Pascal Delwit : « Le MR n'est pas un parti de droite radicale, mais la stratégie de Bouchez risque de l'isoler »
Dans son nouveau livre, Du Parti libéral au MR et Anders (1846-2026), Pascal Delwit retrace 180 ans d’histoire du libéralisme belge. Le politologue (ULB) analyse les profondes transformations des libéraux, la droitisation du MR sous Georges-Louis Bouchez, sa victoire de 2024, ses tensions internes et le bras de fer avec Bart De Wever.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Le MR reste pour Pascal Delwit un parti libéral de droite, mais Georges-Louis Bouchez emprunte certaines thématiques et certains narratifs aux droites radicales.
- La victoire de 2024 repose notamment sur la conquête d’un électorat populaire salarié, mais la droitisation du parti lui a aussi coûté une partie de son électorat libéral plus modéré.
- La stratégie très offensive de Bouchez comporte un risque d’isolement politique, notamment dans ses relations avec Bart De Wever et les autres partenaires potentiels du MR.
21 News : Pascal Delwit, bonjour. Pourquoi avoir consacré un livre à l’histoire du Parti libéral, du MR et d’Anders ?
Pascal Delwit : La première, c’est le 180e anniversaire de la naissance du parti libéral. Les dates d'anniversaire sont l’occasion pour moi de revenir sur le passé d’un parti ,mais aussi de tracer une sorte de trajectoire. Deuxième raison, je travaille sur la vie politique depuis des années et j’essaye de faire des synthèses. Il y a deux ans, j’avais fait une synthèse sur le PS et Vooruit.
Il y a une troisième raison. En Belgique comme en Europe, on travaille aujourd’hui beaucoup moins sur ce qu’on pourrait appeler les partis centripètes, c’est-à-dire les grandes familles historiques : libérales, socialistes ou démocrates chrétiennes. En revanche, il y a énormément de travaux sur les partis et familles politiques centrifuges, en particulier les droites radicales.
La famille libérale européenne a été plutôt délaissée par la littérature scientifique, que ce soit en science politique ou en histoire. C’est aussi le cas en Belgique. Je voulais contribuer à combler ce manque et, peut-être, inciter des étudiants à travailler sur cette famille politique.
21 News : Votre livre montre de nombreux changements idéologiques. Existe-t-il malgré tout un fil conducteur idéologique entre le Parti libéral de 1846 et le MR de Georges-Louis Bouchez en 2026?
Pascal Delwit : Si on regarde la trajectoire, il y a des éléments de continuité et des éléments de rupture profonde. Les deux sont observables.
L’élément de continuité, c’est largement la promotion d’un libéralisme économique. Si l’on regarde l’exercice du pouvoir par les libéraux dès leur naissance, et singulièrement à partir de 1848 sous le magistère de Walthère Frère-Orban, on trouve un libéral économique. Pour lui, le libéralisme, c’est la non-intervention de l’autorité publique, la non-intervention de l’État. Il introduit néanmoins une exception majeure : les infrastructures de transport. Cela explique notamment pourquoi la Belgique du XIXe siècle est pionnière dans le chemin de fer, les canaux ou l’accès aux ports.
À l’exception des infrastructures de transport, sa logique est celle de la non-intervention de l’État et d’un libre-échange presque intégral. Cette dynamique a, dans une certaine mesure, perduré et on la retrouve aujourd’hui.
Jusqu’en 1961, les libéraux se classent d’ailleurs à gauche. Si vous regardez le nom de leurs groupes au Parlement, on parle de la « gauche libérale ». Bien évidemment, cette gauche renvoie au clivage convictionnel et pas au clivage socio-économique.
21 News : Mais sur d’autres sujets, le parti de 1846 paraît extrêmement éloigné du MR actuel…
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