Bernard-Henri Lévy : « Quand on veut éradiquer le mal, je crois qu'on le redouble »
Bernard-Henri Lévy livre une réflexion sur les dangers de ceux qui prétendent débarrasser définitivement le monde du mal. Du nazisme au communisme en passant par l'islamisme radical, le philosophe dénonce une ambition commune aux totalitarismes et plaide pour une action plus humble, mais jamais résignée.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dans Les Lueurs, Bernard-Henri Lévy dénonce la volonté d'éradiquer le mal, commune selon lui aux totalitarismes, et défend la réparation du monde.
Et si la volonté de faire disparaître le mal constituait elle-même l'une des plus dangereuses tentations de l'humanité ? C'est le paradoxe que développe Bernard-Henri Lévy dans un entretien accordé au podcast Les Lueurs, à l'occasion de son livre Mémoires provisoires.
Loin des promesses de régénération intégrale de la société, le philosophe défend une conception de l'engagement qui reconnaît les limites de l'action humaine, sans pour autant renoncer à combattre l'injustice.
Celui qui prétend “éradiquer” le mal ne fait que le redoubler. C’est le cœur de tous les totalitarismes. Nazisme, Communisme et Islamisme radical. En revanche, il faut tout faire pour réparer le monde. Sans jamais céder à la lassitude. Entretien avec le podcast Les Lueurs autour… pic.twitter.com/hqVzBC3Gre
— Bernard-Henri Lévy (@BHL) October 22, 2026
« Quand on veut éradiquer le mal, on le redouble »
« On ne résout jamais le mal du monde », affirme d'emblée Bernard-Henri Lévy. Et celui qui prétend y parvenir risque, selon lui, de produire exactement l'inverse du résultat recherché. « Quand on veut éradiquer le mal, je crois qu'on le redouble », poursuit-il.
Cette conviction le conduit à rapprocher trois idéologies que leurs doctrines distinguent profondément : le nazisme, le communisme et l'islamisme radical.
Leur point commun, explique-t-il, serait d'ordre métaphysique : la prétention à identifier le mal, à lui attribuer un visage précis, puis à l'extirper définitivement de la société. « Quand vous regardez bien, leur point commun métaphysique, c'est l'éradication du mal, la prétention à localiser le mal, lui donner un visage circonscrit et puis l'exciser. »
Dans cette perspective, le danger naît lorsque la lutte contre le mal cesse d'être une exigence morale pour devenir un projet d'élimination absolue. La certitude de détenir la solution définitive peut alors servir de justification aux pires violences.
Réparer le monde plutôt que prétendre le purifier
À cette ambition totalisante, Bernard-Henri Lévy oppose une autre manière de concevoir l'action humaine : non pas abolir le mal, mais tenter d'en réduire l'emprise. « Alors quelle posture ? Essayer qu'il y en ait un peu moins », résume-t-il.
Le philosophe invoque à cet égard le tikkoun olam, notion issue de la tradition juive, généralement associée à l'idée de réparation du monde. « Cette idée de la réparation qui consiste à faire ce qu'on peut et à faire de son mieux », explique-t-il.
Une philosophie de l'engagement qui renonce aux promesses de salut collectif définitif, mais conserve intacte l'obligation d'agir. Elle substitue à la volonté de transformer radicalement l'humanité le souci plus concret de soulager les souffrances et de combattre les injustices à portée de main.
La lassitude, « un vrai péché pour un intellectuel »
Cette modestie dans les objectifs ne signifie pourtant pas la résignation. Bernard-Henri Lévy identifie au contraire un adversaire intérieur contre lequel il estime nécessaire de lutter sans relâche : la lassitude.
« Moi, il y a des moments dans ma vie, à 23 ans comme à 78, où je me suis senti las », confie-t-il. Mais ces moments de découragement constituent, à ses yeux, autant de signaux d'alarme. « Je cède à ce qui est peut-être un vrai péché pour un intellectuel : la lassitude », dit-il.
Toute la singularité de son propos tient dans cette double exigence : refuser les idéologies qui promettent de supprimer définitivement le mal, tout en refusant de s'habituer à sa présence. Une distinction essentielle, à une époque où les discours politiques oscillent volontiers entre les promesses de transformation totale et la tentation du fatalisme. Pour Bernard-Henri Lévy, l'engagement véritable ne consiste ni à promettre un monde parfait ni à accepter le monde tel qu'il est, mais à poursuivre inlassablement sa réparation.