Migrants expulsés : plusieurs pays européens négocient avec le Rwanda pour les accueillir
Plusieurs États européens négocient avec le Rwanda pour y transférer des migrants expulsés ou refusés en Europe. Aucun accord n'est encore conclu, mais Kigali confirme les discussions, alors que l'UE vient d'ouvrir la voie à la création de centres de retour dans des pays tiers.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Plusieurs pays européens discutent avec le Rwanda pour y accueillir des migrants expulsés. Une option autrefois très controversée qui gagne du terrain dans l'UE.
Plusieurs États européens discutent avec le Rwanda de l'accueil de migrants expulsés d'Europe. Kigali confirme l'existence de pourparlers préliminaires, quelques semaines après l'adoption par le Parlement européen d'un texte permettant aux États membres de conclure des accords pour créer des centres de retour hors de l'Union.
L'idée qui avait provoqué une tempête politique au Royaume-Uni pourrait-elle finalement s'installer sur le continent européen ?
Le gouvernement rwandais a confirmé avoir engagé des « discussions préliminaires » avec plusieurs pays européens en vue d'accueillir sur son territoire des migrants expulsés ou dont l'entrée en Europe aurait été refusée.
« Nous avons entamé des discussions préliminaires avec certains pays européens, mais rien n'a encore été décidé », a déclaré à l'AFP Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement rwandais.
Kigali ne précise pas l'identité des États concernés.
L'Italie également en discussion
Interrogée séparément sur l'existence de négociations avec Rome, Yolande Makolo a confirmé que des « discussions » avaient lieu, tout en précisant qu'aucun accord n'avait encore été conclu avec l'Italie.
Selon des informations précédemment rapportées par l'AFP, le Danemark, l'Autriche, la Grèce, l'Allemagne et les Pays-Bas étudiaient également au printemps des dispositifs de ce type avec une dizaine de pays tiers, parmi lesquels figurait le Rwanda.
Les modalités précises restent à négocier. L'une des pistes évoquées par Kigali consisterait à utiliser le centre de transit d'urgence de Gashora.
Cette infrastructure accueille depuis 2019 des migrants précédemment bloqués en Libye. Selon le gouvernement rwandais, les personnes transférées pourraient y bénéficier de soins médicaux et de formations pendant l'examen de leur situation.
Elles pourraient ensuite, selon les cas, rentrer dans leur pays d'origine ou être réinstallées dans un autre État.
Le précédent britannique
Le Rwanda n'en est pas à sa première tentative de partenariat migratoire avec un pays européen.
En 2022, le gouvernement conservateur de Boris Johnson avait conclu avec Kigali un accord particulièrement ambitieux prévoyant le transfert au Rwanda de certains demandeurs d'asile arrivés irrégulièrement au Royaume-Uni.
Le dispositif avait provoqué une bataille politique et judiciaire considérable. La Cour suprême britannique avait jugé le mécanisme alors envisagé illégal en 2023, estimant notamment qu'il existait un risque que certaines personnes transférées soient ensuite renvoyées vers leur pays d'origine alors qu'elles y seraient menacées.
À son arrivée au pouvoir en 2024, Keir Starmer avait abandonné le projet.
Le précédent britannique avait alors semblé durablement compromettre l'idée. Trois ans plus tard, elle revient pourtant au cœur du débat migratoire européen sous des formes différentes.
L'Europe a changé de cap
Le contexte politique a en effet profondément évolué.
En juin, le Parlement européen a approuvé un règlement sur le retour des étrangers en situation irrégulière qui ouvre notamment la possibilité pour les États membres de conclure des accords avec des pays tiers afin d'y établir des centres de retour.
Le principe reste fortement contesté par plusieurs organisations de défense des droits humains. Mais son inscription dans le dispositif européen marque une rupture : l'externalisation des retours, autrefois défendue par quelques gouvernements parmi les plus restrictifs en matière migratoire, fait désormais partie des instruments envisagés à l'échelle européenne.
Les discussions révélées par Kigali interviennent en outre dans un contexte particulièrement sensible, quelques jours après l'afflux migratoire massif qui a frappé Ceuta et ravivé dans plusieurs capitales le débat sur la capacité européenne à contrôler effectivement ses frontières et à reconduire les personnes déboutées.
Le contenu d'éventuels accords avec le Rwanda demeure encore largement inconnu. Mais leur simple négociation montre combien le centre de gravité du débat européen sur l'immigration s'est déplacé : quelques années après l'immense controverse provoquée par le projet britannique, plusieurs États de l'Union explorent désormais à leur tour la possibilité d'organiser une partie de leurs politiques de retour à plusieurs milliers de kilomètres de leurs frontières.