« 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux » : le CDJ se déclare incompétent
Le CDJ se déclare incompétent pour juger la séquence « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux », diffusée par la RTBF. Il estime qu'il ne s'agissait pas d'un travail journalistique et transmet la plainte au CSA.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le CDJ se déclare incompétent pour examiner la chronique diffusée lors de la rentrée de la RTBF.
- RTL Belgium, IPM et Sudmédia dénonçaient la mise en cause de plusieurs de leurs journalistes et une proximité supposée avec le MR.
- La plainte est transmise au CSA, tandis que le CDJ appelle les médias concernés à renouer le dialogue
Le Conseil de déontologie journalistique (CDJ) ne tranchera pas la polémique provoquée par la séquence humoristique « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux », diffusée sur Auvio lors de la conférence de presse de rentrée de la RTBF. Réuni en séance plénière le 9 septembre, le Conseil a estimé que cette séquence ne relevait pas de ses compétences. La plainte est désormais transmise au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).
Le dossier avait été porté devant le CDJ fin août par les groupes RTL Belgium, IPM et Sudmédia. En cause : une chronique présentée par Pierre Scheurette lors de la rentrée de la RTBF et diffusée en direct sur Auvio.
Sous couvert d'humour, la séquence dressait une liste de « 50 personnalités que le MR aurait préférées à Thomas Gadisseux ». Plusieurs journalistes travaillant pour d'autres médias y apparaissaient.
Des médias dénonçaient une proximité politique suggérée
Les trois groupes plaignants estimaient que cette mise en scène revenait à suggérer publiquement une proximité entre certains de leurs journalistes et le MR. Ils invoquaient plusieurs principes de déontologie : l'indépendance journalistique, la distinction entre faits et opinions, le respect de la dignité des personnes et la confraternité.
Le CDJ ne se prononce toutefois pas sur le fond de ces griefs. Après examen, il considère que la séquence « ne constituait pas une production journalistique, ni ne résultait d'un acte ou d'un travail journalistique ». Le Conseil se déclare dès lors incompétent pour traiter la plainte.
Le statut de Pierre Scheurette constituait néanmoins un élément particulier du dossier. Le CDJ relève lui-même une « ambiguïté » : présenté comme humoriste dans cette séquence, il exerce également des activités journalistiques et bénéficie du statut de journaliste professionnel. Une situation qui, selon le Conseil, ne modifie cependant pas son analyse de la chronique en question.
La plainte renvoyée au CSA
Conformément au décret encadrant l'autorégulation de la déontologie journalistique, le CDJ va désormais transmettre la plainte au CSA, compétent pour examiner les plaintes audiovisuelles qui ne relèvent pas des attributions du Conseil de déontologie.
Sans se prononcer sur une éventuelle faute, le CDJ reconnaît néanmoins « l'émotion et l'indignation » que la chronique a pu provoquer auprès des journalistes et des rédactions concernés, en particulier chez les personnes directement citées.
Dans un contexte qu'il décrit comme tendu pour la profession, le Conseil appelle les parties à renouer le dialogue « de manière apaisée » et estime nécessaire de favoriser « un climat de sérénité et de solidarité ».
Il propose concrètement une rencontre entre les différents protagonistes en présence d'un médiateur tiers, éventuellement l'Association des journalistes professionnels (AJP), afin « d'écouter les ressentis de chacun » et de « (r)ouvrir le dialogue ».
Le dossier n'est donc pas clos : si le CDJ refuse de l'examiner sous l'angle de la déontologie journalistique, c'est désormais au CSA qu'il revient de déterminer les suites à donner à la plainte.