Tabac et cigarettes: pourquoi les supermarchés pourront à nouveau en vendre dès 2027
Selon des informations parues dans la presse flamande ce matin, les supermarchés belges pourront à nouveau vendre des cigarettes et des vapes à partir de 2027. Une décision qui marque un tournant dans la politique antitabac du gouvernement, sous pression du Cour constitutionnelle de Belgique et au terme de négociations politiques tendues.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Les supermarchés pourront à nouveau vendre du tabac dès le 1er janvier 2027
- La Cour constitutionnelle a jugé l’interdiction discriminatoire
- Le gouvernement a renoncé à adapter la loi faute de solution juridique
- Cette décision s’inscrit dans un compromis politique autour des vapes
C’était l’une des mesures emblématiques du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke : depuis avril 2025, les grandes surfaces de plus de 400 m² ne pouvaient plus vendre de produits du tabac. L’objectif était clair : réduire les points de vente pour limiter les achats impulsifs et décourager la consommation.
Mais cette interdiction n’aura finalement tenu qu’un an et demi. Saisie par des acteurs du secteur, dont l’organisation Buurtsuper.be et Philip Morris Benelux, la Cour constitutionnelle a jugé la mesure discriminatoire. En cause : la distinction entre grandes et petites surfaces, jugée juridiquement injustifiable.
Résultat : le gouvernement fédéral a dû revoir sa copie. Faute de solution légale solide, il a décidé de ne pas maintenir l’interdiction. À partir du 1er janvier 2027, les supermarchés pourront donc à nouveau vendre cigarettes et vapes.
Un recul… tempéré par des restrictions
Ce retour ne signifie pas pour autant un retour à la situation d’avant 2025. Une règle importante restera d’application : l’interdiction d’exposition.
Concrètement, les produits du tabac devront être cachés dans des armoires fermées ou derrière des rideaux. Impossible donc de les voir en rayon, une mesure destinée à limiter les achats impulsifs, notamment chez les jeunes.
Selon les acteurs du secteur, cette contrainte pourrait freiner certains distributeurs. Tous les supermarchés ne devraient pas forcément réintroduire ces produits, en raison des investissements nécessaires.
Un compromis politique autour des vapes
Derrière cette décision, il y a aussi un compromis politique. D’après la presse flamande ce matin, le dossier du tabac a été étroitement lié à un autre débat sensible : l’interdiction des arômes dans les cigarettes électroniques.
Le MR s’opposait depuis plusieurs mois à cette interdiction. Pour débloquer la situation, le ministre Vandenbroucke a accepté de faire une concession sur la vente de tabac en supermarché.
En échange, l’interdiction des arômes dans les vapes a été validée. À partir de septembre 2028, seuls les goûts « tabac » et « neutre » resteront autorisés. Objectif : rendre ces პროდუქტ moins attractifs pour les jeunes.
La colère des buralistes
Cette volte-face passe très mal du côté des détaillants spécialisés. La fédération des vendeurs de tabac dénonce un « marchandage politique ».
Pour ces commerçants, la mesure initiale avait permis de réduire la concurrence des grandes surfaces et de limiter la disponibilité des cigarettes. Le retour du tabac en supermarché est perçu comme un recul.
“Ils rendent les cigarettes à nouveau largement accessibles, tout en s’attaquant à des alternatives moins nocives”, dénoncent certains représentants du secteur.
Un coup d’arrêt pour la stratégie antitabac
Cette décision fragilise en partie la stratégie de santé publique portée par Frank Vandenbroucke, qui avait fait de la lutte contre le tabagisme un axe central de son action.
Le ministre assume toutefois ce recul, contraint par la décision de justice. “Nous vivons dans un État de droit, nous devons nous y conformer”, a-t-il réagi, toujours selon la presse flamande.
Reste à voir quel sera l’impact réel sur la consommation. Entre la réintroduction dans les supermarchés et les nouvelles restrictions sur les vapes, le gouvernement tente désormais de maintenir un équilibre délicat entre santé publique, contraintes juridiques et compromis politiques.