« Un travail de plusieurs années »: comment la Wallonie veut restaurer les Hautes Fagnes
Après l’incendie qui a touché plus de 3.300 hectares dans les Hautes Fagnes, la Wallonie lance un plan de restauration et veut revoir sa gestion des crises. Une première feuille de route est attendue dans les 15 jours.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Plus de 3.300 hectares ont été touchés par l’incendie.
- Une première feuille de route est attendue dans les 15 jours.
- Alertes, 112, BE-Alert et coordination sanitaire seront réévalués.
Après les incendies qui ont ravagé les Hautes Fagnes, le Gouvernement wallon affiche une double ambition: répondre à l'urgence sur le terrain et corriger, à plus long terme, les failles mises en lumière par cette crise hors norme. Derrière les annonces institutionnelles, l'enjeu est immense: restaurer un site naturel durement touché, alors que plus de 3.300 hectares ont été affectés, tout en renforçant la capacité de la Wallonie à faire face à des événements climatiques appelés à se répéter.
Dans son communiqué, l'exécutif régional insiste sur la nécessité d'agir sans tarder. Un Comité à la restauration sera mis en place sous la responsabilité du secrétaire général du Service public de Wallonie. Sa première mission sera de "dresser une évaluation précise des conséquences de l'incendie" et d'identifier "les travaux à mener, les actions prioritaires et les administrations concernées". Le gouvernement lui fixe un calendrier serré: revenir "dans les 15 jours" avec "une première feuille de route, une proposition de gouvernance et un calendrier".
Promesse d'une restauration rapide
Le ministre-président Adrien Dolimont résume cette ligne en des termes directs: "L'incendie des Hautes Fagnes nous impose deux choses: agir rapidement pour restaurer ce qui a été touché et tirer les enseignements très concrets de la gestion de cette crise." Il ajoute: "Nous fixons donc des échéances précises: un premier travail sur la restauration des Fagnes dans les 15 jours, des améliorations opérationnelles à discuter avec le Fédéral et les autres Régions, et une vingtaine de mesures d'adaptation à finaliser avant la fin de l'année."
Cette réponse immédiate s'accompagne d'un constat plus large. Pour le Gouvernement wallon, l'incendie des Hautes Fagnes ne constitue pas seulement un sinistre majeur: il agit aussi comme un révélateur. Le communiqué évoque "une bonne coordination globale des acteurs", saluant la mobilisation des zones de secours, des services publics, des agriculteurs, des entreprises, des citoyens et de partenaires européens. Mais les autorités reconnaissent aussi que plusieurs points doivent être améliorés.
Améliorer les alertes vers la population
Parmi les pistes mises sur la table figurent "l'amélioration des systèmes d'alerte à la population", à la lumière des difficultés rencontrées avec le 112 et BE-Alert, "l'adaptation des mécanismes de surveillance de la qualité de l'air", "une meilleure coordination des alertes et recommandations sanitaires", mais aussi "la clarification du recours aux volontaires en situation de crise" et "la reconnaissance du secours animalier dans les dispositifs de gestion de crise". Le Gouvernement wallon entend porter ces questions au Comité de concertation afin d'en discuter avec le fédéral et les autres Régions.
Pour François Desquesnes, vice-président et ministre des Infrastructures et de la Mobilité, l'incendie a mis en évidence à la fois la vulnérabilité du territoire et la capacité de réaction collective. "Face aux événements climatiques extrêmes, notre responsabilité est de mieux anticiper et d'agir concrètement sur le terrain", affirme-t-il. Il ajoute que "l'incendie des Hautes Fagnes a montré la force de la mobilisation collective: secours, agents régionaux, communes, Province, agriculteurs et citoyens".
Au-delà de la gestion de crise, l'exécutif veut replacer cet épisode dans un cadre plus large, celui de l'adaptation climatique. Le gouvernement annonce ainsi l'adoption de sa première Stratégie wallonne d'adaptation aux changements climatiques, avec une vision à l'horizon 2060 et neuf objectifs stratégiques à atteindre à l'horizon 2040. Un premier plan 2026-2030, qui doit comprendre "une vingtaine de mesures prioritaires", est attendu avant la fin de l'année.
La ministre du Climat Cécile Neven insiste sur la volonté d'éviter un texte purement déclaratif. "Notre responsabilité, c'est d'agir sur deux fronts: continuer à réduire nos émissions et préparer concrètement la Wallonie à ce qui change déjà", explique-t-elle. Elle ajoute: "On ne veut pas d'un énième catalogue de bonnes intentions qui reste sur une étagère. On vise des priorités claires, des responsables identifiés, des échéances et, surtout, des résultats mesurables."
Une crise climatique et sanitaire
La dimension sanitaire est également mise en avant. Le ministre de la Santé et de l'Environnement Yves Coppieters rappelle que "les crises climatiques et environnementales sont aussi des crises sanitaires". Selon lui, la réponse doit articuler "la santé humaine, la santé animale et celle de nos écosystèmes, selon l'approche One Health", notamment pour mieux détecter les risques et formuler rapidement des recommandations en cas de pics de pollution ou d'épisodes de chaleur.
Reste enfin la question du temps long, particulièrement sensible dans le cas des Hautes Fagnes. La ministre de l'Agriculture Anne-Catherine Dalcq souligne que la restauration du plateau ne pourra pas se faire dans la précipitation. "Un plateau comme celui des Fagnes ne se restaure pas en quelques mois", prévient-elle. "Ce sera un travail de plusieurs années, mené avec ceux qui le connaissent, forestiers, agriculteurs, scientifiques, associations."
Au lendemain d'un incendie d'une ampleur exceptionnelle, la Wallonie tente donc de tenir ensemble deux impératifs: réparer, autant que possible, les dégâts laissés par le feu, et adapter ses outils face à des crises climatiques qui ne relèvent plus de l'exception.