Des heures pour entrer en Belgique : les files interminables au contrôle des passeports persistent à Zaventem
D’impressionnantes files persistent au contrôle des passeports à Brussels Airport. Si le manque d’effectifs policiers avait dans un premier temps pesé sur la situation, des renforts ont depuis été mobilisés. Le problème tient aussi à la capacité limitée des postes, aux nouvelles procédures européennes et à l’afflux simultané de vols non-Schengen.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Les files persistent à Brussels Airport malgré les renforts policiers. Capacité des postes, afflux de vols et règles européennes expliquent aussi les attentes.
Sommaire
Une longue file de voyageurs serpente dans les couloirs de Brussels Airport. Sur des photos prises ce week-end à l’arrivée des vols non-Schengen, les passagers s’alignent derrière les barrières du contrôle des passeports sur une distance impressionnante. Pour les détenteurs de passeports européens pouvant emprunter les dispositifs automatisés, le passage est généralement beaucoup plus rapide.
La scène pourrait passer pour l’accident d’une matinée particulièrement chargée. Elle illustre pourtant un problème dont Brussels Airport et les autorités fédérales ont déjà reconnu l’ampleur à plusieurs reprises cette année. Mais les causes sont plus nombreuses que le seul manque de policiers aux frontières : effectifs, capacité physique des postes de contrôle, nouvelles procédures européennes, automatisation et concentration des arrivées se combinent pour créer des goulets d’étranglement.
En mars, Brussels Airport faisait état de temps d’attente dépassant trois heures à l’arrivée pour les voyageurs non européens. Près de 600 passagers au départ avaient également manqué leur avion en seulement quatre jours à cause des difficultés rencontrées aux contrôles frontaliers. Le 8 juin, des voyageurs non européens avaient encore attendu jusqu’à quatre heures à leur arrivée, contre seulement 10 à 15 minutes pour les passagers européens.
Des renforts policiers mobilisés
La responsabilité du contrôle des frontières relève de la Police aéronautique de la Police fédérale. Celle-ci contrôle les voyageurs franchissant les frontières extérieures de l’espace Schengen et vérifie notamment leurs documents d’identité.
Le manque de personnel a bien constitué une partie du problème. En mars 2026, le déficit d’effectifs parmi les contrôleurs de LPA BruNat, l’unité compétente à Brussels Airport, atteignait 21 %. Depuis, la situation opérationnelle a toutefois évolué.
Le ministre de la Sécurité et de l’Intérieur Bernard Quintin a mis en place un dispositif de renfort permettant à des policiers issus d’autres services de la Police fédérale, partout dans le pays, de venir soutenir les équipes de Brussels Airport lors des principales vagues de départs et d’arrivées. Pour la période estivale, le ministère a annoncé que la Police fédérale occuperait au maximum les positions de contrôle disponibles, particulièrement lors des journées de forte affluence.
En parallèle, 60 agents spécialisés supplémentaires sont en cours de formation. Celle-ci doit être achevée d’ici à la fin de l’année. Le déficit structurel d’effectifs n’a donc pas entièrement disparu, mais il est désormais partiellement compensé sur le terrain par ces renforts.
Même à pleine capacité, 500 à 600 voyageurs par heure
La difficulté tient également aux limites physiques de l’infrastructure. À l’arrivée, douze positions de contrôle permettent actuellement de traiter les passagers soumis au contrôle frontalier.
Selon les chiffres communiqués par la Police fédérale au ministre de l’Intérieur, lorsque ces douze positions sont occupées, leur capacité totale se situe autour de 500 à 600 voyageurs par heure. Chaque policier contrôle ainsi en moyenne 45 à 50 personnes par heure, avec des variations importantes selon la situation et le profil des voyageurs.
Cette donnée permet de mieux comprendre pourquoi des files peuvent apparaître même lorsque les effectifs policiers disponibles sont suffisants pour occuper les postes. Lorsque plusieurs avions gros-porteurs en provenance de destinations extérieures à l’espace Schengen arrivent dans un intervalle réduit, plusieurs centaines de voyageurs peuvent se présenter presque simultanément au contrôle.
Le nombre de policiers n’est alors plus nécessairement le principal facteur limitant : c’est aussi le nombre de positions physiquement disponibles qui détermine le débit maximal. Les autorités fédérales et Brussels Airport travaillent dès lors également sur l’infrastructure et l’organisation des flux.
