Deux poids, deux mesures : comment certains invisibilisent les dérapages de la gauche ? (carte blanche)
Après des propos de Fadila Laanan au Parlement bruxellois, ce texte dénonce le contraste entre les réactions politiques et médiatiques suscitées par des dérapages selon le camp dont ils proviennent. Carte blanche de Marcela Gori.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Marcela Gori revient sur des propos tenus par Fadila Laanan au Parlement bruxellois et interroge le traitement médiatique et politique réservé aux généralisations selon l’identité de ceux qui les prononcent.
Sommaire
Vous avez vu, le 2 octobre dernier, au Parlement bruxellois, lors d’un débat consacré aux visites domiciliaires, la députée socialiste Fadila Laanan a lancé, hors micro, mais de manière audible : « La majorité des pédophiles sont blancs » ?
Il n’y a de doute ni sur les propos ni sur la personne qui les a tenus, la séance ayant été intégralement enregistrée. Cette phrase a été prononcée alors que la députée libérale Aline Godfrin expliquait que la situation autour de la gare du Nord était problématique et que, quelques jours auparavant, un migrant s’était masturbé devant une enfant de 12 ans.
Alors, soyons honnêtes intellectuellement. Si une étude sérieuse démontre que, dans une population donnée, la majorité des auteurs d’infractions sexuelles sur mineurs sont blancs, le fait de citer cette statistique n’est pas en soi raciste. Mais, vous l’avez tous compris, Madame Laanan ne dispose d’aucune étude de ce type, et cette phrase, qui sert à suggérer que les personnes blanches seraient, en raison de leur couleur de peau, davantage prédisposées à la pédophilie, relève d’un raisonnement raciste.
Un signalement officiel a d’ailleurs été effectué auprès d’Unia. Il a évidemment peu de chances d’aboutir puisque, pour Unia, « le racisme anti-blanc n’existe pas ». (No comment.)
Imaginez l’inverse
Ce que dit Madame Laanan est grave. Mais ce qui est tout aussi révoltant, c’est le traitement médiatique et politique qui a été réservé à cette « sortie ».
En dehors du Mouvement Réformateur et de la N-VA, aucun parti traditionnel ne s’est offusqué. Concernant la presse, très peu de médias ont relayé ce qui constitue pourtant une information de premier plan : une ancienne ministre a tenu des propos racistes.
Imaginez maintenant la situation inverse. Imaginez qu’un député de droite ait spontanément associé la pédophilie à une autre origine ethnique. Combien de temps aurait-il fallu avant que ces propos fassent la une ? Combien de responsables politiques auraient exigé des excuses ou des démissions ? Combien de débats auraient été consacrés à la banalisation des « discours stigmatisants » ?
Je pose sincèrement la question. Et je connais évidemment la réponse.
Ce qui est le plus frappant dans cette histoire, c’est que, le même jour, le 2 octobre, au même endroit, au Parlement bruxellois, un autre incident est survenu lors du même débat.
Alors que la députée bruxelloise Farida Tahar (Ecolo) intervenait à la tribune du Parlement bruxellois, Sofia Bennani (Les Engagés) a lancé : « Nous ne soutenons pas les terroristes », en réaction au discours de la députée écologiste. Cette dernière défendait une proposition destinée à affirmer la position du Parlement bruxellois contre le projet de loi fédéral. L’incident avait suscité de vives réactions et entraîné une suspension de séance.
Mais quelques jours plus tard, lorsque les propos de Fadila Laanan ont été révélés par la DH, la couverture médiatique était incomparable. Silence radio.
Je ne demande évidemment pas que chaque phrase maladroite prononcée par un élu fasse systématiquement l’objet d’un scandale national. Quelle perte de temps ce serait ! Mais je demande que les critères d’appréciation soient cohérents.
Car l’influence des médias ne réside pas uniquement dans ce qu’ils écrivent. Elle réside également dans les sujets qu’ils choisissent de mettre en avant, ceux auxquels ils consacrent un titre, une interview, un débat ou une séquence au journal télévisé.
Il y a quelque chose de profondément incohérent à dénoncer, à juste titre, les amalgames visant certaines communautés, tout en relativisant des généralisations lorsqu’elles proviennent de son propre camp.
Je refuse l’idée qu’il puisse exister des généralisations acceptables et d’autres condamnables selon l’identité de ceux qui les prononcent. La dignité humaine, l’égalité de traitement et la lutte contre les préjugés ne sont pas des valeurs que l’on applique à la carte selon les origines.
Je ne demande aucun privilège pour la droite, ni aucune indulgence particulière pour la gauche. Je demande simplement que les mêmes principes s’appliquent à tous, car le racisme ne devient pas acceptable lorsqu’il est prononcé par quelqu’un qui prétend le combattre.