Quatre ans après son échec, la Russie pourrait-elle tenter à nouveau de marcher sur Kiev ?
L'Ukraine renforce les accès au nord de Kiev face à la possibilité d'une nouvelle offensive russe depuis la Biélorussie. Un scénario encore incertain, mais pris suffisamment au sérieux par l'état-major ukrainien alors que ses renseignements évoquent une mobilisation russe pouvant atteindre 600 000 hommes d'ici 2027.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L'Ukraine renforce les accès au nord de Kiev face au risque d'une nouvelle offensive russe depuis la Biélorussie. Ses renseignements affirment parallèlement que Moscou prépare un scénario de mobilisation portant sur 600 000 hommes d'ici 2027.
Quatre ans après avoir échoué aux portes de Kiev, l'armée russe pourrait-elle tenter une nouvelle fois d'approcher la capitale ukrainienne par le nord ? Le scénario n'est pour l'heure qu'une hypothèse. Mais à Kiev, on ne veut manifestement plus prendre le risque de l'écarter.
Selon les informations rapportées par LCI, les accès septentrionaux à la capitale sont désormais étroitement surveillés et ont été renforcés. La géographie explique cette vigilance : Kiev se trouve à une centaine de kilomètres à vol d'oiseau de la frontière biélorusse.
Or ce scénario préoccupe les autorités ukrainiennes depuis plusieurs mois. En mai, Volodymyr Zelensky avait déjà réuni son état-major pour examiner des renseignements concernant la préparation par la Russie d'opérations offensives dans l'axe Tchernihiv-Kiev.
Le président ukrainien avait alors ordonné de renforcer les forces présentes dans le secteur et demandé que soient préparées des réponses à plusieurs scénarios d'élargissement des opérations russes dans le nord du pays.
Le spectre de février 2022
La menace ravive évidemment le souvenir des premières semaines de l'invasion.
En février 2022, les forces russes avaient pénétré en Ukraine depuis la Biélorussie et foncé vers Kiev, dans l'espoir manifeste d'obtenir rapidement la chute du pouvoir ukrainien. L'opération s'était soldée par un échec majeur et le retrait des forces russes du nord de l'Ukraine quelques semaines plus tard. Une répétition à l'identique paraît aujourd'hui difficilement concevable.
L'Ukraine a eu plus de quatre années pour fortifier les approches de sa capitale et connaît parfaitement les axes susceptibles d'être empruntés. Une nouvelle progression russe depuis la frontière biélorusse ne bénéficierait plus de l'effet de surprise de février 2022.
Mais Moscou n'aurait pas nécessairement besoin de prendre Kiev pour tirer avantage d'une menace crédible sur la capitale.
Comme le relève sur LCI l'envoyé spécial Thomas Misrachi, contraindre l'Ukraine à déplacer des divisions vers le nord pourrait également permettre aux Russes de relâcher la pression exercée sur leurs forces dans l'est du pays.
La menace elle-même deviendrait alors une arme : chaque brigade affectée à la défense de Kiev serait une brigade indisponible ailleurs.
La Russie préparerait jusqu'à 600.000 hommes supplémentaires
Un autre élément nourrit les interrogations. Les renseignements militaire et extérieur ukrainiens ont affirmé le 27 août que l'état-major russe avait préparé un scénario de mobilisation supplémentaire portant sur 600.000 hommes : 300.000 en 2026 et autant en 2027.
Selon Kiev, Moscou chercherait notamment à recompléter les unités déjà engagées et à fournir les nouvelles formations en cours de constitution.
Ces chiffres doivent toutefois être maniés avec prudence : ils proviennent des services de renseignement ukrainiens et Moscou nie préparer une nouvelle mobilisation générale.
Des évaluations occidentales récentes soulignent par ailleurs les difficultés croissantes rencontrées par la Russie pour remplacer ses pertes. Selon des responsables occidentaux cités fin août, l'armée russe perdrait actuellement environ 6.000 hommes de plus chaque mois qu'elle ne parvient à en recruter.
La question pourrait donc être moins celle d'une mobilisation générale comparable à celle de 2022 que d'une nouvelle accélération des mécanismes de recrutement et de mobilisation plus discrets déjà employés par Moscou.
Menace réelle ou diversion ?
Reste une question que les Ukrainiens se posent eux-mêmes : pourquoi rendre publiquement cette menace visible ?
Plusieurs explications sont possibles. Kiev doit continuer à recruter massivement pour soutenir son propre effort de guerre. Les autorités ukrainiennes évoquent un besoin d'environ 360.000 hommes supplémentaires au cours de l'année à venir, soit quelque 30.000 par mois.
Mais une autre hypothèse relève directement de la guerre de manœuvre. La Russie pourrait entretenir volontairement la menace d'une offensive septentrionale afin de contraindre l'Ukraine à disperser des forces déjà très sollicitées sur le front oriental.
Inversement, Kiev peut avoir intérêt à rendre publics les renseignements dont elle dispose pour préparer sa population, renforcer sa mobilisation et dissuader Moscou de tenter l'opération.
À ce stade, rien ne permet donc d'affirmer qu'une deuxième bataille de Kiev est imminente.
Mais après plus de quatre années de guerre, l'état-major ukrainien a appris une règle élémentaire : une opération qui paraît militairement extrêmement risquée n'est pas nécessairement une opération que Vladimir Poutine écartera.
En 2022, les chars russes avaient déjà emprunté les routes descendant de Biélorussie vers Kiev. En 2026, l'Ukraine préfère manifestement se préparer à l'hypothèse qu'ils puissent essayer de les reprendre.