Yaacov Agam, pionnier de l'art en mouvement, disparaît à 98 ans
Yaacov Agam, figure majeure de l'art cinétique, s'est éteint à 98 ans. Prix Israël 2026 et créateur d'œuvres conçues pour changer avec le regard, il laisse derrière lui un héritage artistique singulier, entre innovation formelle et ancrage juif assumé.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Yaacov Agam, pionnier de l'art cinétique, est mort à 98 ans. Installé en France dès 1951, il a développé une œuvre fondée sur le mouvement du regard et la transformation des formes. Récompensé par le prix Israël 2026, il laisse une empreinte majeure dans l'art moderne.
Yaacov Agam, né Yaacov Gibstein le 11 mai 1928 à Rishon LeZion, est mort dimanche à l'âge de 98 ans. Plasticien israélien établi en France à partir de 1951, il a consacré sa vie à une idée simple et radicale : l'œuvre d'art ne se fige jamais tout à fait, elle varie selon l'angle sous lequel on la regarde.
Formé à Jérusalem puis à Zurich, il a très tôt cherché à rompre avec la peinture statique. Son travail s'est construit autour du mouvement, de la couleur et de la perception. Dans ses créations, le spectateur n'est pas seulement face à l'œuvre. Il en devient un acteur direct, puisque l'image se transforme à mesure qu'il se déplace.
Une voie artistique singulière
Dès sa première exposition personnelle, à Paris en 1953, Agam impose un langage visuel inédit. Ses tableaux et ses reliefs, souvent composés de formes géométriques et de prismes colorés, déplacent le regard autant qu'ils retiennent l'attention. Son approche lui vaut d'abord des réserves, certains jugeant son art trop ludique ou trop expérimental.
Ces critiques ne freinent pas son ascension. Agam s'impose peu à peu comme l'une des grandes figures de l'art cinétique. Il expose dans les lieux les plus prestigieux, du Museum of Modern Art de New York au Guggenheim, en passant par le Centre Pompidou, qui lui consacre une rétrospective en 1972.
Son œuvre dépasse largement le cadre du tableau. Agam conçoit aussi des sculptures monumentales, des installations publiques, des objets, des vêtements, et même des expérimentations vidéo et musicales. Cette diversité témoigne d'une même ambition : faire de l'art une expérience active, mouvante, imprévisible.
L'empreinte du judaïsme
Chez Agam, la création reste indissociable de la mémoire juive. Issu d'une famille religieuse, fils du rabbin Yehoshua Gibstein, il a souvent expliqué que cette culture nourrissait sa vision du monde. Dans son travail, le judaïsme n'apparaît pas comme un motif décoratif, mais comme une matrice intellectuelle et spirituelle.
Cette filiation se retrouve dans plusieurs œuvres marquantes. Il a notamment conçu une immense ménorah à New York, présentée comme la plus grande du monde par le Livre Guinness des records. D'autres pièces, comme L'Échelle de Jacob ou Foi – Prière visuelle, prolongent cette réflexion sur la création, le temps et la transformation.
Sa pensée artistique repose sur une conviction constante. La réalité n'est jamais fixe, elle se modifie selon la perspective. Cette idée, qu'il a formulée à plusieurs reprises, structure tout son parcours et explique la profonde cohérence d'une œuvre pourtant très variée.
Reconnaissance mondiale
En avril 2026, quelques semaines avant sa mort, Agam reçoit le prix Israël des arts plastiques. La cérémonie est organisée au musée qui porte son nom, à Rishon LeZion, en raison de son état de santé. L'artiste, alors en fauteuil roulant, y apparaît comme une figure déjà entrée dans l'histoire culturelle du pays.
L'hommage est à la mesure de son influence. Le président Isaac Herzog salue un créateur reconnu dans le monde entier, tandis que le ministre de la Culture, Miki Zohar, souligne l'originalité durable de son apport à l'art israélien. Le musée Yaacov Agam évoque pour sa part l'un des pères de l'art cinétique et un pionnier qui a profondément marqué l'art moderne.
Cette reconnaissance s'est construite sur plusieurs décennies. Ses expositions personnelles dans de grands musées, ses œuvres présentes dans des collections prestigieuses et son rayonnement international ont installé Agam parmi les artistes majeurs du XXe siècle. Son travail a été montré à Paris, New York, Amsterdam ou Tokyo, confirmant une influence bien au-delà d'Israël.
Un héritage vivant
La ville de Rishon LeZion occupe une place centrale dans son parcours. C'est là qu'a ouvert le musée Yaacov Agam, institution entièrement consacrée à son œuvre et à laquelle il a participé personnellement. Le lieu rassemble plusieurs pièces emblématiques, dont le Panoramagam et des éléments liés à L'Échelle de Jacob.
Agam laisse aussi derrière lui un héritage familial. Il était marié à la harpiste française Chantal Thomas d'Hoste et père de Ron Agam, artiste installé à New York. Sa disparition fait référence à une trajectoire singulière, celle d'un créateur qui aura fait du changement un principe esthétique et du regard un véritable moteur artistique.
Son œuvre reste liée à cette ambition rare : donner à voir un art qui ne s'impose jamais d'un seul coup, mais se découvre, se déplace et se renouvelle sans cesse.
(Photos de l'article : Sculpture Toutes directions, à La Roche-sur-Yon et Sheba Medical Center, Israël - Travail personnel CC BY-SA 3.0)