Des contrôles beaucoup plus lourds pour les voyageurs non européens
Une autre partie du problème se situe à l’échelle européenne. Les ressortissants de pays tiers sont soumis à des formalités plus importantes lors du franchissement des frontières extérieures de l’espace Schengen.
Le déploiement du système européen d’entrée et de sortie, l’EES, a encore accru ces contraintes. Le dispositif enregistre notamment les données du document de voyage, l’image faciale et, dans les situations prévues par la réglementation, les données biométriques des ressortissants de pays tiers concernés.
Ces nouvelles formalités permettent de renforcer et d’automatiser le contrôle des frontières européennes, mais elles peuvent également allonger le temps nécessaire au traitement d’un voyageur, particulièrement lors des périodes de forte affluence.
Brussels Airport avait d’ailleurs lui-même lié une partie des difficultés rencontrées au printemps au déploiement de l’EES. L’aéroport réclamait davantage de flexibilité dans sa mise en œuvre, parallèlement à l’occupation complète des postes de contrôle par la Police fédérale.
Vers davantage de contrôles automatisés ?
L’une des pistes envisagées consiste désormais à permettre à davantage de ressortissants de pays tiers d’utiliser les infrastructures automatisées.
Brussels Airport a déjà considérablement investi dans ce domaine. Des dizaines de kiosques de pré-enregistrement et de nouvelles e-gates ont été installés ou prévus afin d’accélérer le traitement des voyageurs. Mais tous les passagers extérieurs à l’Union européenne ne peuvent actuellement pas utiliser ces dispositifs dans les mêmes conditions que les citoyens européens.
Les autorités étudient dès lors les possibilités permettant à certaines catégories de voyageurs de pays tiers, notamment en provenance de pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada ou Singapour, d’accéder davantage aux procédures automatisées lorsque le cadre européen le permet.
L’objectif est important : augmenter le débit des contrôles sans diminuer les exigences de sécurité à la frontière. Des experts travaillent actuellement sur les moyens techniques et logistiques permettant de fluidifier davantage ces procédures.
Un problème désormais clairement multifactoriel
Les files observées à Brussels Airport ne peuvent donc être attribuées à une cause unique. Le manque d’effectifs policiers a été particulièrement important au début de l’année et reste un problème structurel auquel le gouvernement tente de répondre par des recrutements. Mais les renforts mobilisés permettent désormais d’occuper au maximum les positions existantes lors des principales périodes d’affluence.
Reste une équation plus difficile : lorsque douze positions peuvent traiter au maximum environ 500 à 600 voyageurs par heure et que plusieurs vols non-Schengen arrivent simultanément, la saturation peut intervenir même avec tous les postes occupés.
À cela s’ajoutent les nouvelles exigences européennes, les possibilités encore limitées d’automatisation pour certains ressortissants de pays tiers et l’organisation des flux dans l’aéroport. Les responsabilités sont donc partagées entre plusieurs niveaux et acteurs, de Brussels Airport aux autorités fédérales en passant par le cadre réglementaire européen.
Une mauvaise première image de la capitale de l’Europe
Le problème n’en demeure pas moins particulièrement embarrassant pour la Belgique. Brussels Airport est l’une des principales portes d’entrée d’une capitale accueillant les institutions de l’Union européenne, le siège de l’Otan, de nombreuses organisations internationales et un important tissu d’entreprises étrangères.
Diplomates, fonctionnaires, hommes et femmes d’affaires ou touristes venus de l’extérieur de l’espace Schengen sont précisément parmi les voyageurs susceptibles de devoir franchir ces contrôles.
Pour une ville qui revendique son statut de capitale européenne et sa vocation internationale, laisser des visiteurs commencer leur séjour par plusieurs heures dans une file au contrôle des passeports n’est pas anodin. Il ne s’agit évidemment pas de réduire les exigences de sécurité aux frontières, mais de disposer d’un système capable de les assurer dans des délais raisonnables.
Après plusieurs épisodes ayant porté l’attente à trois, voire quatre heures cette année, les nouvelles files observées à Zaventem montrent que le problème n’a pas encore disparu. Elles montrent aussi qu’il serait désormais réducteur de l’expliquer par le seul manque de policiers : effectifs, infrastructures, réglementation européenne, automatisation et concentration des vols forment ensemble un problème que les différents acteurs doivent encore parvenir à résoudre.