Polémique et lourde faute de Macron suite à ses propos sur le drame de Trappes
En présentant les tirs meurtriers survenus dans les Yvelines comme une première dans l’histoire du terrorisme en France, Emmanuel Macron a déclenché une vive polémique et a dû revenir sur ses propos.
Publié par J.PE
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En présentant les tirs meurtriers survenus dans les Yvelines comme une première dans l’histoire du terrorisme en France, Emmanuel Macron a déclenché une vive polémique. Des attentats antisémites de Toulouse et de l’Hyper Cacher à l’assassinat du père Hamel, plusieurs précédents contredisent ses propos. Face aux critiques, le chef de l’État a finalement nuancé sa déclaration dans la soirée.
Les mots présidentiels n’ont rien d’anodin, particulièrement lorsqu’ils portent sur un drame national. Vendredi 23 octobre, en déplacement à Trappes, dans les Yvelines, Emmanuel Macron a provoqué une controverse en présentant les tirs meurtriers survenus à Trappes et à La Verrière comme un tournant sans précédent dans l’histoire du terrorisme français.
« C’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne », a déclaré le chef de l’État.
Une affirmation qui n’a pas tardé à susciter de nombreuses réactions. Car si la gravité du drame ne fait aucun doute, l’idée d’une première historique se heurte à plusieurs précédents douloureux. Des victimes juives et chrétiennes ont déjà été assassinées parce qu’elles appartenaient à une communauté religieuse. Quant aux crimes à motivation raciste, ils ont également fait l’objet de procédures judiciaires relevant du terrorisme.
Toulouse, l’Hyper Cacher, le père Hamel : des précédents impossibles à ignorer
Le 19 mars 2012, à Toulouse, Mohamed Merah assassinait Jonathan Sandler et ses deux jeunes fils, Arié et Gabriel, ainsi que Myriam Monsonego, âgée de sept ans, devant l’école juive Ozar Hatorah. Un massacre antisémite qui avait profondément marqué la France.
Le 9 janvier 2015, lors de la prise d’otages de l’Hyper Cacher, porte de Vincennes, Amedy Coulibaly tuait quatre personnes juives : Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada et Yoav Hattab.
D’autres attentats ont visé des victimes en raison de leur appartenance religieuse. Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel était assassiné par deux terroristes islamistes alors qu’il célébrait la messe à Saint-Étienne-du-Rouvray. Le 29 octobre 2020, trois personnes étaient tuées dans l’attaque terroriste de la basilique Notre-Dame de Nice.
Ces faits ne sont pas de simples rappels historiques. Ils mettent directement en question la formulation employée par Emmanuel Macron. Comment présenter comme une première le ciblage terroriste de personnes en raison de leur religion, alors que plusieurs attentats ont précisément été commis dans cette logique ?
Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Yonathan Arfi, a d’ailleurs appelé le chef de l’État à apporter un correctif à ses propos, rappelant un principe essentiel : « En République, il n’y a pas de hiérarchie entre les victimes du terrorisme. »
Le précédent de Puget-sur-Argens fragilise également la thèse de l’inédit
La dimension raciste de l’attaque des Yvelines doit, elle aussi, être examinée à la lumière des précédents judiciaires.
Le 31 mai 2025, Hichem Miraoui, un coiffeur tunisien, était abattu à Puget-sur-Argens, dans le Var. Le suspect, Christophe B., avait publié des vidéos à caractère raciste avant et après les faits. Mis en examen pour assassinat terroriste et tentatives d’assassinat, il contestait toutefois la motivation raciste des actes qui lui étaient reprochés.
Cette affaire avait marqué une étape judiciaire : le Parquet national antiterroriste (PNAT) avait retenu la qualification d’assassinat terroriste dans un dossier d’homicide à caractère raciste lié à l’ultradroite.
Une déclaration qui déclenche une riposte politique
La réaction politique ne s’est pas fait attendre. Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a condamné l’attaque et demandé une réponse judiciaire implacable, tout en reprochant à Emmanuel Macron d’avoir omis les victimes des attentats antisémites et antichrétiens précédents.
Du côté des Républicains, François-Xavier Bellamy a lui aussi critiqué cette présentation du drame comme un tournant historique, en évoquant notamment les attentats contre Charlie Hebdo, l’assassinat de Samuel Paty et les attaques visant des communautés religieuses.
Attentat de la rue des Rosiers, 1982
— Fx Bellamy (@fxbellamy) October 23, 2026
Meurtre d’Ilan Halimi, 2006
Attentat de l’école Ozar Hatorah, 2012
Attentat de l’Hyper Cacher, 2015
Meurtre du Père Jacques Hamel, 2016
Meurtre de Sarah Halimi, 2017
Meurtre de Mireille Knoll, 2018
Attentat de la basilique Notre-Dame de Nice,… https://t.co/4eSV1TVxJG
Macron contraint de rectifier ses propos
Face à l’ampleur des réactions, Emmanuel Macron a publié un nouveau message sur X dans la soirée du 23 octobre. Le président a dû faire un rétropédalage : « Je veux aussi rappeler une vérité essentielle et éviter toute polémique : notre pays a connu, ces dernières années, des attentats qui ont frappé des chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens et des juifs parce qu’ils étaient juifs. Aucune de ces victimes ne doit être oubliée. Aucune douleur ne doit être hiérarchisée. Et je veux que rien, ce soir, ne vienne ajouter à la peine des familles, à la tristesse du pays et au recueillement de la nation. »
Ce soir, la Nation est en deuil après l’attentat terroriste qui a frappé Trappes et La Verrière.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) October 23, 2026
Nous sommes confrontés à un acte d’une gravité extrême et qui par son caractère raciste avéré marque un tournant pour notre pays.
Monsieur Pengo Bossio Wangi a perdu la vie.…