« Membre associé de l’UE » : le Canada prépare un spectaculaire basculement vers l’Europe
Selon le Wall Street Journal, Mark Carney travaille depuis des mois à arrimer le Canada beaucoup plus étroitement à l’Union européenne, au point d’évoquer un statut inédit de « membre associé ». Commerce, défense, énergie, technologies, mobilité : la crise avec Washington pourrait provoquer un basculement historique.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Selon le Wall Street Journal, Mark Carney envisage un statut inédit de « membre associé de l’Union européenne » pour le Canada. Commerce, défense, énergie, technologies et mobilité : la crise avec Trump pousse Ottawa vers un spectaculaire rapprochement avec l’Europe.
Sommaire
- Plus proche de l’UE que n’importe quel autre pays extérieur
- Câbles, satellites, gaz : réduire la dépendance américaine
- Trump a accéléré une rupture déjà engagée
- Les Canadiens commencent eux aussi à dire « Bye America »
- Une ambition immense, et peut-être impossible
- Une « rupture tectonique » silencieuse
Pendant un demi-siècle, l’économie canadienne s’est construite en regardant vers le sud. Deux tiers des exportations du pays franchissent encore la frontière américaine, et l’intégration née du libre-échange nord-américain semblait avoir définitivement fait du Canada une puissance économique avant tout continentale.
Mark Carney est désormais en train d’explorer une tout autre direction. Selon une enquête du Wall Street Journal, le Premier ministre canadien mène depuis plusieurs mois des discussions discrètes avec les principales capitales européennes afin de rapprocher son pays de l’Union européenne à un degré sans précédent. Paris, Berlin, Rome, les pays scandinaves et Bruxelles ont été sollicités. Carney aurait même proposé à plusieurs interlocuteurs une appellation jusqu’ici inexistante dans l’architecture communautaire : celle de « membre associé de l’Union européenne ».
Il n’est pas question, à ce stade, d’une adhésion classique du Canada à l’UE, ni même nécessairement d’une entrée dans le marché unique. Mais le projet étudié pourrait brouiller considérablement la frontière entre ce qui appartient au marché européen et ce qui lui est extérieur.
Plus proche de l’UE que n’importe quel autre pays extérieur
Carney a chargé son envoyé spécial en Europe, le diplomate John Hannaford, d’étudier les formules d’intégration les plus ambitieuses possibles en deçà de l’adhésion. Les Canadiens ont examiné les arrangements dont disposent notamment la Norvège, la Suisse ou le Royaume-Uni et dressé une liste de dizaines de domaines dans lesquels Ottawa et Bruxelles pourraient aller beaucoup plus loin.
Les discussions portent notamment sur l’énergie, l’intelligence artificielle, les minerais critiques, les semi-conducteurs, la défense et la recherche scientifique. Des entreprises canadiennes pourraient être intégrées pendant des décennies aux chaînes d’approvisionnement européennes et, dans certains secteurs stratégiques, biens, services et travailleurs circuleraient avec beaucoup moins de frictions entre le Canada et l’Europe.
Des responsables européens ont confié au Journal que, si les négociations aboutissaient, le Canada pourrait devenir le pays non européen le plus étroitement associé à l’Union.
La France aurait même évoqué avec Ottawa la possibilité, à terme, de permettre aux Canadiens de vivre et de travailler en Europe sans visa. Là encore, rien n’est arrêté. Mais la simple présence d’une telle option dans les discussions donne la mesure du rapprochement envisagé.
Pour continuer la lecture, abonnez-vous ou utilisez un crédit.
Déjà abonné(e) ? Se connecter