Violence sexuelle : nos enfants méritent mieux que notre silence (carte blanche)
Dans cette carte blanche, Marcela Gori appelle à faire de la lutte contre la pédocriminalité une priorité absolue. Face à la multiplication des affaires en Europe, elle plaide pour des sanctions plus sévères, un meilleur accompagnement des victimes et un renforcement de la prévention.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Face à la multiplication des scandales pédocriminels en Europe, cette carte blanche appelle à renforcer la protection des enfants, les sanctions contre les agresseurs et l'accompagnement des victimes.
Vous avez vu, depuis quelques semaines, de nombreux scandales pédophiles font la une de l’actualité ? Plusieurs affaires dramatiques bouleversent l'opinion publique en Europe. En France, dans l'affaire Lyhanna, 11 ans, les premiers rapports officiels pointent une succession de défaillances institutionnelles alors que des alertes existaient déjà concernant le suspect. En France toujours, l’accumulation de dossiers impliquant des animateurs périscolaires travaillant dans des écoles parisiennes est écœurante. 132 animateurs ont été suspendus depuis le 1er janvier 2026, dont 52 pour des soupçons de violences sexuelles ou sexistes.
Au Royaume-Uni, les enquêtes successives sur les « grooming gangs » continuent de révéler l'ampleur de réseaux ayant exploité sexuellement des milliers de jeunes filles pendant des années, parfois sous le regard passif d'institutions qui n'ont pas voulu voir ou agir. On parle de 250.000 victimes (oui, vous avez bien lu) avec une réalité inconfortable pour les autorités : dans certains réseaux de "grooming gangs", des auteurs ont tenu des propos laissant entendre qu'ils considéraient leurs victimes blanches et non musulmanes comme ayant moins de valeur ou comme étant plus facilement exploitables.
Des chiffres alarmants
Les chiffres du Conseil de l’Europe sont sans appel : 1 enfant sur 5 en Europe est victime d'une forme de violence sexuelle avant l'âge adulte. Cela inclut les agressions sexuelles, le viol, le grooming, l'exploitation sexuelle, la pédopornographie ou encore certaines formes de harcèlement sexuel. En Belgique, nous savons de quoi nous parlons. L'affaire Dutroux demeure l'une des blessures les plus profondes de notre histoire récente.
Chaque affaire possède son histoire. Chaque affaire possède ses responsabilités. Mais toutes posent la même question : Qui protège encore les enfants lorsque les adultes échouent à le faire ? En Belgique, cette question résonne avec une force particulière. Parce que nous avons connu l'horreur. Parce que nous avons vécu l'affaire Dutroux. Parce que nous avons découvert ce qu'il se passe lorsqu'un système accumule les erreurs, les négligences et les aveuglements.
En 1996, près de 300.000 Belges descendaient d’ailleurs dans la rue lors de la Marche blanche pour dénoncer les négligences. Trente ans plus tard, le message conserve toute sa force.
Une phrase de l’écrivain et penseur russe Fiodor Dostoïevski me revient toujours lorsque l'actualité nous confronte à ce qu'il y a de plus insupportable : la violence faite aux enfants : « Le degré de civilisation d'une société se mesure à la manière dont elle traite ses enfants ».
La lutte contre la pédo-criminalité doit être une priorité absolue
Je ne suis pas devenue avocate par hasard. A mes yeux, une société civilisée se juge d'abord à la manière dont elle protège les plus vulnérables (pauvres, enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap…). Or aucun être humain n'est plus vulnérable qu'un enfant. C'est pourquoi la lutte contre la pédo-criminalité doit constituer une priorité absolue.
D'abord par la sanction. Lorsqu'une personne commet des violences sexuelles contre un enfant, la réponse pénale doit être extrêmement sévère. Les prédateurs les plus dangereux doivent être durablement écartés de la société. Et en cas de récidive, je suis pour la castration chimique, à savoir un traitement médical qui vise à réduire fortement la libido et les pulsions sexuelles d'une personne en diminuant l'action de certaines hormones.
La protection des victimes doit en effet primer sur toute autre considération, car l'histoire nous apprend que certains prédateurs sexuels présentent des risques de récidive particulièrement élevés.
Punir ne suffit pas
Il n’y a pas que la sanction qui doit être considérée. Punir ne suffit pas. Nous avons également un devoir envers les victimes, parce que les blessures laissées par ces crimes sexuels ne disparaissent pas avec un jugement. Les enfants prennent en effet « perpétuité » dans leurs âmes. Les victimes doivent donc pouvoir bénéficier d'un soutien psychologique, médical et social aussi longtemps que nécessaire. L’état doit répondre présent.
Et les familles doivent également faire partie de l’équation, car lorsqu'un enfant est détruit, c'est souvent tout un entourage qui vacille.
Enfin, il est essentiel de retrouver le courage de signaler. Combien de voisins ont remarqué quelque chose sans oser parler ? Combien de proches ont préféré se taire ? Combien de professionnels ont eu des doutes sans savoir comment agir ?
Une réalité s’impose dans toutes les affaires : Le silence protège les agresseurs. Jamais les victimes.
Il est donc essentiel de former davantage les enseignants, les éducateurs, les médecins et les travailleurs sociaux. Il faut faciliter les signalements et mieux protéger les lanceurs d'alerte. Nous devons aussi renforcer les contrôles dans les institutions accueillant des mineurs.
Le philosophe britannique Edmund Burke écrivait : « Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. ».
Les prédateurs sexuels existeront toujours. La vraie question est donc de savoir quel camp nous choisissons. Celui de l'indifférence, des excuses et des silences ? Ou celui des enfants ? Pour ma part, j'ai choisi depuis longtemps.
Et je continuerai à défendre une idée simple : lorsqu'il s'agit de protéger les enfants, aucune idéologie, aucune considération politique, aucune excuse culturelle, sociale ou religieuse ne doit jamais passer avant leur sécurité. La protection de l’enfance, ce n’est ni de gauche ni de droite, c’est une obligation morale. Nous devons protéger ce que nous avons de plus cher.