Sondage : Marine Le Pen en tête chez les Belges pour la présidentielle française
Et si les Belges votaient à la présidentielle française ? Un sondage Dedicated Research pour LN24 place Marine Le Pen en tête des candidats. Un exercice fictif à manier avec prudence, mais qui interroge sur le rapport des électeurs belges francophones à l’extrême droite.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 47 % des Belges interrogés choisiraient l’abstention ou le vote blanc.
- Marine Le Pen arrive en tête des candidats avec 10 % des réponses.
- Ses scores en Wallonie et auprès d’électeurs francophones interrogent sur la marginalité électorale de l’extrême droite au sud du pays.
Et si les Belges pouvaient voter à l’élection présidentielle française ? L’exercice est évidemment fictif, mais ses résultats n’en sont pas moins intéressants. Dans un sondage réalisé par Dedicated Research pour LN24, Marine Le Pen arrive en tête des personnalités politiques françaises choisies par les répondants. Un résultat qui interpelle particulièrement en Belgique francophone, où l’extrême droite reste électoralement ultra-marginale.
LN24 et Dedicated Research ont demandé à 1.502 Belges âgés de 18 ans et plus pour quelle personnalité politique française ils voteraient s’ils pouvaient participer à la prochaine présidentielle. L'enquête a été réalisée en ligne du 13 au 24 août. Sa marge d’erreur annoncée est de 2,53 % pour des résultats proches de 50 %.
Première précaution : il ne s’agit évidemment pas d’une véritable intention de vote. Hormis les Français installés en Belgique et les binationaux disposant du droit de vote en France, les Belges ne participeront pas à cette élection. Le caractère purement hypothétique de la question peut aussi favoriser des réponses moins solides ou plus détachées des conséquences réelles d’un vote.
L'exercice permet néanmoins de mesurer les sympathies que suscitent les principales figures politiques françaises dans une opinion publique belge traditionnellement très attentive à la vie politique de son voisin.
Près d'un Belge sur deux ne choisirait personne
Le premier « parti » reste d'ailleurs de très loin celui de l'abstention. Au total, 47 % des personnes interrogées ne choisissent aucun candidat : 32 % affirment qu'elles n'iraient pas voter et 15 % opteraient pour le vote blanc.
Parmi ceux qui expriment un choix, Marine Le Pen arrive en tête. La figure du Rassemblement national recueille 10 % de l'ensemble des réponses.
Sans surprise, son meilleur résultat se situe chez les électeurs du Vlaams Belang : 28 % choisiraient Marine Le Pen, qui arrive également en tête des intentions de vote dans les sondages réalisés en France. Mais les résultats deviennent plus étonnants lorsqu'on regarde du côté francophone. Elle obtient notamment 14 % auprès des électeurs du MR, davantage que chez ceux de la N-VA (12 %).
Marine Le Pen recueille également 8 % auprès des répondants Ecolo, 7 % chez ceux du PTB et de DéFI et 4 % au PS. Les électeurs des Engagés apparaissent les moins réceptifs : 3 % choisiraient la dirigeante d'extrême droite.
Autre enseignement : son audience ne se limite pas à la Flandre. Marine Le Pen obtient 10 % en Flandre comme en Wallonie et 9 % à Bruxelles. Elle séduit davantage les hommes, à 13 %, que les femmes, à 7 %.
Le paradoxe de l'extrême droite francophone
Ces chiffres méritent d'être regardés avec prudence, mais ils soulèvent une question intéressante. En Wallonie et à Bruxelles, l'extrême droite demeure extrêmement faible, voire inexistante dans les urnes. Pourtant, lorsqu'une personnalité française connue et disposant d'une formation politique structurée est proposée aux mêmes électeurs, son potentiel d'attraction apparaît nettement moins marginal.
Jordan Bardella fournit un autre indice. Le président du Rassemblement national obtient notamment 12 % auprès des électeurs MR, contre 9 % chez ceux du Vlaams Belang et 5 % à la N-VA.
Il serait excessif d'en conclure qu'un électorat d'extrême droite de cette ampleur existe mécaniquement en Belgique francophone. Le contexte politique français, la notoriété des candidats et surtout l'absence de conséquences concrètes du choix proposé peuvent peser lourdement sur les réponses.
Mais l'expérience pose malgré tout la question du décalage entre les sensibilités d'une partie de l'opinion et leur traduction électorale en Belgique francophone.
Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer : l'absence d'un parti d'extrême droite francophone puissant, structuré et durablement implanté localement, le manque de personnalités bénéficiant d'une notoriété comparable à celle des dirigeants du RN, mais aussi le cordon sanitaire politique et médiatique appliqué en Belgique francophone. Ces facteurs peuvent se cumuler plutôt que s'exclure.
Hollande, Tondelier et Attal séduisent aussi
Le sondage ne se résume cependant pas à la progression des figures du RN. François Hollande arrive également parmi les personnalités les mieux classées. L'ancien président socialiste, qui n'a pas annoncé de candidature, recueille notamment 28 % auprès des électeurs PS, 23 % chez ceux de Vooruit et 8 % chez Les Engagés.
Marine Tondelier réalise, elle, un score particulièrement élevé dans sa famille politique : 34 % des électeurs Ecolo et 25 % de ceux de Groen la choisiraient.
Jean-Luc Mélenchon obtient 14 % chez les électeurs du PTB et 13 % chez ceux d'Ecolo, contre 6 % au PS. Gabriel Attal séduit davantage les électorats centristes et libéraux : 19 % chez DéFI, 18 % chez Les Engagés et 14 % au MR.
Édouard Philippe recueille pour sa part 22 % auprès des électeurs des Engagés, mais seulement 8 % au MR. Raphaël Glucksmann atteint 12 % parmi les électeurs socialistes et 22 % auprès de ceux de DéFI.
Au second tour, avantage Attal
Le paysage change lorsque Dedicated Research simule différents scénarios de second tour. Dans ces confrontations, Gabriel Attal apparaît comme le candidat le plus performant auprès des Belges interrogés et devance systématiquement ses adversaires.
Édouard Philippe se classe en deuxième position, tandis que Marine Le Pen, Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon obtiennent des résultats moins favorables dans ces duels.
Une différence qui rappelle les limites de l'exercice : choisir spontanément une personnalité parmi une longue liste et arbitrer entre deux candidats au second tour ne répond pas à la même logique.
Reste un enseignement politique intéressant. Ce sondage fictif ne permet pas de mesurer ce que pèserait réellement l'extrême droite dans les urnes en Belgique francophone. Il suggère en revanche que l'absence de succès électoral de cette famille politique ne signifie pas nécessairement que ses idées ou ses figures rencontrent un rejet aussi massif dans l'opinion. Et c'est sans doute là que l'exercice belge autour de la présidentielle française devient le plus instructif.