisions prises à d'autres niveaux de pouvoir. Selon lui, ce raisonnement évacue une question essentielle : celle de l'efficacité avec laquelle les communes utilisent elles-mêmes leurs moyens.
« Dans tous les débats relatifs aux communes, on part d'un postulat : c'est qu'elles sont bien gérées », a lancé Georges-Louis Bouchez. Il a alors sorti plusieurs chiffres pour opposer les modèles wallon et flamand.
7,9 emplois pour 1.000 habitants en Flandre, 11,2 en Wallonie
« Si vous prenez le nombre d'équivalents temps plein par 1.000 habitants sur les communes flamandes, une commune flamande en moyenne a 7,9 équivalents temps plein par 1.000 habitants. Une commune en Wallonie est à 11,2 équivalents temps plein par 1.000 habitants. »
Cela représente un écart de 3,3 équivalents temps plein pour 1.000 habitants, soit environ 42 % de personnel supplémentaire du côté wallon selon ces données.
Bouchez attribue ces chiffres à une étude de l'UCLouvain. Il avait déjà utilisé exactement la même comparaison lors d'une précédente intervention consacrée à l'emploi public local, citant alors 7,9 ETP pour 1.000 habitants en Flandre, 11,2 en Wallonie et 13,8 à Bruxelles.
La comparaison brute des effectifs doit néanmoins être interprétée avec prudence : le nombre d'agents dépend aussi des compétences exercées directement par les communes et de leur recours éventuel à des structures extérieures. À Bruxelles, par exemple, les statistiques officielles précisent que certaines catégories, dont les zones de police, intercommunales et ASBL communales, ne sont pas intégrées aux effectifs communaux publiés.
Cela n'empêche pas Bouchez de tirer de ces chiffres une conclusion politique très claire. « Pour vous, c'est parce que vous êtes plus pauvres que vous décidez d'engager plus de gens. Tout à fait logique. Je comprends. Je comprends parfaitement la logique », a-t-il ironisé face à ses interlocuteurs.
« Les communes en Wallonie coûtent 1,1 milliard de plus »
Le président du MR avance ensuite un deuxième chiffre : « Les communes en Wallonie coûtent 1,1 milliard d'euros de plus que les communes en Flandre. » Et il pose immédiatement la question du rapport entre richesse et efficacité.
« Mais pourquoi ? C'est peut-être parce qu'ils sont plus riches, ils sont peut-être plus efficaces. Ou alors c'est peut-être l'inverse. C'est peut-être parce qu'ils sont plus efficaces qu'ils sont plus riches. Ça, il faut peut-être y penser à un moment. »
Bouchez ne présente donc pas simplement l'écart comme une conséquence des différences économiques entre les deux Régions. Il avance l'hypothèse inverse : une administration locale moins coûteuse pourrait elle-même contribuer à un environnement économique plus favorable.
Cette causalité n'est toutefois pas démontrée par la seule comparaison des effectifs communaux. Les différences de richesse entre Flandre et Wallonie résultent de nombreux facteurs économiques, démographiques et historiques. Il s'agit ici de l'interprétation défendue par le président du MR.
« À quoi servons-nous ? »
Mais sa charge la plus sévère est réservée aux élus montois eux-mêmes. Bouchez leur reproche de présenter le budget communal comme largement déterminé par des facteurs extérieurs : décisions régionales ou fédérales, prix de l'énergie, conjoncture économique ou nouvelles charges imposées aux pouvoirs locaux.
Or, insiste-t-il, tous les gouvernements doivent eux aussi composer avec des événements qu'ils ne maîtrisent pas : prix de l'énergie, guerre en Iran, barrières douanières américaines ou révisions de la croissance.
« L'essence même de la politique, l'acte le plus politique que l'on pose, c'est un budget », rappelle-t-il. Et le président du MR pousse alors son raisonnement jusqu'à la provocation : si les élus locaux considèrent réellement qu'ils ne disposent plus d'aucune marge pour agir sur leurs propres finances, pourquoi sont-ils encore là ?
« Moi, j'ai une économie à vous proposer : c'est que chacune et chacun d'entre vous, vous démissionniez ou vous fassiez don de votre salaire, puisque manifestement vous n'êtes pas maître du destin de cette ville. »
« Si vous renoncez à votre capacité de prendre des décisions, de restructurer, de réformer pour pouvoir garder la main sur les finances communales, alors posez-vous la question : à quoi servons-nous ? », poursuit-il.
Bouchez propose une « union communale »
Le président du MR ne s'est toutefois pas limité à la critique. Il a proposé à la majorité montoise de participer à des réformes budgétaires communes, y compris si celles-ci supposent des décisions politiquement difficiles.
« Moi, je suis disponible pour me mouiller avec vous, assumer des décisions difficiles, des décisions qui sont peut-être pas les plus populaires, mais qui sont parfois les plus nécessaires », a-t-il assuré.
Bouchez propose même une forme d'« union communale » autour de l'assainissement des finances montoises : « Si vous souhaitez qu'à un moment donné on arrête des réformes ensemble et qu'on mobilise l'ensemble de ce conseil communal autour de cet enjeu, nous sommes parfaitement disponibles et la porte est ouverte. »
Derrière la passe d'armes montoise se dessine ainsi un débat beaucoup plus large sur les deux modèles locaux du pays. Selon les chiffres invoqués par Bouchez, une commune wallonne emploie en moyenne nettement davantage de personnel par habitant qu'une commune flamande. Pour le président du MR, cette différence ne peut plus simplement être imputée au manque de moyens : elle doit aussi conduire les pouvoirs locaux francophones à s'interroger sur leur propre organisation.