Négationnisme de l’Holocauste sur les réseaux sociaux : les historiens auraient perdu la bataille
Dans une analyse très pessimiste publiée par The Free Press, l’historien Niall Ferguson et le spécialiste de l’intelligence artificielle John-Clark Levin décrivent un négationnisme transformé en spectacle par les influenceurs, les algorithmes et les contenus générés par l’IA.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
Tucker Carlson, Nick Fuentes ou Myron Gaines illustrent la transformation du négationnisme en spectacle provocateur.
Les algorithmes et l’intelligence artificielle amplifient ces contenus et créent une illusion de consensus.
Face à des vidéos très courtes dépourvues d’arguments, les historiens peinent désormais à imposer les faits.
Pendant plusieurs décennies, les historiens ont pu répondre aux négationnistes en démontant leurs falsifications. Les auteurs antisémites publiaient des livres ou des revues qui imitaient les travaux scientifiques. Ils citaient des archives, alignaient de faux calculs et contestaient le fonctionnement des chambres à gaz. Leurs mensonges restaient donc réfutables.
Cette époque serait terminée. Dans The Death of History, publié par The Free Press, Niall Ferguson et John-Clark Levin estiment que le négationnisme a changé de nature. Ses propagandistes ne cherchent plus toujours à nier l’extermination de six millions de Juifs. Ils la tournent en dérision, la relativisent ou vont jusqu’à la célébrer.
Tucker Carlson et la promotion de Darryl Cooper
Les deux auteurs mettent notamment en cause Tucker Carlson. En 2024, l’animateur américain a présenté le podcasteur Darryl Cooper comme l’un des meilleurs et des plus honnêtes historiens populaires des États-Unis.
Cooper avait pourtant affirmé que Winston Churchill constituait le principal responsable de la Seconde Guerre mondiale. Il avait aussi expliqué la mort de millions de personnes dans les camps nazis par une prétendue erreur logistique : les Allemands auraient capturé davantage de personnes qu’ils ne pouvaient en nourrir. Les massacres auraient ensuite visé, selon sa présentation, à leur éviter de mourir de faim.
Pour Ferguson et Levin, ce discours illustre le passage de l’histoire à « l’anti-histoire ». Cooper reprend quelques apparences de l’analyse historique, mais relativise la nature organisée et génocidaire de la politique nazie. Confrontés à leurs erreurs, ces polémistes se présentent ensuite comme de simples citoyens qui « posent des questions ».
Nick Fuentes transforme Hitler en plaisanterie
Nick Fuentes va plus loin. Ce militant d’extrême droite américain, suivi par près d’un million de personnes sur Rumble, mélange commentaires politiques, références à la culture populaire, insultes racistes et plaisanteries sur Hitler.
Sa force ne réside pas dans ses arguments, estiment Ferguson et Levin, mais dans son aptitude à divertir et à provoquer. Fuentes peut affirmer que Hitler avait raison ou plaisanter sur l’Holocauste, puis se réfugier derrière l’ironie.
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