RTBF: le favori se dessine, mais une autre bataille attend déjà le futur patron
La succession de Jean-Paul Philippot entre dans sa phase décisive. Après l’audition des trois candidats par le CSA, Christophe Dujardin semble prendre une longueur d’avance. Mais le futur patron de la RTBF devra aussi affronter d’importantes économies.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Christophe Dujardin est le seul candidat à avoir obtenu 13 voix sur 13 au conseil d’administration de la RTBF.
- Caroline Franckx et Emmanuel Tourpe restent dans la course avant le choix final du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
- Le futur patron devra rapidement affronter un dossier sensible: les économies attendues à la RTBF, dont la dotation atteint 350 millions d’euros.
Après les polémiques de la rentrée, la course à la succession de Jean-Paul Philippot à la tête de la RTBF est entrée dans sa dernière ligne droite. Ce jeudi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a auditionné les trois candidats encore en lice pour le poste d’administrateur général. Une étape décisive dans une procédure appelée à se conclure dans les prochaines semaines, avec une décision attendue du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vraisemblablement dans la deuxième quinzaine de septembre et plus vraisemblablement vers la fin du mois.
Pour rappel, le conseil d’administration de la RTBF a retenu cet été trois profils pour succéder à Jean-Paul Philippot, qui quittera Reyers en octobre: Caroline Franckx, CEO du CHU Brugmann, Christophe Dujardin, Chief Consumer Officer chez Orange Belgium, et Emmanuel Tourpe, ancien d’Arte et actuel directeur du pôle Outre-Mer de France Télévisions.
Le CSA dispose désormais de trois semaines pour remettre son avis au gouvernement. Cet avis ne sera toutefois pas contraignant: au final, c’est bien l’exécutif de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui tranchera et choisira le futur patron de l’audiovisuel public francophone.
À ce stade, les trois candidats restent officiellement sur la même ligne de départ. Mais, en coulisses, la candidature de Christophe Dujardin semble prendre une longueur d’avance. Selon nos informations, le dirigeant d’Orange Belgium est le seul à avoir fait l’unanimité au sein du conseil d’administration de la RTBF: ses 13 membres ont validé sa présentation, contre 12 voix pour Caroline Franckx et 8 pour Emmanuel Tourpe.
Consensus au sein du gouvernement
Cet avantage ne garantit évidemment pas sa désignation, mais il alimente sa dynamique. Christophe Dujardin bénéficie en outre, depuis plusieurs mois, du soutien de la ministre des Médias Jacqueline Galant, qui plaide pour l’arrivée d’un profil issu du privé. Son objectif: ouvrir davantage la RTBF à d’autres pratiques de gestion et insuffler une nouvelle culture dans une maison souvent perçue, y compris en interne, comme peu encline au changement et à l’ouverture vers l’extérieur.
Toujours selon nos informations, le nom de Christophe Dujardin ferait aujourd’hui relativement consensus au sein de la majorité, même si le dossier n’a pas encore été officiellement abordé en gouvernement. Georges-Louis Bouchez, un temps séduit par le profil d’Emmanuel Tourpe, semble désormais s’être rapproché de la position de la ministre des Médias, sans qu’un revirement de sa part puisse totalement être exclu.
Face à cette dynamique, Emmanuel Tourpe conserve néanmoins des relais solides. L’ancien responsable d’Arte peut notamment compter sur l’appui de Joëlle Milquet, présidente du conseil d’administration de la RTBF, qui défend sa candidature depuis plusieurs mois. Son profil, plus ancré dans l’univers des médias et de la culture, apparaît comme le plus naturel pour celles et ceux qui souhaitent préserver une forte continuité éditoriale et institutionnelle au sein du service public. Reste à savoir si ce soutien sera suffisant politiquement au moment de la décision finale.
Le troisième profil, Caroline Franckx, continue lui aussi à exister sérieusement dans cette compétition. La CEO du CHU Brugmann aurait marqué des points lors de son audition et pourrait incarner une alternative forte, avec l’image d’une gouvernance au féminin à la tête de la RTBF. Longtemps regardée avec prudence par le MR, qui la disait proche du PS, elle serait en réalité, selon plusieurs sources, de sensibilité plus libérale. Son parcours plaide aussi en sa faveur: dans le monde hospitalier bruxellois, elle s’est forgé la réputation d’une dirigeante capable d’introduire une gestion plus professionnelle et moins politisée.
"Les épaules les plus larges": nouvel effort budgétaire en vue pour la RTBF
Au-delà des personnes, c’est aussi l’avenir budgétaire de la RTBF qui se joue en toile de fond de cette succession. Dans un contexte de finances publiques dégradées en Fédération Wallonie-Bruxelles, le gouvernement prépare une nouvelle trajectoire budgétaire qui devrait mettre à contribution l’ensemble des grands opérateurs publics. Et la RTBF, avec une dotation de 350 millions d’euros, apparaît clairement dans le viseur.
Au sein de la majorité, certains résument les choses sans détour: l’effort devra être demandé en priorité aux "épaules les plus larges" de la Fédération, et "la RTBF en fait incontestablement partie". Autrement dit, le futur administrateur général pourrait être désigné dès la seconde moitié de septembre, mais il ou elle héritera d’emblée d’un dossier explosif: conduire l’entreprise dans un climat politique sensible tout en absorbant de nouvelles économies.