LFI lance ses « Numéros 10 » pour 2027 : il est question « de race, d’islam et des quartiers »
Lancée à Saint-Denis pour mobiliser les abstentionnistes en faveur de Jean-Luc Mélenchon, l’« Alliance des Numéros 10 » entend partir à la conquête des quartiers populaires. Mais sur l’estrade, la mobilisation électorale s’est rapidement formulée en termes de « Noirs », de « musulmans », de racisme et d’« islamophobie d’État ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’« Alliance des Numéros 10 » veut mobiliser les quartiers populaires pour Jean-Luc Mélenchon en 2027. À Saint-Denis, plusieurs intervenants ont invoqué les « Noirs », les « musulmans », le racisme et « l’islamophobie d’État ».
La France insoumise veut aller chercher les abstentionnistes là où ils sont les plus nombreux. Dimanche 30 août, à Saint-Denis, plusieurs élus et militants ont lancé l’« Alliance des Numéros 10 des quartiers populaires », une structure destinée à mobiliser ces territoires en vue de l’élection présidentielle de 2027.
L’objectif électoral n’est pas dissimulé. Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, présente l’initiative comme un moyen de « mettre au cœur de la campagne présidentielle la cause des quartiers populaires » et d’accroître leur participation autour de Jean-Luc Mélenchon. Le député Carlos Martens Bilongo résume lui aussi l’enjeu : gagner quelques points de participation pourrait, selon lui, permettre à LFI de remporter l’élection.
Mais à mesure que les discours se succèdent, la notion très large de « quartiers populaires » prend une définition de plus en plus identitaire.
« Nous les Noirs et les musulmans »
À la tribune, Régine Komokoli, conseillère municipale LFI à Rennes, lance : « Nous les Noirs et les musulmans on veut exister dans cette démocratie. »
À Tourcoing, Dalil Diab, élu LFI, appelle de son côté les quartiers à ne plus « laisser les bourgeois et les racistes décider pour nous ».
D’autres intervenants convoquent directement l’histoire coloniale et la couleur de peau. Allan Brunon, élu LFI à Grenoble, fait référence aux « tirailleurs sénégalais », aux « combattants d’Algérie » et du Maroc pour inscrire le mouvement dans une continuité de lutte contre le racisme, « l’islamophobie d’État » et les violences policières.
Assa Traoré, présente au lancement, appelle pour sa part à « renverser le système raciste répressif ».
La mobilisation de l’abstention devient ainsi autre chose qu’une simple opération civique. Elle dessine progressivement une lecture du pays organisée autour de groupes définis par leur origine, leur couleur de peau, leur religion supposée ou leur rapport à l’histoire coloniale.
Une stratégie électorale assumée
LFI ne cache pas que cette mobilisation doit servir Jean-Luc Mélenchon en 2027.
L’Alliance des Numéros 10 doit désormais essaimer dans plusieurs villes, notamment Marseille, Strasbourg et Toulouse. Ses relais locaux doivent aller chercher les abstentionnistes, convaincre les familles et transformer les quartiers populaires en réserve électorale.
« Faites voter vos parents », lance ainsi le militant Aliou Boune. « Dans huit mois, sortez tous massivement pour voter Mélenchon. »
Il n’y aurait rien de surprenant à voir un parti politique tenter de mobiliser les catégories sociales qui lui sont favorables. Tous le font.
Ce qui frappe davantage est le vocabulaire choisi pour définir ce groupe électoral.
Il n’est plus seulement question de revenus, de logement, d’école, d’emploi ou de services publics. Il est question des « Noirs », des « musulmans », des « racistes », de l’« islamophobie d’État », des descendants de tirailleurs et de la mémoire coloniale. La catégorie sociale tend à devenir une catégorie identitaire.
Des « quartiers populaires » au bloc électoral
Depuis plusieurs années, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont fait de la mobilisation des quartiers populaires l’un des principaux ressorts de leur stratégie électorale.
L’Alliance des Numéros 10 pousse cette logique un cran plus loin : il ne s’agit plus simplement de convaincre des électeurs dispersés, mais de construire des relais locaux capables de transformer une identité politique commune en participation électorale.
Bally Bagayoko parle d’un « Front populaire des quartiers populaires ». Ses soutiens parlent des « Noirs », des « musulmans », des « grands frères » et de ceux qui subiraient le racisme ou l’islamophobie.
Il appartiendra aux électeurs de juger si cette stratégie permettra de combattre l’abstention.
Mais une chose apparaît déjà clairement : à l’approche de 2027, La France insoumise entend mobiliser une partie de l’électorat populaire non seulement sur des intérêts sociaux, mais sur une représentation du pays où l’origine, la couleur de peau, la religion et le racisme occupent désormais une place centrale.